dimanche 15 septembre 2019 06:29:12

Juan Roblès, cinéaste espagnol, lauréat du grand prix Fi-Sahara 2014 : « Leghna est le miroir du peuple sahraoui »

"Nous sommes fiers de la poésie sahraouie qui a gagné ce prix, ses fruits ont donné beaucoup d’amour, un amour chaste et sincère, le miroir d’un peuple qui se bat pour ses terres, qui se sacrifie pour sa culture."

PUBLIE LE : 21-05-2014 | 23:00
Ph: Billel

Le film Leghna que vous avez projeté est axé sur le rôle important de la poésie dans la lutte du peuple sahraoui pour acquérir son indépendance, comment avez-vous eu l’idée de mettre l’accent sur ce volet pacifique de militantisme ?
Leghna comme je l’ai intitulé met en avant la poésie sahraouie, tout un parcours de la poésie nationale est relaté avec des témoignages vivants pour démontrer la grande place qu’occupe la poésie dans la société sahraouie et tout ce qu’elle signifie pour l’esprit traditionnel du peuple. Hélas ce parcours est peu connu par la jeunesse sahraouie à cause de la situation politico-sécuritaire prévalant, on a parcouru à travers les mots féeriques et les paroles des poètes sahraouis, tous les soubassements de la culture sahraouie.

Dans quelles conditions avezvous produit ce film ?
C’est un travail de longue haleine, on a travaillé pendant cinq ans avec le ministère de la Culture de la République sahraouie, et avec la collaboration du département anthropologie audio-visuel de l’université autonome de Madrid. Grâce au dévouement des traducteurs qui ont fait un travail exceptionnel pour traduire la dite poésie du hassania à l’espagnol, pour que l’on puisse avoir une meilleure interprétation du sujet.

Le film est donc un champ d’expression aux protagonistes pour faire connaître leur poésie et ses messages ?
Le film est un documentaire dont les protagonistes sont seulement les poètes sahraouis ayant contribué à l’enrichissement du patrimoine littéraire de ce pays, ces intellectuels qui ont fait tout un parcours pacifique à travers l’histoire des contentieux politiques et du colonialisme auxquel ils étaient victimes, c’est une narration chronologique des faits, depuis 1895 jusqu’à la nouvelle génération de poète, ce qu’on appelle les poète de l’Intifada (révolte), notamment ceux qui récitent cette poésie aux territoires occupés au péril de leur vie.

En côtoyant ces poètes, comment qualifiez-vous la détermination du peuple sahraoui qui lutte pour son indépendance ?
L’histoire du militantisme, l’esprit culturel et la résistance continue reconnaît que le peuple sahraoui a le droit légitime d’avoir son territoire confisqué et de recouvrir sa souveraineté. Ce qui est remarquable également, c’est l’engagement des jeunes qui sont partie prenante du combat politique, les vieux ayant subit les atrocités de la marche verte ne sont pas les seuls à militer, ils sont déterminé à un point inimaginable, et avec une telle persévérance, tôt ou tard ils finiront par récupérer leurs terres. C’est un peuple bédouin, ils savent attendre le moment opportun, ce peuple qui a fait preuve de patience à travers les siècles, tous ensemble ils vont finir par parvenir à l’objectif commun et rien ne pourra les arrêter.

Peut-on dire que votre film comporte les caractéristiques du film engagé ?
On a fait ce travail avec une ultime conviction, celle de voir un jour le peuple sahraoui libre et souverain, le travail qu’on a effectué depuis cinq ans avait comme principal objectif de faire connaître la jeunesse sahraouie, et la richesse de sa culture à travers la poésie qui reste une façon d’expression potentiellement riche et déterminante quant au militantisme politique. Faire connaître la poésie sahraouie peut s’avérer une arme politique qui retentit en dehors de la région maghrébine, et c’est un peu le rôle du cinéma de répandre les causes des peuples et leurs revendications partout dans le monde.

Quel effet ça vous fait d’être récipiendaire du grand prix du Fi-Sahara ?
Une grande fierté et une immense joie, nous sommes fiers de la poésie sahraouie qui a gagné ce prix, ses fruits ont donné beaucoup d’amour, un amour chaste et sincère, le miroir d’un peuple qui se bat pour ses terres, qui se sacrifie pour sa culture. La cause sahraouie est universelle, nous sommes tous Sahraouis quelque part, et on a un engagement vis-à-vis du peuple, et nous l’avons fait à travers la poésie musicale. Cependant nous nous réjouissons de ce trophée avec un seul souhait, celui de profiter de cette poésie magique avec nos pères et mères sahraouis à l’ouest, sur les rives de l’Atlantique.
Propos recueillis par Kader Bentounes
 

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