jeudi 18 juillet 2019 19:34:18

Hommage aux cheikhs du chant Bedouin oranais à la salle Ibn Zeydoun : Le bédoui ouahrani à l’honneur

Le cycle des hommages aux genres musicaux faisant partie du folklore dans sa tradition la plus authentique ainsi qu’aux artistes qui les ont le plus représentés en Algérie continue sa traversée à travers les régions qui ont produit au fil des siècles de civilisations mêlées à un patrimoine immatériel que de rares musiciens et bardes de la chanson bédouine continuent de pratiquer dans l’Oranie.

PUBLIE LE : 31-03-2014 | 0:00
Ph: Wafa

Le cycle des hommages aux genres musicaux faisant partie du folklore dans sa tradition la plus authentique ainsi qu’aux artistes qui les ont le plus représentés en Algérie continue sa traversée à travers les régions qui ont produit au fil des siècles de civilisations mêlées à un patrimoine immatériel que de rares musiciens et bardes de la chanson bédouine continuent de pratiquer dans l’Oranie.

Pour cette fois, le ministère de la Culture a amarré à travers un certain nombre de villes de l’ouest algérien pour nous proposer, dans la soirée de samedi dernier, un voyage musical en invitant sur scène d’anciennes troupes habillées de leur vieux accoutrement typique de ces régions et qui déclament toujours, même si leur nombre est aujourd’hui réduit, la poésie que l’on appelle le melhoun dans la pure veine du bédoui wahrani. On aura donc prêté une oreille attentive à ces chants anciens assez impressionnants par leur vocalise caractéristiques avec une assistance qui en compagnie de la ministre de la Culture et M. Abdelkader Zoukh,  wali d’Alger, applaudissait avec bonheur les tours de chants des cheikhs venus de  Tiaret, Relizane, Mostaganem, Tissemssilt, Oran, Aïn Témouchent et qui nous auront, le temps d’une soirée, plongé dans une aire géographique et une musique traditionnelle que les costumes et instruments traditionnels comme la gasba ou la flûte en roseau et un guellal qui s’apparente à une petite derbouka, venaient marquer de leur présence. Avant la prestation des chanteurs et musiciens, le public a observé une minute de silence à la mémoire de na Chérifa qui vient de disparaître puis assister à la projection d’un documentaire réalisé par Abdelkader Bendaâmache évoquant l’histoire de ce genre musical à travers des figures marquantes. Il faut rappeler l’importance du genre bédoui qui fut, à l’origine, la source d’inspiration à laquelle se sont abreuvés de grands artistes oranais comme Ahmed Wahbi et Blaoui Lahouari dans les années soixante-dix, et, plus tard, les adeptes contemporains d’un autre genre musical  comme le raï auquel il a donné naissance avec certaines reprises célèbres comme Bakhta dont Cheb Khaled a modernisé et réarrangé  avec succès l’interprétation  dans les années quatre-vingts et dont nous avons eu justement au cours de cette soirée le plaisir d’écouter la version originale. Le genre bédoui qui représente la forme supérieure du melhoun avec les belles mélodies accompagnées d’un instrument à vent naturel très simple et pourtant inimitable induisait autrefois un état émotionnel d’extase lorsque l’habitude auditive de son caractère répétitif avec sa formule mélodique caractéristiques s’y prêtait. Le sous-genre que représente le bédoui waharani possède une esthétique — que par ailleurs les chercheurs en ethnomusicologie gagneraient à étudier — basée sur la mise en relief du poème mélhoun dont le support mélodique se limite à une fonction secondaire puis que c’est la beauté du texte qui prime avant tout et tout l’art du cheikh nous avons eu l’occasion au cours de cet hommage de découvrir certains, consiste à déployer toute son énergie vocale modulable selon les compositions et à l’adapter dans la bonne mesure au texte qui fait la qualité et la richesse du melhoun. Même si ce genre musical connaît diverses formes comme le guebli sans percussion et le mekhzni avec la percussion du guellal, il peut prendre des formes qui diffèrent selon la région par l’accent local et la prononciation, mais reste cependant fondamentalement uniforme.
C’est cette uniformité qui faisait autrefois l’âme profonde du bédoui avec ces chantres les plus connus que nous avons eu l’opportunité au cours de cette soirée de découvrir à travers des images d’archives et quelques enregistrements les spécificités qui faisaient office pendant la colonisation de rempart identitaire, car les textes poétiques du melhoun, qui trouvent leur origine soufie dans la célébration des saints, ont cette particularité de traiter de thématiques cruciales en rapport avec l’histoire et la résistance dans un contexte de lutte contre l’occupant français ou bien de manière un peu plus prosaïque et parfois chevaleresque d’évoquer les fantasias et autres exploits guerriers. Pour en revenir à l’hommage, proprement dit, il faut souligner qu’au terme de chaque prestation, les cheikhs ont reçu des coffrets de CD produits par le ministère de la Culture et que deux d’entre eux ont reçu des mains de la ministre en personne et du wali des médailles et autres trophées.                            
 Lynda Graba

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