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Amar Takjout, secrétaire général de la fédération nationale des travailleurs du secteur du textile : « La tripartite n’est pas un chèque en blanc »

L’abrogation de l’article 87-bis de la loi 90-11 régissant les relations de travail, annoncée lors de la dernière tripartite, «implique une situation de règlement du problème des salaires au niveau des entreprises, et de la Fonction publique».

PUBLIE LE : 02-03-2014 | 23:00
D.R

L’abrogation de l’article 87-bis de la loi 90-11 régissant les relations de travail, annoncée lors de la dernière tripartite, «implique une situation de règlement du problème des salaires au niveau des entreprises, et de la Fonction publique». Sa mise en œuvre a été différée au 1er janvier 2015, pour des raisons évidentes, sachant que la démarche exige une redéfinition du SNMG, ce qui suppose le «passage par un législateur». L’autre raison réside dans la problématique liée au paiement des salaires de la Fonction publique qui reste tributaire d’un budget, sachant que celui de 2014 ne prévoit pas des dépenses supplémentaires, d’où la nécessité de cadrer cette décision de la tripartite par une loi de finances.
C’est ce qu’a fait savoir le secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs du secteur du textile. Pour ce dernier, «la question est posée techniquement». Intervenant, hier, sur les ondes de la Chaîne III, dont il était «l’Invité de la rédaction», Amar Takjout a tenu à rappeler que l’article en question était intervenu en 1994, dans un moment où le pays était traversé par une crise financière et économique, et ce «pour maintenir les salaires, ne pas les laisser évoluer normalement».
«C’était un élément bloquant  pour l’évolution de la pyramide des salaires», d’autant plus que l’article avait généré «une pression tellement forte sur les salaires, un tassement entre les catégories professionnelles, donc on n’arrivait plus à identifier le nouveau et l’ancien, on n’arrivait plus à identifier  les qualifications, de même que les responsabilités à ce niveau.  Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans la même situation, et donc cette demande qui émane de l’UGTA depuis 1997 a trouvé sa solution en 2014, et c’est tant mieux».  
Il s’agira, par conséquent, «de libérer un peu les salaires dans les entreprises et la fonction publique», a affirmé M. Takjout qui précise que «c’est tout le monde qui est concerné par cette abrogation, dès lors qu’il ne s’agira pas d’une augmentation des salaires, l’article en question ayant constitué un frein et un blocage pendant des années à l’évolution des salaires.  Les syndicats ont toujours dénoncé cet article qui émane du FMI, lequel, de la même manière, exige, aujourd’hui, le gel des augmentations salariales et des pensions de retraite en Espagne et en Grèce, s’agissant de situations exceptionnelles. Notre inquiétude était que cet article allait devenir une norme de travail, ce que nous n’acceptions pas, d’où cette revendication portée par le syndicat et les travailleurs de l’abroger». M. Takjout indique qu’en matière d’incidence, la mesure concernera, au départ, au 1er janvier 2015, le tiers des fonctionnaires, soit 740 à 750.000 travailleurs, et le même nombre au sein des entreprises.  Toutefois, «le 87-bis doit être perçu dans le temps, car c’est cette réorganisation de la structure salariale qu’il faudra, en fait, voir». S’agit-il de simples promesses électoralistes ? L’invité de la rédaction écarte tout lien supposé avec l’échéance présidentielle, car «la conjoncture est différente, et chacun assumera ses responsabilités devant le peuple». «Aussi, il y a eu une déclaration du Président de la République» quant à l’abrogation du 87- bis. Certes, «la circonstance d’intervention de cette décision suscite, peut-être, quelques polémiques, mais qui n’ont pas de mise». Dans le même ordre d’idées, il indique que «la question économique étant au cœur du débat, l’article 87-bis ne saurait être indissociable de la croissance hors hydrocarbures».
«C’est un acquis, mais qui reste lié à l’aspect économique. On ne peut pas en soustraire la question économique. Si l’on ne remet pas les choses en marche aujourd’hui, si l’on n’assoie pas une économie productive, si l’on ne mobilise pas le potentiel industriel actuel, on ne créera pas  une croissance hors hydrocarbures ; si l’on ne crée pas des entreprises, on risquera d’avoir des problèmes sérieux». Aussi, «la question de la formation et du savoir sont des éléments dont il faudra tenir compte».
À propos du  pacte économique de croissance, M. Takjout a affirmé : «Il reste une référence. Mais il n’a de sens que s’il est traduit sur le terrain.» En fait, il est important de parler de développement au moment où «les entreprises ne représentent pas plus de 20% du marché national. Il faut créer d’autres PME pour récupérer au moins 40% du marché», dit M. Takjout qui insiste sur l’impératif  «d’une culture d’entreprise», d’autant plus que le privé reste essentiellement versé dans la TPE, les grandes entreprises étant détenues par le public, précise-t-il. Et de déduire que «la tripartite n’est pas un chèque en blanc, mais des engagements qui doivent être appliqués sur le terrain». À ce titre, «nous interpellerons les pouvoirs publics chaque fois que nécessaire», rassure-t-il. Selon lui, «il faudra attendre la mi-2014 pour vérifier la faisabilité de ces décisions». Sur un autre registre, il affirme que «l’UGTA est partenaire du gouvernement», et que «le faux débat» sur sa participation à la tripartite «ne tient pas la route». Et d’ajouter : «Le syndicat, par essence, est partenaire, il ne choisit pas avec qui travailler. Nous n’avons pas de positions politiques, mais un choix stratégique.»
Concernant le secteur des textiles, M. Takjout a fait part «d’actions concrètes», tout en admettant que «le gouvernement reste un peu frileux» dans sa démarche. «Il faut qu’il y ait une culture de l’évaluation et du bilan, chose que nous n’avons pas malheureusement», a-t-il dit. Il précise que «les 2 milliards de dollars  accordés au secteur ont été transposés au sein de l’activité, matière de formation, d’investissements, d’assainissement bancaire et autres».
«Il y a des prémices qui dénotent que nous sommes sur la bonne voie, pour peu qu’il y ait une persévérance de la démarche économique», a-t-il conclu.
D. Akila

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