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Les massacres du 8 mai 1945 évoqués au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid : Afin que nul n’oublie

L’insurrection populaire de 1871 Tassaadit Yacine : « Un vrai acte de guerre contre le colonialisme »

PUBLIE LE : 07-05-2014 | 0:00
D.R

Le 8 mai 1945, alors que la paix s’élevait sur le monde, un massacre s’abattait sur l’Algérie. La France coloniale célébrait, à sa manière, sa libération du nazisme. Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’association Machaâl Echahid, est revenu, hier, sur cette tragédie, pour laquelle la presse internationale, dans son euphorie après la victoire des Alliés contre l’Allemagne nazie, avait réservé quelques lignes ambiguës. 69 ans après, difficile d’effacer de la mémoire collective, ce génocide qui avait fait 45.000 morts.

Si, dans le monde, le mois de mai rime avec muguet, en Algérie, il rime avec Sétif, Gulema, Kherratta... et quelque 50 autres villes algériennes qui ont écrit leur nom sur le fronton de l’histoire en lettres de sang.
Il nous rappelle les 45.000 Algériens morts sous les balles, les bombardements d’avion, enterrés dans des fosses communes, ou brûlés dans un four à chaux d’Héliopolis près de Guelma. Leur crime ?  Croire aux promesses de la France coloniale. En ce jour, du 8 mai 1945, les Algériens étaient victimes d’un génocide à ciel ouvert.
 Un massacre justifié, selon la presse coloniale, car «les manifestants portaient atteinte à l’ordre public». Le docteur Ameur Rkhila, qui s’est spécialisé dans l’histoire de l’Algérie, a fait une lecture de la manière dont ont été traités les massacres de milliers de civils. Pour le chercheur, la presse française, qui paraissait en Algérie, constituait une tribune pour les colons. Et, de ce fait, l’assassinat d’algériens innocents s’inscrivait dans l’ordre des choses. Pour ces titres, l’action de la machine de guerre coloniale était amplement justifiée, allant jusqu’à dire que derrière les manifestants, le PPA menaçait «la souveraineté française». Dans l’Hexagone, des titres comme le Figaro ou l’Humanité avaient minimisé la tragédie, quand ils n’accusaient pas les Algériens «de partisans du nazisme». Cependant, le professeur Rkhila souligne que quelques voix libres avaient tenté de dénoncer la répression barbare, mais, malheureusement , elles ont été vite étouffées. Quant à la presse algérienne, le conférencier, rappelle qu’en 1945, la scène médiatique était vide d’un titre national en mesure de dénoncer la barbarie coloniale, et ce en raison du gel imposé par les autorités coloniales à toute activité politique, dans le but de faire barrage à la montée du mouvement national algérien. Il aura fallu attendre 1946, pour voir l’émergence d’une presse algérienne nationaliste, qui n’a pas manqué de revenir sur les massacres du 8 mai 1945, et qui avait remis en cause les relations algéro-françaises, et mis à nu la mauvaise foi des autorités coloniales qui avaient utilisé des milliers d’Algériens comme chair à canon. D’ailleurs, pour l’avocat du FLN, Jacques Vergès, le scandale est dans les statistiques, où l’on recense plus de morts algériens pour la France au cours de la Seconde Guerre mondiale, que des résistants français recensés au cours de la même période. Le chercheur Ameur Rkhila a tenu à mettre en exergue les écrits de la presse américaine, notamment la Revue de l’Armée américaine qui avait dénoncé les actes de l’armée française. Ceci alors que la France coloniale voulait faire de cette manifestation, une révolution de la faim.
De son côté, le juriste Souilah Boudjemaâ a expliqué que le génocide était programmé et prémédité. C’est un massacre de civils d’une grande ampleur : «L’idée de demander des indemnités à la France n’a pas de sens. Ce que nous voulons, c’est une reconnaissance officielle, et une criminalisation de la colonisation. Il faudrait aussi que les autorités reconnaissent les faits et permettent aux historiens d’accéder aux archives.» Pour ce juriste, il faut se résoudre à faire la lumière et à rendre justice aux victimes. M. Souilah a aussi appelé à l’ouverture des archives afin que les historiens puissent reconstituer les faits. Cependant, il refuse que le travail historique se fasse conjointement avec les historiens d’outre-mer.                          
Nora Chergui 

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Chafiî Mohamed Tahar, rescapé des massacres du 8 mai 1945 :
« Achiary avait dit à ses hommes : « Prenez votre revanche sur les pouilleux  ! »
«Dès mon plus jeune âge, j’ai fréquenté la medersa de l’Association des ulémas. J’ai adhéré aux Scouts musulmans algériens (SMA). En fait, toute ma formation était dans l’organisation chère à Mohamed Bouras. Ensuite, j’ai rejoins les rangs du PPA-MTLD.
Lors des massacres du 8 mai 1945, je n’avais pas encore atteint les vingt printemps. Je suis né en février 1927, j’avais donc 18 ans, à peine. Le 8 mai 1945, j’étais dans les organisations, et notamment dans les AML, la fraction PPA clandestine. Et dans cette fraction PPA, il y avait un homme qui est mort. Cet homme là s’appelait Bensouilah Abdelkrim.  Il avait du caractère. Je me rappelle lorsqu’un professeur a parlé de la Zmala de l’émir Abdelkader, Bensouilah, alors écolier, avait organisé 3 jours de grève. Pour revenir, aux massacres du 8 mai 1945, j’étais parmi l’encadrement. Et comme j’étais un membre actif du PPA-MTLD, on a encadré le peuple calmement. Nous avions un comité des Amis du Manifeste et de la Liberté en qui nous avions confiance. Je parle, en particulier, d’Abdi Smaïl, un intellectuel du PPA. Pour tout dire, Abda Smaïl est l’équivalent de Ben M’hidi, côté formation. Ils ont été ensemble au lycée franco-musulman. Nous avons donc formé   des jeunes .
 Le jour J, nous avions marché calmement dans la rue principale qui longe toute la ville de Guelma. Arrivés devant la gendarmerie, un groupe de militants nationalistes, connu sur la place guelmie, a engagé des palabres avec les Français. Mais lorsqu’on a voulu et essayé d’enlever le drapeau à Ali Abda , celui-ci a bousculé et fait tomber le sous-préfet  Achiary. À ce moment là, ce dernier a donné ordre de tirer. Et lorsque les tirs ont commencé, nous nous sommes éparpillés et les  manifestants ont fui la fusillade. On est sorti de la ville. Pour ma part, je me suis refugié dans le magasin d’un ami,  un grossiste de légumes.  
Le lendemain, on est allé devant le quartier militaire.  Il y avait Souidani Boudjemaâ, il y avait également un autre militant de Batna qui était militaire et une autre personne, un docteur nommé Bel Abbès. On commentait ce qui s’était déroulé la veille. Le 9 mai, les Français ont décrété l’état d’urgence avec l’interdiction de sortir.
Achiary avait  dit  alors à ses hommes : "Maintenant, messieurs, prenez votre revanche sur les pouilleux." Ils les ont armés au magasin central d’armement de l’armée. En fait, le commissaire insistait pour que je lui dise que c’était effectivement ma signature.
Or, si je lui avais dit : "Oui, c’est ma signature.» Il m’aurait dit : "Montrez-nous vos amis.» J’ai donc accepté d’être frappé, à telle enseigne que le commissaire a demandé au supplétif d’arrêter. Il lui avait dit : "Cessez, Ketfi ! Cessez.» Il faut dire également que j’ai échappé de justesse à la mort. Le dimanche, un brigadier de police, un juif, m’a envoyé à la maison. Mais il m’a pris de la maison. Il m’a fait entrer dans un commissariat désaffecté et on m’a mis dans une cellule où était détenu par la suite, M. Benchikha qui est mort et dont le père, l’oncle et le frère ont été assassinés. Il y avait également, dans cette même cellule, un homme, âgé d’une cinquantaine d’années qu’ils emmenaient tous les soirs pour  fossoyer  et jeter la terre sur ceux qu’ils tuaient. Il  rentrait vers 2h30 pour nous raconter les faits. Lorsqu’il parlait de ceux qu’il avait enterrés, il avait des frissons. Me concernant, ils devaient me tuer le 30 mai, mais Yves Chataignaud, gouverneur, est venu à Constantine.  Il a réuni les sous-préfets et leur a dit : «Interdiction de tuer !» Parce que le consul général des États-Unis a dénoncé le génocide fait à Guelma. Il leur a dit : "Il faut le traduire devant la justice." Et c’est comme cela que j’ai échappé à la mort. Le mardi suivant, au lieu de m’emmener me tuer, ils m’ont libéré. Ils n’avaient rien contre moi, puisque j’avais tout nié, même la signature. Il faut signaler, par ailleurs, que quand la commission Thubert devait  enquêter sur les assassinats, de peur des conséquences, au cas où l’on trouverait les cadavres, les hommes du comité du salut public les avait déterrés.
Ils les ont mis dans un four à plâtre de la ville, et ils les ont brûlés. Les corps étaient enfouis dans le four à plâtre. Ce four existe toujours à Guelma.»
Propos recueillis
par Soraya Guemmouri

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Mme Zohra Drif-Bitat :
« Mes Mémoires visent à faire découvrir le visage abject et sauvage du colonialisme français »
L'ouvrage Mémoires d’une combattante de l’ALN vise "à faire découvrir aux jeunes générations, le visage abject et sauvage du colonialisme français", a indiqué la moudjahida Zohra Drif-Bitat, au cours d’une rencontre de présentation de son livre, hier à Tissemsilt, à l'occasion de la commémoration du 69e anniversaire des massacres du 8 mai 1945. La moudjahida a expliqué, au cours d’une rencontre de présentation de cet ouvrage, que l’objectif de ces Mémoires est "de montrer et de faire découvrir aux jeunes générations, le visage abject et sauvage du colonialisme français". "Des villages et des dechras entiers ont subi la barbarie de l’armée coloniale française qui pratiquait la politique de la terre brûlée partout où elle passait", a-t-elle affirmé, tout en rappelant qu'à l’indépendance du pays, l’analphabétisme touchait 98% de la population algérienne. Mme Drif-Bitat s'est également longuement étalée sur la période de son incarcération avec ses compagnons d’armes, et des séances de torture pratiquées par les paras dans leurs tentatives d’arracher des aveux ou des informations sur les réseaux de l’Armée de libération nationale (ALN). Avec grande émotion, la conférencière a également évoqué des personnages qui l’ont marquée, comme les chahid Ali La Pointe, Hassiba Ben Bouali ou encore Larbi Ben M’hidi. L’auteure de cet ouvrage s’est appuyée sur des témoignages sur la guerre de Libération nationale, notamment sur la bataille d’Alger (1956/1957), période charnière de l’histoire de l'Algérie qui a permis de desserrer un peu l’étau sur les zones montagneuses et les maquis en portant le combat libérateur dans les grandes villes, particulièrement la capitale, Alger. Au cours de cette rencontre, mise sur pied par la direction locale de la culture pour commémorer le 69e anniversaire des massacres du 8 mai 1945, le journaliste et chercheur en histoire, Amar Belkhodja, a observé que les travaux sur la Révolution armée connaissent "un certain dynamisme", grâce aux témoignages et biographies des moudjahidine. "Ces travaux constituent des références non négligeables pour les chercheurs intéressés par cette importante période de l’histoire nationale", a-t-il souligné, appelant les moudjahidine et acteurs de cette période à écrire leurs Mémoires pour préserver la mémoire nationale et transmettre des données importantes sur la Révolution du 1er novembre 1954. Mme Zohra Drif- Bitat a été honorée pour ses sacrifices consentis afin que le pays recouvre son indépendance nationale et sa liberté.

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Le 12e colloque sur le 8 mai 1945 de Guelma portera sur les crimes du colonialisme
Le colloque consacré chaque année par l’université de Guelma aux massacres du 8 mai 1945 portera, cette année, pour sa 12e édition, sur les crimes du colonialisme et leurs effets sur le mouvement national entre 1945 et 19543, ont indiqué hier les organisateurs de cette rencontre prévue demain. Un hommage sera rendu au moudjahid Saci Benhamla, l’un des témoins des massacres du 8 mai 1945 à Guelma et membre fondateur de la Fondation du 8 mai 1945, décédé le 18 juillet 2013. Le colloque rendra également hommage à l’avocat Jacques Vergès, décédé le 15 août 2013 à Paris (France) et qui avait pris part à plusieurs éditions du colloque de Guelma, ainsi qu’au journaliste et historien Henri Alleg, mort le 17 juillet de la même année. Le programme du colloque prévoit dix conférences données par des chercheurs des universités de Guelma, de Sétif, de Tébessa, de Souk-Ahras et de Msila, en plus d’une communication de Gilles Manceron, historien et président de la Ligue française des droits de l’homme, portant sur la "répression colonialiste dans le Constantinois, le 8 mai 1945".

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L’insurrection populaire de 1871
Tassaadit Yacine : « Un vrai acte de guerre contre le colonialisme »
L’anthropologue, Tassaadit Yacine, a estimé, hier à Béjaïa, que "l’insurrection de 1871" a constitué un vrai acte de guerre contre le colonialisme. Intervenant lors d’un colloque sur l’insurrection éponyme, l’historienne, professeur à l’École des hautes études en sociologie (Paris), a corroboré sa thèse en mettant en relief "l’importance de l’insurrection", en termes d’engagement populaire et d’espace géographique, et compte tenu de la réponse violente et guerrière de l’armée coloniale. "La secousse qui en a résulté a amorcé, avec El-Mokrani, le processus de décolonisation", a-t-elle soutenu, rappelant que cette figure de proue de l’insurrection a, ouvertement, déclaré la guerre à l’administration coloniale. Après avoir essuyé par trois fois, un refus de démission du conseil municipal de la commune mixte de Bordj Bou-Arréridj, "il a fait une véritable déclaration de guerre", a-t-elle souligné. À l’évidence, au-delà des faits anecdotiques, le déclenchement de ce soulèvement populaire a été le résultat d’un faisceau de facteurs (sociaux, politiques et militaires), dont la conjonction a précipité son éclatement. 30.000 insurgés tués, 300.000 morts, du fait de la maladie et de la famine, elles mêmes induites par la politique de dépossession des terres, les pressions fiscales, qui ont permis à la France de lever une somme de 3 milliards de francs, utilisée pour rembourser sa dette envers l’Allemagne, en étaient autant de motifs mis en avant pour expliquer le recours à la guerre et à amorcer un processus de décolonisation, déjà en route à l’échelle planétaire, notamment en Nouvelle Calédonie, Madagascar, l’Indochine, a-t-elle indiqué.

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