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Festival culturel national de la musique diwane : La sauvegarde d’un riche patrimoine séculaire

Hasna el Bécharia, une école qui assure la relève

PUBLIE LE : 29-05-2014 | 0:00
D.R

De notre envoyé spécial à Béchar : Kader Bentounès

La compétition officielle de la huitième édition du festival culturel national de la musique diwane se poursuit à Béchar, avec au programme la prestation de trois troupes par jour, dans le but de convaincre le jury. Le public venu nombreux, mardi soir, a assisté aux prestations des troupes Noudjoum diwane, Safari et Sidi Belal, ainsi qu’un concert de la diva du diwane, Hasna el Bécharia. En véritable maelem, Mazouzi dit "youz", chef de la troupe Noudjoum diwane de Sidi Bel-Abbès a interprété avec une grande concentration et une dextérité remarquable en dépit du problème technique qui s’est produit en plein scène. Il a guidé de jeunes joueurs de karkabou et un autre joueur de guembri à interpréter des bradjs, tel Bania avec sa dance, qui est celle du départ des gnawas, il a enchaîné avec le bordj Chikirouba qui sépare les hawfsas et les bordjs des femmes, et conclut avec le Dhikr Ellah Ya rassoul ellah.
Le maelem a appelé à de véritables travaux de recherches concernant le gnawi et à multiplier ce genre d’initiative : « Nous sommes en concurrence avec le festival gnawa du Maroc qui en est à sa 18e édition, nous espérons développer davantage cet art. » Un développement qui demeure sujet à moult polémiques, notamment en ce qui concerne l’introduction de nouveaux instruments de musique :
« Je ne suis pas contre la fusion musicale, mais il faut garder l’âme du gnawi, j’ai rencontré de grands musiciens en Europe et en Amérique, et j’ai refusé des collaborations par peur de perdre l’âme musicale du gnawi. Quelles que soient les circonstances, il ne faut jamais se séparer du guembri, car il est l’âme du gnawi. »
Ce qui était remarquable par contre, c’est la montée sur scène avec deux guembris, l’interlocuteur l’a expliqué par sa méthode de faire confiance aux jeunes talents : « J’ai l’habitude de monter sur scène avec trois ou quatre guembris, c’est un jeune qui est monté ce soir, une relève qui fait la scène pour la première fois, c’est dans le but de le séparer de son stress, et puis dans l’espoir de venir un jour en tant que spectateur et le voir travailler seul, c’est bien de bâtir une relève pour perdurer cet art séculaire », a-t-il noté. Une formation pour laquelle il s’engage avec dévotion : « J’étais parmi les premiers à créer un festival de gnawi à Sidi Bel-Abbes, quatre ou cinq associations gnawi ont vu le jour grâce à ce festival, j’ai même presque fait une école en Californie, aux USA, pour apprendre le gnawi », a-t-il fait savoir avant de lancer un appel aux organisateurs du Festival culturel international de la musique diwane qui se tiendra à Alger dans quelques mois : « Je me demande pourquoi on fait ramener seulement les lauréats de la dernière édition, et faire jouer d’autres genres musicaux comme le jazz, le reggae et le rai. Il est recommandable de faire appel à tous les lauréats des huit éditions de ce festival afin qu’ils puissent côtoyer d’autres musiciens du gnawi », a-t-il conclu.
Damou Nourredine assure le legs  familial qui lui a été confié par ses parents, il a présenté en sa qualité de mealem de la troupe Sidi Bela de Béchar une Mhela (mise en scène de tout le matériel dont une troupe de diwane doit disposer -  ndlr) d’El hadj Damou : « Nous n’avons pas changé grand-chose à la façon de Hadj Damou, paix à son âme, nous avons joué deux bradjs qui sont Sergou et Baba nouar, avec une chute de tbel intitulée Bania. C’est notre première scène dans un festival, avant nous faisions seulement des diwanes et des fêtes », a-t-il indiqué. Fraîchement formée, la troupe Safari d’Alger est la première formation de ce festival qui réunit des musiciens appartenant à deux régions, à savoir Alger et Oran. Avec comme maelem Walid Behaz, neveu du célébre Benaïssa. La troupe s’est produite avec un guembri qui date de 60 ans. Zaki Mihoubi, membre de la troupe s’est dit satisfait de leur prestation en dépit des conditions de préparation : « Nous avons fait peu de répétition, juste trois ou quatre heures d’acoustique, le résultat n’était pas splendide, il faut rester raisonnable après tout. L’essentiel était de participer à la compétition officielle du festival », a-t-il souligné avant d’évoquer les bradjs qu’ils ont joués sur scène : « Nous avons interprété le bordj ya rassoul ellah, ensuite lylia qui symbolise la couleur marron des hawsas, c’est du gnawi algérien, on a fait également un passage par le bleu à travers djalaya pour enfin chuter avec Mimouna qui était une sainte juive », a-t-il relevé.

Hasna el Bécharia, une école qui assure la relève
Considérée comme un monument de la musique diwane, Hasna el Bécharia a animé la dernière partie de la soirée de mardi, en interprétant des chansons telles Zahri ala zahrek, ou encore, Djazaïr djawhara dans une ambiance des plus folles.
La diva a réussi en quelques minutes à faire du stade Ennasr de Béchar, où se tient le festival, un véritable espace d’ébullition avec des ovations et des danses folkloriques.
Le concert de Hasna a été animé en deux parties : la première sous la dominance des percussions, avec la guitare électrique de la vocaliste, une batterie, une derbouka, un karkabou, un tar et deux bendirs. La deuxième plutôt diwane modéré avec le guembri joué par Hasna et plusieurs kerkabous, donnant la saveur de la musique diwane.
Ayant plus de trente ans d’expérience à la musique diwane, Hasna estime que la continuité est assurée, tout en louant le potentiel des troupes participantes à ce festival qui, selon elle, ont fait preuve de beaucoup de talent, et cela dénote le grand intérêt que porte la nouvelle génération pour le diwane.
Evoquant son prochain album qui devrait sortir au cours de l’année, elle déclare l’avoir déjà enregistré et qu’il lui reste seulement d’aller au studio : « J’ai intitulé le nouvel album Mezyan nhar lyoum, c’est le genre Touati, j’ai changé un peu le genre, la nouveauté est l’introduction de deux instruments de musique, à savoir le mandole et le violon. »
Elle revient sur le grand amour et l’insondable passion qu’elle a noués dès son enfance  avec l’instrument spirituel du diwane, le guembri : « Mon père disait que le guembri était fait  pour les hommes, je guettais son absence pour en jouer, j’ignorais que le guembri serait derrière ma notoriété, je l’ai appris en autodidacte et je suis persuadé qu’il vivra éternellement », s’est-elle confiée.
L’unique femme joueuse du guembri dans le Maghreb arabe a indiqué que l’époque de la dominance des hommes de cet instrument est révolue : « Les femmes commencent à apprendre le guembri depuis quelques années, des femmes viennent me solliciter pour apprendre à leurs filles cet instrument et je dis que c’est une bonne chose ».
    K. B. 
 

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