mercredi 21 novembre 2018 09:49:31

Hommage à Gabriel Garcia Marquez : Une œuvre mythologique aux sources du fantastique

On ne devient pas une sommité dans le monde de la littérature sans cette propension à vouloir se désentraver des carcans de la tradition romanesque bien établie par tous les codes connus de l’écriture.

PUBLIE LE : 20-04-2014 | 0:00
D.R

On ne devient pas une sommité dans le monde de la littérature sans cette propension à vouloir se désentraver des carcans de la tradition romanesque bien établie par tous les codes connus de l’écriture.

Le Prix Nobel de littérature décerné à Stockholm en 1982 aura gratifié l’œuvre universelle de l’écrivain colombien qui a propulsé la littérature latino-américaine en lui conférant ainsi qu’aux romanciers qui suivront, ses lettres de noblesse acquises de haute lutte par un homme au verbe prophétique qui a donné une dimension mythique à un nouveau courant littéraire qui marquait une originalité attestée par tous dans la mesure où elle introduisait une étrange vision fantasmagorique de son pays natal. Les petites gens de son village perdus dans les vapeurs poussiéreuses d’une banale ville de Colombie, reconnaissant envers celui qui leur a apporté la gloire en les évoquant avec un indicible talent et un regard visionnaire, ont coutume de l’appeler « Gabo ».
Populaire dans toutes les parties du monde et à plus forte raison dans les pays maghrébin, nous nous arrêtons pour rendre une dernière pensée à Gabo qui a disparu il y a quatre jour à l’âge de 87 ans à son domicile de Mexico, en revisitant le parcours de la vie de cet écrivain du XXe siècle dont l’œuvre traduite dans toutes les langues ou presque et vendue à 50 millions d’exemplaires, porte une constellation multiple qui aura inspiré bien des auteurs et marqué leur imaginaire. Certains spécialistes de la littérature comme le britannique Gerald Martin se sont pressés dès l’année 1999 de rédiger puis publier une biographie exhaustive intitulée « Gabriel Garcia Marquez, une vie » lorsque la nouvelle de son cancer lymphatique s’était répandue, mais l’auteur de Cent ans de solitude s’était vite rétabli et pour couper court à toute rumeur, il a complètement disparu de la vie publique, se retirant ces dernières années dans sa demeure en compagnie de son épouse Mercedes Barcha,  épousée en 1958 et qui ne le quittera plus. Aîné de onze enfants, Gabriel José de la Concordia Marquez est né le 6 mars 1927 à Aracataca dans un village entre les marigots et les plaines de la côte caraïbe colombienne qui deviendra sa première référence littéraire que l’Espagnol sud-américain appellera dans son livre Macondo mettant affectueusement en relief cet endroit à la fois mythique et réel évoquant l’irrationnel du quotidien sous ces latitudes. L’influence libérale de l’homme qui rêvait d’une société idéale où régnerait la justice et seraient bannies les inégalités sociales, ne lui vient pas directement de ses parents qui quittent la région en 1929 abandonnant le petit garçon à ses grands-parents dans une maison transformée en musée, mais de son grand-père surtout, le colonel Marquez libre-penseur qui, pour meubler l’ennui d’un temps immobile, lui ressassait inlassablement ses souvenirs de la guerre des Mille jours.
C’est à ce petit papa comme il le surnommait que l’écrivain doit sa conscience politique et sociale. Lorsque ce dernier rejoint ses parents qui l’enverront en pension chez des jésuites, il écrit déjà ses premiers textes dans la revue du collège et après l’obtention de son baccalauréat se passionne pour le journalisme avec ses lectures classiques : Kafka, Joyce, Virginia Woolf, Faulkner, Hemingway, des influences littéraires dont il ne retiendra uniquement que le style et la forme, car pour lui le fond reste impalpable et profondément dicté par le culte du surnaturel, des fantômes et prémonitions que lui transmet sa grand-mère galicienne, des fondements d’une littérature qui seront à la source de la création de ce que les critiques nommeront le réalisme magique ou le réel merveilleux. Le journaliste politiquement engagé à gauche s’attire les foudres du pouvoir et se distingue par ses écrits El Espectador dont les lecteurs s’arrachent le récit. C’est ainsi qu’il arrive à Paris en pleine guerre d’Algérie et fréquente les milieux du FLN et s’expose pour délit de faciès aux ratonnades pratiquées par la police française. Lorsque son journal est interdit, l’écrivain survit en attendant la gloire dans un modeste logis. Il fait paraître Pas de lettre pour le colonel, en 1961 et l’année suivante La mauvaise heure et Les funérailles de la grande Mémé avant de faire paraitre cinq ans plus tard son œuvre maîtresse Cent ans de solitude publiée dans sa version originale aux éditions du Seuil avec sa traduction française et accède définitivement à la célébrité mondiale pour ce roman qui allie à la fois l’épopée familiale, le roman politique et le récit merveilleux, un roman où l’écrivain déploie un langage puissant parfaitement maitrisé et dont le poète Pablo Neruda dira « C’est le plus grand roman écrit en langue espagnole depuis Don Quichotte ».
Dans ce livre magistral qui fera basculer tout le continent dans une nouvelle dimension littéraire, un livre qui par ailleurs  fera suite à d’autres chefs-d’œuvre non moins célèbres, Gabriel Marquez décrit la « solitude » face « à l’oppression, au pillage et à l’abandon » à travers l’évocation de « cette partie immense d’hommes hallucinés et de femmes historiques, dont l’entêtement sans fin se confond avec la légende ». Mais bien au-delà de la politique et de la mythologie où l’homme revenait sans cesse sur l’univers prodigieux de son enfance à mi chemin entre le journalisme, l’histoire et le roman populaire, l’auteur de « L’Amour au temps du choléra » ( 1985) et de « Le Général dans son labyrinthe » ( 1989) n’avait de cesse d’élaborer un discours sur la mort et la solitude tout en affirmant à l’opinion publique et surtout à ses détracteurs qui lui reprochaient sa longue amitié avec Fidel Castro,  que les vrais romanciers n’étaient pas des intellectuels mais simplement des hommes de plume.
Lynda Graba

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