mercredi 18 octobre 2017 23:18:33

La diva de la chanson algérienne, Nora, est décédée : L’inoubliable interprète de Ya Rabbi Sidi

L’artiste disparue saluée par le monde artistique : Une place irremplaçable dans la chanson contemporaine

PUBLIE LE : 02-06-2014 | 0:00
D.R

Suite à une longue maladie, la chanteuse Nora est décédée hier, à l’âge de 72 ans, dans un hôpital parisien où elle a été admise il y a quinze jours dans un état jugé grave. Selon ses vœux, elle sera enterrée, parmi les siens, au  cimetière de Sidi Yahia. Epouse de Kamal Hamadi, l’auteur-compositeur qui a partagé sa vie durant plus d’un demi-siècle et qui l’a accompagnée dans sa carrière artistique, depuis ses débuts dans les années  50, la diva qui vient de nous quitter est une grande perte pour les siens et pour l’art lyrique algérien tant elle l’a marqué en interprétant des thématiques aussi fortes que l’amour ou l’exil, s’inspirant des différents registres des folklores régionaux. C’est la première chanteuse maghrébine à obtenir un disque d’or au  début des années 70, époque où elle a atteint la plénitude de son talent. Ici quelques escales dans le long parcours de cette grande star.

De son vrai nom Fatma-Zohra Badji, elle est née à Menacer (Cherchell) dans une famille nombreuse et pauvre. La piété de son père l’avait poussé à donner à ses enfants des prénoms empruntés à la famille du Prophète. Elle grandit dans une petite ferme dominant la mer. Toute jeune elle prend goût à la contemplation. Elle fait de bonnes études primaires en français et en arabe, mais son penchant pour la solitude fait qu’elle évite de prendre part aux jeux des enfants de son âge. Son compagnon est un poste de radio qu’elle doit à l’affection de son père et c’est auprès de ce poste qu’elle passe le plus clair de son temps. Elle écoute avec passion la musique du pays et chante avec le poste les succès qu’il diffuse.
De cette époque date sa vocation de chanteuse, qui ne se révèlera cependant que plus tard. Or, voici que ses parents se séparèrent et ce fut l’amertume du foyer détruit. Elle resta avec sa mère mais l’absence du père se fit cruellement sentir. Pour aider sa mère à élever ses enfants, elle abandonna ses études et se lança dans le milieu artistique qui l’avait toujours attirée. La radio cherchait de nouveaux talents ; elle fit ses débuts dans l’émission enfantine de Réda Falaki en tant que comédienne puis, son talent se confirmant de jour en jour, elle participera à de grandes émissions dramatiques, aidée en cela par sa connaissance de l’arabe et du kabyle. Les auteurs et compositeurs de l’époque étaient à l’affût des nouvelles voix ; ses qualités vocales attirèrent vite l’attention sur elle et on lui confia de nouvelles chansons à interpréter. Elle n’avait pas 16 ans. Saïd Rezzoug, le directeur de la chaîne kabyle la présente à Maâmar Ammari comme une dame qu’il fallait aider. Après l’avoir auditionné avec une chanson orientale Ana manich radia, il avait vu qu’elle chantait juste. Sur la demande encore une fois du directeur de la chaîne, il se mit à lui composer des musiques. Le premier enregistrement se fit en 1957 à Paris, à la Maison Teppaz, avec Baâd ma chfat ayni, sa première chanson sous la direction de Ammari. Les paroles furent écrites par Mohamed Réda. Aidée par la suite par Mohamed Jamoussi et Mahboub Bati, elle deviendra très vite une vedette de la chanson algérienne surtout après le succès obtenu par Ya youmi Goulili (1959). Elle se mit à apprendre tous les airs anciens des répertoires kabyles, oranais, auressiens, andalous et sahariens pour «élargir sa palette». Elle s’adonna durant des années à ce travail de recherche et de découverte, aidée par Kamal Hamadi, auteur dramatique (qu’elle épouse en 1958) très en vogue dans les émissions kabyles. Mieux que par les liens du mariage, ils étaient unis par leur passion commune pour la musique traditionnelle. Mais elle voulait compléter sa culture musicale, elle s’inscrit à deux cours au conservatoire d’Alger, l’un de musique classique, l’autre d’art dramatique. Elle fut des plus assidues aux deux cours, ce qui lui permit d’obtenir un diplôme d’art dramatique.
Elle voulut alors perfectionner ses connaissances à Paris et s’inscrivit au cours Simon. Tout en poursuivant sa carrière de chanteuse sous la direction de M. Jamoussi, elle apprit le solfège et l’harmonie et interpréta pour le disque des œuvres de Mahboub Bati qui, le premier, lui avait fait confiance, d’Amari Maamar, d’Ahmed Wahby, Mustapha Skandrani l’initia à la musique andalouse. Enfin, Missoum la prendra en main en collaboration avec son parolier M. E. Hachelaf. Ensemble ils mettront au goût du jour la musique algérienne dans ce qu’elle a de plus authentique sur des paroles exposant les problèmes de leur génération. Le public ne pouvant que les suivre dans cette rénovation de la musique algérienne, d’où le succès de ses galas et de ses disques.
Elle obtiendra chez Pathé Marconi, en 1970, un des premiers disques d’or consacrant la qualité des chanteurs algériens. Grâce à la variété infinie de son répertoire, elle plaisait à des publics très divers et dans toutes les régions d’Algérie où elle se produisait. Sa voix légère et romantique interprète avec sensibilité et émotion une gamme de sentiments qui va de l’émerveillement de la jeunesse, de la liberté, de l’amour, à l’exil et l’incompréhension familiale.
La brillante de Ya rabi sidi... se retire définitivement de la scène artistique dès 1980. Au mois de mars 2012, le ministère de la Culture, au cours d’une belle soirée organisée à la salle Ibn Zeydoun à Riadh el Feth (Alger) lui a rendu un hommage mérité en projetant un documentaire retraçant son parcours artistique. Des artistes telles que Wardia Aissaoui, Lamia Batouche, Nada Rayhane et Chaba Yamina ont fait renaître, deux heures durant, une œuvre riche et singulière en interprétant des titres phares. Emue, la star populaire, malgré son état de santé, monte sur scène et entame des extraits de Twahechnak » (Tu nous manques). Aujourd’hui, elle va vraiment manquer aux siens et à toute la famille artistique.
Achour Cheurfi.

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L’artiste disparue saluée par le monde artistique  
Une place irremplaçable dans la chanson contemporaine
Le comédien Saïd Hilmi, son partenaire au théâtre radiophonique d’expression  kabyle, a exprimé sa profonde tristesse suite à la disparition de «cette grande artiste algérienne qui n’a pu se réaliser qu’après un laborieux parcours». Youcef Ouznadji, chanteur de chaâbi, a souligné la place irremplaçable qui fut la sienne dans le domaine de la chanson algérienne contemporaine.
Noura, de son vrai nom Fatima Badji, née en 1942 à Cherchell a découvert le monde de la chanson sur les ondes d’un poste de radio offert par son père.
Elle anime sur ces mêmes ondes, quelques années plus tard, des émissions  enfantines à travers lesquelles le chanteur Lamari Maâmar, la découvre et  la fait découvrir au public. Elle devient peu à peu, pour les générations post-indépendance, l’étoile  montante de la chanson de variété sous la houlette d’artistes aussi fameux que Mohamed El-jamoussi, Mahboub Bati et Mustapha Skandrani. Son répertoire, composé de 500 titres est notamment constitué d’interprétations de chants dérivés du patrimoine de toutes les régions du pays sous la férule du parolier-compositeur-arrangeur Kamel Hamadi. Ahmed Ouahbi a composé à son intention des chansons en style «oranais».  
Noura a également interprété en 1965 des chansons en langue française dont Vie  de Michel Berger.
La chanteuse a connu un grand succès avec son interprétation de Ana  el-ouarka el miskina de Mustapha Kechkoul sur une musique de Skandrani.
Devenue une idole dans les familles algériennes elle obtient avec Slimane Azzem en 1971, le disque d’or Chez Pathé Marconi. Elle a également obtenu une haute distinction du président de la République tunisienne El-Wissam Al-Thakafi en 1974.
En 1975, Noura est consacrée «Etoile du festival libyen de la chanson arabe». Un hommage lui a été rendu, il y a quelques mois par le ministère de la Culture à Alger. Pour tous ceux qui l’ont aimée, Noura restera  l’inoubliable interprète  de  Ya Rabbi sidi, Ya bent el houma, Ya tayara, Amirouche et Idhourar  Djurdjura azizen entre autres.
Noura sera inhumée au cimetière de Sidi Yahia d’Alger.
 

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