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Abderrahmane Benkhalfa invité du Forum Économie d’El Moudjahid : « L’abrogation de l’article 87-bis n’est pas une revalorisation du SNMG »

Abderrahmane Benkhalfa, consultant indépendant et ancien Délégué général de l’ABEF, était hier l’invité du Forum Économie d’El Moudjahid où il a animé une conférence débat portant sur un thème d’actualité, à savoir l’impact économique et social de la 16e tripartite.

PUBLIE LE : 02-03-2014 | 23:00
D.R

Abderrahmane Benkhalfa, consultant indépendant et ancien Délégué général de l’ABEF, était hier l’invité du Forum Économie d’El Moudjahid où il a animé une conférence débat portant sur un thème d’actualité, à savoir l’impact économique et social de la 16e tripartite.

L’intervenant, par le biais de sa présentation, a apporté un éclairage sur toutes les questions abordées dans le cadre de cette 16e tripartite, pour permettre aux journalistes, venus en nombre, d’appréhender au mieux l’ensemble des 17 dossiers examinés. Il a brièvement fait l’état de l’évolution de cette rencontre, devenue, au fil du temps, une tradition en Algérie, avant d’éclairer la lanterne des journalistes sur certaines questions très précises, dont celle de l’abrogation de l’article 87-bis du code du travail. D’entrée, Benkhalfa s’est dit favorable à l’installation d’un secrétariat permanent de la tripartite et d’un porte-parole, dans le souci de représenter et de communiquer au nom de l’ensemble des parties. S’agissant de l’article 87-bis, il a expliqué que c’est un problème de définition : «On a décidé de redéfinir le SNMG», mais cela ne doit pas se faire sur la base de la nouvelle définition. L’article 87-bis, tel qu’il est écrit, va être abrogé dans le cadre de la loi de finances en 2015. Il convient de noter, a-t-il souligné, que le SNMG, qui sera redéfini, ne signifie pas une revalorisation, et «une fois écrit, il faut que tout le monde l’applique». Le conférencier estime également qu’il est temps d’aborder la politique salariale et rappelle que tous les rapports concernant l’Algérie relèvent une évolution des salaires, mais la productivité stagne. «Nous avons la productivité la plus faible par rapport aux salaires. Personnellement, je suis pour le déplafonnement des salaires, il faut que les compétences touchent le salaire qu’elles méritent. Il y a le pouvoir d’achat, mais il y a aussi l’efficience économique. La vision qui consiste qu’à ne parler de salaire minimum est une vision limitée», analyse Benkhalfa, plaidant pour une option franche concernant les textes d’application.
Le conférencier soutient aussi qu’il est temps de sortir de la vision extrêmement sociale du salaire et surtout tenir compte de la double dimension économique et sociale de la tripartite. s’agissant du crédit à la consommation, il fait savoir clairement qu’il ne faut surtout pas le considérer comme «un nouveau revenu». «Qu’il soit rétabli, c’est bien, mais il est rétabli en fonction du salaire. Il faut également que la centrale des risques soit opérationnelle», a-t-il insisté. Cela dit, Benkhalfa a exprimé son souhait d’aborder et d’ouvrir le dossier de l’épargne. À la question de savoir pourquoi tant d’argent dort dans les banques, il répondra to de go que cela est dû à l’absence de vrais projets, tant la dimension économique de l’Algérie est cachée par la dimension sociale et politique. Chiffres à l’appui, il rappellera que 95% des entreprises sont familiales et que des 700.000 entreprises recensées, il n’y a que 200 qui ont une vraie envergure. «Les entreprises qui ne gagnent que sur le fisc ne sont pas des entreprises d’avenir. Il faut gagner sur la qualité, le coût, l’innovation, le management et l’effort à apporter l’efficience», a-t-il lancé. Pour ce qui est de sa propre lecture de cette tripartite, il explique qu’il l’aborde au plans des résultats, des enseignements et surtout de l’application, soulignant au passage qu’elle n’est qu’une étape d’arbitrage. Au plan du statut de la tripartite, il relève qu’une lecture transversale de cette tripartite fait ressortir un travail de fond sur 17 dossiers aussi importants que le 87-bis, qui a une charge sociale particulière.  
Il a ensuite parlé de l’après-tripartite du point de vue de la démarche de mise en place, et surtout l’opérationnalisation de ces arbitrages. «Nous en sommes à la 16e tripartite, c’est une belle œuvre de la République. 16 tripartites se sont faites dans la régularité. Il y a la consistance des dossiers, même si la lecture qu’on en fait est conjoncturelle. C’est une tradition institutionnelle», a-t-il indiqué. Il précise, toutefois, que bien que le poids de la tripartite soit devenu très important, il n’en demeure pas moins qu’elle ne prenne pas de décisions.
Il s’agit de faire de cette tripartite, beaucoup plus «un instrument de gouvernance publique», compte tenu de l’évolution significative atteinte. Du point de vue de la composition, Benkhalfa souligne l’importance de la représentation gouvernementale enrichie par la présence des institutions nationales, acteurs institutionnels et experts indépendants. À cela vient s’ajouter la représentation des acteurs économiques, élargie aux organisations patronales, quoiqu’il y ait stagnation des dirigeants. «Organisations corporatistes et professionnelles, grandes entreprises et établissements bancaires et autres acteurs de la croissance» sont désormais associés, et ce n’est pas rien aux yeux de l’invité du Forum Économie d’El Moudjahid. Du reste, il retient que la représentation syndicale demeure réduite et n’a pas connu d’évolution.
S’agissant de la consistance des dossiers, il relève que les travaux préparatoires sont, globalement, substantiels, mais comportent deux insuffisances : pas d’analyse des points de blocage et des facteurs contrariants. «Aucune appréciation qualitative des solutions et choix opérés dans le passé et leur validité n’est faite.» Dans cet ordre d’idées, il propose de faire de la tripartite, «une instance fédérale qui s’érigera en lieu de consensus et de production d’une doctrine économique partagée à consolider». Benkhalfa insistera aussi sur la nécessité d’éviter deux écueil que sont la prédominance des revendications sociales et l’unanimisme, et a appelé à donner un ancrage légal, en envisageant une institutionnalisation par texte légal de la tripartite. Dans ce sens, il soutient qu’il est impératif d’éviter l’écueil d’un suivi spécifique de la tripartite : pas de dédoublement des structures institutionnelles pour la mise en œuvre des options dégagées et des mesures arrêtées, tout comme il faut éviter une appréciation des résultats centrés exclusivement sur les recommandations de la tripartite, mais opter pour des études d’impact et d’opérationnalisation conduites par des acteurs autres que les sphères d’exécution, citant, à titre d’exemple, le CNES. Selon Benkhalfa, le travail qui sera abattu dans l’après-tripartite, devrait être confié à des institutions chefs de file pour maturer, expliciter les options, les mesures prises et élaborer les démarches de mise en œuvre. Il y a lieu également d’organiser une concertation nationale pour expliciter et fixer un cadrage des chantiers de rénovation managériale des institutions et entités publiques, et de la révision du mode de gouvernance par l’État.
Enfin, procéder à la mise en en place d’un groupe intersectoriel d’étude, appyé par des experts, en vue d’un remodelage des statuts des entités économiques publiques et du mode de leur administration et leur fonctionnement.
Farid Bouyahia  
 

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