Ansar Charia : Éclatement d'Al Qaida ou recomposition tactique ?

22 ans après la création d'Al Qaida par Oussama Ben Laden (tué dans la périphérie d'Abbottabad au Pakistan le 2 mai 2011, lors d'un raid mené par les forces spéciales des Etats-Unis) et Ayman al-Zaouahiri, cette "nébuleuse" est-elle en train d'opérer sa mue pour coller, accompagner et encadrer (selon les situations) les différentes révoltes populaires dans le monde arabe ?
PUBLIE LE : 24-04-2014 | 0:00

22 ans après la création d'Al Qaida par Oussama Ben Laden (tué dans la périphérie d'Abbottabad au Pakistan le 2 mai 2011, lors d'un raid mené par les forces spéciales des Etats-Unis) et Ayman al-Zaouahiri, cette "nébuleuse" est-elle en train d'opérer sa mue pour coller, accompagner et encadrer (selon les situations) les différentes révoltes populaires dans le monde arabe ? Un élément important semble le confirmer. Depuis la mort du numéro un d’Al Qaida et l'intensification des attaques par drones qui ont mis hors d'état de nuire une partie de son encadrement en Afghanistan et au Pakistan, cette internationale terroriste est en train de déplacer sa base de cette région vers l'Afrique subsaharienne.
La "soudaine" mise en place d'entités locales portant le même nom avec le même drapeau dans les pays traversés par le printemps arabe est un élément à prendre en considération. Est-ce la nouvelle configuration d'Al Qaida qui après avoir "mis" en place des entités régionales comme AQMI, au Sahel, et AQPA, au Yémen, se "décentralise" encore plus avec Ansar charia ?
Le Sahel, cette large bande qui relie l'Afrique noire au Maghreb offre, du point de vue stratégique, des paramètres tres importants.
 En effet, à l'immensité de l'espace s'ajoute la faiblesse des Etats centraux et leur faible ancrage sur le territoire. Un vide politique largement comblé par les activités criminelles de nombreux groupes qui contrôlent chacun une route internationale de trafic de drogue, de racket et d'enlèvements de ressortissants étrangers. A ce vaste no man's land partagé entre divers groupes s'ajoute l'opportunité du " printemps arabe" qui représente un formidable marché libre des individus à la dérive en attente d'idéologies et de causes à défendre et d'armements en provenance des arsenaux militaires dévalisés à l'exemple de celui d'El Kadhafi dispersé, repris et racheté par ces groupes.
Le chef d’Al Qaida au Maghreb islamique a publiquement déclaré avoir profité du chaos libyen pour se réarmer.
 La proximité des pays européens, dociles quand il s'agit de verser de lourdes rançons pour la libération de leurs ressortissants, les intérêts de ces mêmes pays qui arment l'opposition en guerre contre les régimes de leur pays (notamment la France de Sarkozy en Libye) au nord du Sahel et les situations de guerres civiles permanentes et de tensions ethniques latentes au sud, confèrent aux yeux d'Al Qaida une importance stratégique à cette partie du monde destinée à remplacer l'Afghanistan et le Pakistan.
Cette migration des terres tribales afghanes au désert du Sahel a été encouragée par un homme.
Abu Yahya al-Libi, alias Younès Sahraoui, de son vrai nom Mohamed Hassan Qaïd, tué en 2012. Il est d'origine libyenne, et était un des principaux dirigeants d'Al Qaida et un ex-membre du Groupe islamique combattant en Libye (GICL).
Sur place, ces migrants "afghans" ont trouvé un allié de poids avec la présence d'Al Qaida au Maghreb islamique qui a balisé le terrain en tissant des relations avec des groupes locaux (Boko Haram et Shebab, notamment) et une conjoncture des plus prometteuses avec le chaos libyen et la révolution du Jasmin qui a permis la libération de nombreux islamistes incarcérés sous l'ère de Ben Ali.
Un déplacement tactique, puisque ce n'est pas la structure historique d'Al Qaida qui a fait mouvement mais plutôt une myriade qui a pris pour nom Ansar charia. Chaque pays ayant ses propres Ansar, en Tunisie, au Mali, en Libye, au Maroc, en Égypte... Ils se présentent comme des groupes autonomes, n'ayant aucun lien organique entre eux ou avec Al Qaïda, même s'ils affichent les mêmes objectifs et arborent un drapeau identique : un étendard noir avec l'expression “La ilaha illa Allah”.
En Tunisie, ce groupe après avoir organisé sa conférence nationale à Kairouan et montré ouvertement son hostilité aux autres courants politiques du pays a été accusé d'avoir fomenté l'assassinat de deux opposants politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Classé comme organisation terroriste, son bras armé s'est replié dans une zone montagneuse à la frontière algérienne.
Leur homologue libyen a également été classé par les Américains sur la liste noire "terroriste" depuis l'attaque armée du 11 septembre 2012 contre le consulat américain de Benghazi. A Tanger, "Ansar charia au Maroc" n'hésite plus à organiser des manifestations et à entrer en confrontation ouverte avec les forces de l'ordre.
M. K.
 


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