vendredi 19 juillet 2019 20:45:54

Nouvelle parution : « Lamari, le ténor de la casbah » de Abdelkrim Tazaroute

Une vie d’artiste entre dévouement à l’Algérie et à la chanson moderne

PUBLIE LE : 20-11-2010 | 20:59
D.R

Quelle génération d’aujourd’hui dont les parents à la fin des années  soixante fredonnaient les refrains célèbres de « Ah ! Ya qualbi chhal tekwit min kiya … », se rappelle au bon souvenir d’une époque entrée dans l’enthousiasme d’après guerre, de cette poignée d’artistes algériens qui avaient fait grâce à des percées novatrices dans la chanson les beaux jours d’une époque où l’espoir de   l’édification d’une jeune nation se conjuguait avec la sincérité de ceux qui croyaient vraiment en l’art ?
Les temps ont bien changé et à l’orée de ce XXI nième siècle plus personne n’entend parler  du répertoire musical d’un chanteur comme Mohamed Lamari .Les artistes de cette génération sont presque tombés dans l’oubli des gloires passées malgré une carrière pleine de succès   et de rebondissements toute entière consacrée à la chanson moderne algérienne mais cependant reléguée à une époque désormais révolue comme si ces météores qui ont autrefois brillé au firmament des projecteurs n’avaient jamais existé .Notre collègue Abdelkrim Tazaroute a eu la bonne idée de faire ressusciter une pléiade d’artistes en leur consacrant une riche biographie qui va puiser dans le long parcours de chacun le fil tumultueux  de leurs vie à partir de témoignages que la plume sensible rend à la fois touchants et saisissants , une plume  qui derrière une narration sait nous restituer l’atmosphère artistique des années de l’indépendance algérienne tout en faisant le lien même s’il reste parfois ténu entre l’histoire sociopolitique de l’Algérie et l’itinéraire souvent sinueux voire opaque quand il le fut à certaines heures lumineux dans la vie d’un artiste .Après un premier ouvrage sur la figure emblématique du chaabi en la personne du regretté Hachemi Guérouabi,l’auteur nous revient cette fois avec un studieux travail de compilation de photographies inédites agrémentées par un texte dont la narration est soucieuse de rendre à travers une histoire à la fois romancée et très proche de la vérité par les synthèses qu’elle implique au bout de chaque paragraphe, toute l’étendue artistique de l’œuvre  d’un chanteur comme Mohamed Lamari .Le fait que notre auteur pratique lui aussi en bon musicien la chanson, donne à cet ouvrage de bonne facture, une note authentique .Reste que l’intention en soi généreuse d’immortaliser à travers « Lamari, le ténor de la casbah » une époque qui demeure présente dans les souvenirs intimement liés à la vie d’un chanteur d’une telle envergure et dont l’empreinte a traversé presque tous les âges  en soixante ans de carrière, est une initiative en soi louable à plus d’un titres puisqu’elle fait sortir des oubliettes l’artiste marginalisé et  permet de donner aux générations futures d’importants repères sur l’évolution de la pratique de l’art en Algérie et de redonner à l’artiste tout le mérite qui sied à son talent avec une marque qui sera palpable dans le temps , une marque pour la postérité mais aussi une reconnaissance attendue par l’artiste de son vivant .C’est certainement faire œuvre utile que de se pencher comme l’a fait notre auteur avec un travail de recherche joignant citations extraites de journaux et les confidences propres de l’artiste en question .Un artiste qui se découvre à travers les lignes  en tant comme et algérien .Se dévoile ainsi sous nos yeux ,toute la chronologie d’une mémoire  qui s’inscrit à travers des données spatio-temporelles celle d’un chanteur qui a apporté et beaucoup donné à la chanson algérienne, à son public et à son pays .Pas à pas l’auteur nous installe dans les décors du café de Tontonville, un lieu de prédilection et de rencontres pour les artistes algériens d’alors qui se réunissaient entre amis pour évoquer les souvenirs d’une carrière pleine et des anecdotes ahurissantes sur la personnalité de chacun. On découvre un Lamari qui s’adonnait très tôt au chant à haute voix à l’école malgré la désapprobation de son père puis on voyage à travers les photographies dans les origines kabyle de Lamari à Makouda où le chanteur enfant faisait de longs séjours dans sa famille .On comprend alors la forte émotion que dégage le personnage qualifié de « Bête de scène » et qui jeune commence à se singulariser à travers des tenues vestimentaires extravagantes pour son époque, celui qui plus tard à l’apogée de sa gloire électrisera littéralement son public avec une forte présence scénique, un vigoureux timbre de voix  et par-dessus tout un dynamisme quasi spectaculaire. L’auteur nous montre à quel point ce chanteur faisait corps avec son époque et les idées qui prévalaient au risque de passer plus tard pour le chanteur «  officiel »  qui aura fait son temps .Mais non ! Semble rétorquer l’auteur en égrenant les moindres faits et gestes de l’artiste Lamari ! En leitmotiv, il reprend à son compte le titre d’un des succès du chanteur “Rana Hna” comme pour marquer la présence éternelle de tous les artistes algériens qui, il fut un temps, formaient tous ensemble la famille artistique algérienne unie autour de valeurs de solidarité. L’ouvrage de Abdelkrim Tazaroute a le mérite à la fois littéraire et pédagogique de donner à lire aux jeunes lecteurs l’histoire revisitée  d’une époque florissante où des artistes comme Mohamed  Lamari ont su malgré les aléas du temps représenter à l’intérieur et à l’extérieur du pays une singulière image de la chanson algérienne parce qu’au fond d’eux même  ils y croyaient et y croient toujours.
Lynda GRABA
 

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