dimanche 13 octobre 2019 23:56:17
D.R

Ayant fait beaucoup de recherches dans le répertoire diwane, les troupes participantes à la huitième édition du festival national de la musique diwane qui se tient depuis vendredi à Béchar ont fait preuve de beaucoup de rigueur dans l’interprétation, et un grand dévouement à cette musique qui comprend beaucoup de traditions folkloriques, vestimentaires et rituels sacré. La compétition se poursuit quotidiennement au stade Ennasr de Béchar, avec les troupes en lice et des invités d’honneur, comme c’était le cas, lundi soir, avec le groupe algérois El- Dey.
Venue de la capitale de l’Ouest, la troupe Elbahri Wasfan a donné le coup d’envoi de la soirée avec des noubas comme Hawsa, Bahri et Bambara. La musique du groupe vient de la zaouia Dar El-Bahri de Constantine, elle existe depuis des siècles et œuvre pour assurer une continuité du patrimoine légué par les ancêtres. Concernant l’utilisation des instruments traditionnels, le maelem du groupe Hachani Mohamed El-Hadi a affirmé que cette démarche vise à sauvegarder le patrimoine, et qu’il a imposé lui-même au groupe de ne pas introduire la guitare et la batterie dans leur musique.
L’interlocuteur a mis l’accent sur la similitude entre le diwane qu’ils produisent et le Stambali tunisien. «Les troupes de l’Est ont beaucoup de points en commun avec le stambali, nous n’utilisons pas le ganga, nous avons le même gumbri qui est de forme ronde, la différence consiste seulement dans le dialecte», dit-il, avant d’évoquer les différences entre le diwane de l’Est et de l’Ouest : «Ce que les gens du diwane de l’Est appellent les bradjs (vers poétiques du diwane), nous l’appelons les noubas, comme les noubas de la musique andalouse.»
Par ailleurs, le maelem a expliqué la présence des femmes dans la troupe par l’esprit familial qui est légué de père en fils : «J’ai constitué ce groupe, je les considère comme mes enfants, il y a beaucoup de liens de parenté, c’est une sorte de legs familial. La maison des wasfanes est la seule qui reste à l’Est algérien, et nos enfants vont assurer notre relève.» Le groupe Fourssene Maghenia, natif de Maghnia, à l’Extrême Ouest algérien, a gratifié le public avec des sonorités de diwane au rythme lent, avec des textes, à l’exemple de Jangar mama, Jamangarou et Bania. Cette troupe créée en 2004 sur le style kerkabou et non sur le style diwane a dû attendre jusqu’à 2012 pour qu’elle devienne une troupe diwane. «On n’utilise pas les bradjs, car nous rencontrons des difficultés de texte et de rituel, nous allons faire des recherches pour approfondir nos connaissances», a déclaré Hamidou Amamé, président de la troupe.
Fourssene Maghenia avance doucement, mais sûrement, étant autodidacte du diwane. Les membres du groupe ont commencé avec le kerkabou, et le gumbri ne fut introduit que quelques années après : «Nous avons appris en autodidactes, après avoir eu certaines connaissances, nous avons commencé à demander l’aide des maelems», a-t-il noté, avant d’ajouter : «Nous aimons travailler le diwane algérien, et si un jour nous travaillons le gnawi marocain, ça serait avec des arrangements algériens ; par contre, nous avons déjà introduit la batterie et la guitare aux enregistrements studio.»
Le passage de Guaâdat El-Wahat a été le dernier de la soirée en ce qui concerne les troupes faisant partie de la compétition officielle ; ils ont joué au style chergie des bradjs traditionnels comme Lala Marou, Ali sergou, ainsi que Kouyou, avec le tbel qui est une propre création de la troupe, et ils sont parvenus à créer une osmose avec le nombreux public. Formée de jeunes musiciens, Guaâdat El-Wahat a été créée en 2009, et a décroché le troisième prix lors de la sixième édition de ce festival sous le nom de Nesmet El-Djanoub.

Le groupe El-Dey enflamme la scène
Parmi les jeunes groupes que le festival a invités, le groupe algérois El-Dey a animé un grand concert avec une réaction chaleureuse du public qui a repris avec le vocaliste des passages de leurs chansons phare, Maria et Ana Djazaïri.
L’interprétation des trois troupes de la musique diwane qui a précédé le concert a plongé l’assistance dans une sérénité relative à l’aspect spirituel de cette musique qui éveille l’âme. Mais le groupe algérois a su enflammer la scène avec l’interprétation d’une musique algérienne, suivie d’un texte des plus éloquent, transmettant le simple langage de la jeunesse algérienne.
Le vocaliste du groupe, Samy Boukhechba, a trouvé le public bécharois merveilleux, connaisseur de la musique et très attentif. «Il n’y a aucune différence entre le public du Sud et celui des autres villes, nous avons tous les mêmes attentes et nous avons les mêmes choses qui nous touchent», a-t-il relevé. Agissant sur le grand chiffre atteint par le groupe, celui de dépasser les 10.000 ventes de leur premier album Maria, l’interlocuteur a estimé que ce succès est dû à la nouvelle vague musicale qu’ils produisent : «On chante, ce qui nous touche et ce qu’on ressent, on essaye de faire en sorte à ce que les gens s’identifient un peu dans notre musique, on essaye de garder l’âme de notre musique avec de nouvelles sonorités du monde.»
Une nouvelle vague musicale produite par plusieurs jeunes groupes ayant un esprit qui mélange avec ingéniosité tradition et ouverture à d’autres cultures. «C’est de la musique algérienne moderne, une nouvelle scène et une nouvelle tendance, qui a émergé durant ces quatre dernière années, grâce à plusieurs facteurs dont la forte présence de festivals, de la radio, de jeunes journalistes qui s’intéressent à ça, et, puis, il y a internet. Cette nouvelle scène est jeune, ce sont des groupes cultivés dont la majorité sont universitaires, et ouverts non seulement à la musique du monde, mais aussi à la culture du monde tout en restant enracinés dans sa propre culture», a-t-il noté.
Kader Bentounès

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