vendredi 20 septembre 2019 23:37:05

Patrimoine : Le voile, belle image de la femme algéroise

Le haïk (voile), vêtement traditionnel longtemps porté par la femme algéroise, lui valant le qualificatif de «blanche colombe», tend à disparaître du paysage, laissant le souvenir d’une belle image associée à la nostalgie de la belle époque.

PUBLIE LE : 12-05-2014 | 23:00
D.R

Le haïk (voile), vêtement traditionnel longtemps porté par la femme algéroise, lui valant le qualificatif de «blanche colombe», tend à disparaître du paysage, laissant le souvenir d’une belle image associée à la nostalgie de la belle époque.

Bien plus qu’un vêtement traditionnel constitué d’une étoffe blanche enveloppant la totalité du corps de la femme, le haïk était le symbole de la pudeur, de la décence, mais également de l’élégance féminine. Selon une première version, il serait apparu en Algérie avec l’arrivée des Andalous au Maghreb au XVIe siècle. Selon une seconde version, il aurait été introduit à Alger avec l’arrivée des Turcs, eu égard à sa présence dans d’autres régions du pays. En effet, outre le Centre, le haïk était également présent dans l’Est,  l’Ouest et le Sud du pays, sous des formes plus ou moins différentes. Dans l’ouest, les femmes portaient «bouaouina», un voile qui recouvrait  tout le corps, y compris le visage, ne laissant apparaître qu’un seul œil, alors qu’au centre, les femmes optaient pour le haïk «mrema» qu’elles portaient avec  une voilette (laârdjar) qui couvre le bas du visage, ne laissant apparaître que les yeux.
Dans l’Est du pays, les femmes ont porté le haïk blanc avant de le remplacer par la «mlaya» noire, en signe de deuil après la mort de Salah Bey. Réussissant à s’imposer encore durant la colonisation française et après  l’indépendance, le haïk a commencé à s’éclipser progressivement à partir des années 80, cédant la place au hidjab. Aujourd’hui dans la capitale, le haïk n’est porté que par une minorité de femmes, de vieilles femmes essentiellement. Parmi elles, khalti Khdija rencontré à la place des martyrs élégamment drapée de son haïk malgré son âge avancé. «Le haïk n’est pas seulement un bout de tissu que je porte, c’est pour  moi le symbole de la pudeur, de la pureté et de la décence», a-t-elle  lancé. «Je le porte depuis mon jeune âge et je ne suis pas prête à l’enlever maintenant que je suis grand-mère», a-t-elle ajouté. Bien que disparu des rues de la capitale, il arrive quelques fois de  croiser une femme portant cet habit traditionnel. Les photos-souvenir qui se vendent ici et là et les histoires d’héroïnes de la guerre de Libération nationale,  qui ont en fait une arme contre le colonialisme témoignent encore de cette tradition féminine. Il existe plusieurs sortes de haïk, explique Mohamed, un commerçant de tenues traditionnelles installé à la Rue Bab Azoun, une des ruelles commerçantes  du vieil Alger. Les plus réputé est le haïk mrema el hor, généralement fait à base d’un tissu blanchâtre de pure soie et réservé aux femmes aisées de la société  et le haïk fait de soie mélangée avec des touffes de laine. Importé actuellement de Tunisie, le haïk ne se vend pratiquement plus, a-t-il ajouté précisant que la valeur intrinsèque de ce legs ancestral demeure incontestable lorsqu’il s’agit de mariages, car la mariée doit le porter avant de quitter le domicile familial pour celui de son époux. Pour «laâdjar», M. Mohamed a indiqué que cette étoffe longtemps  associée au haïk a résisté au temps qui passe, certaines dames le portent même avec le hidjab qui a remplacé leurs costumes traditionnels. Il a évoqué les  différentes voilettes confectionnées au crochet ou à un genre de dentelle appelée «chbika», dont les  prix varient entre 300 et 500 DA continuent d’attirer bon nombre de femmes contrairement au haïk devenu une parure traditionnelle conjoncturelle. Même si la réapparition du haïk semble peu probable, il n’en demeure  pas moins que des tentatives de le ressusciter se multiplient, ou apparaissent, de temps à autre. Des étudiantes ont à la mi-avril dernier, organisé à Alger une marche symbolique près de la Grande Poste pour faire revivre les temps héroïques de  du voile algérois, qui avait permis aux «moudjahidine» de briser le blocus de la Casbah imposé par les paras lors de la Bataille d’Alger. Ailleurs au Maghreb, cependant, le voile a encore de beaux jours devant lui, notamment en Tunisie et en Libye.

Tlemcen : Rencontre à Nedroma sur «le haïk et la djellaba»    
L’association El Mouahidia de sauvegarde du legs  historique et culturel de Nedroma (Tlemcen) a organisé, samedi à la Maison du  patrimoine de cette ville, une rencontre sur «le haïk et la djellaba». Animée par des enseignants universitaires, cette rencontre a pour objectifs  de mettre en valeur ces habits traditionnels portés par les femmes afin de les  préserver. Les intervenants lors de cette conférence, organisée dans le cadre de la célébration du mois du patrimoine, ont rappelé l’utilisation de ces habits et leur historique devant un parterre d’amateurs du patrimoine, soulignant en substance que la femme utilisait plusieurs sortes de voiles dans la vie courante et lors des fêtes. Les participants ont également abordé la djellaba que portent les hommes  pour se couvrir contre le froid, situant son importance et ses bienfaits. Ils ont insisté au passage sur la nécessité de préserver ces habits traditionnels faisant partie du patrimoine qui ont tendance à disparaître devant les nouvelles modes vestimentaires. A noter que l’association El Mouahidia a élaboré pour la célébration du mois du patrimoine un riche programme comportant une exposition du livre, la projection de films documentaires sur le patrimoine et l’histoire de la ville de Nedroma et des visites des sites historiques et naturels que recèle cette région.
Des journées portes ouvertes sur l’artisanat et les métiers, un hommage à des protecteurs du patrimoine, un concours de pâtisserie traditionnelle et un gala artistique de troupes locales sont aussi programmés, selon le président d’association. Créée en 1973, l’association El Mouahidia de Nedroma a eu le mérite d’inventorier, d’entretenir des monuments historiques et des sites naturels, en plus de l’étude du legs culturel et historique de la région, la promotion  de l’artisanat et des métiers et le soutien et l’orientation des artisans. Elle a également contribué à la sauvegarde de manuscrits et d’anciens écrits, à la réhabilitation de personnalités et érudits de la région, la formation musicale et les échange culturels avec différentes associations du pays et de l’étranger.
 

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