samedi 22 septembre 2018 20:53:56

Youcef Yousfi, ministre de l’Energie et des mines à El Moudjahid : La poursuite de l’effort de croissance, une priorité

Le développement de la pétrochimie est relancé afin de contribuer à l'effort d'industrialisation et de diversification de l’économie nationale en jetant les bases de déploiement d'activités de transformation pour des produits de seconde et troisième génération, jusqu'ici importés.

PUBLIE LE : 24-02-2014 | 0:00
D.R

Pour l’Algérie, les ressources naturelles constituent un pilier du développement économique. Pour l’Etat, en 1971, cela passait par une nationalisation des hydrocarbures. 43 ans après, l’exploitation des hydrocarbures et des ressources minières pèse beaucoup dans la richesse nationale. Le ministre de l’Energie et des Mines, M. Youcef Yousfi, a accepté, en ce 24 février 2014, à l’occasion de la célébration de ce 43e anniversaire de nationalisation des hydrocarbures, d’accorder un entretien à El Moudjahid, pour exposer la stratégie affinée de l’Etat dans le domaine et revenir longuement sur la place et le rôle accordés au secteur dans l’économie et enfin évoquer les perspectives et défis. Il ressort de cette interview que les autorités misent en priorité sur les investissements.
Le ministre a mis également en exergue les grandes lignes de la feuille de route concernant la stratégie de développement du secteur, auquel est étroitement liée la relance de l’économie algérienne.
L’occasion lui est offerte de dresser un bilan du secteur dans tous les domaines. M. Yousfi fait valoir la nécessité de poursuivre l’effort de croissance, tout comme il marque son intérêt dans une nouvelle dynamique.
Il a également évoqué les opportunités offertes par notre pays à l’investissement, grâce à sa stabilité politique et au climat favorable aux investissements. Il a ainsi salué les progrès enregistrés ces derniers temps et a donné son analyse des possibilités de diversifier davantage les activités, en insistant sur l’identification de nouvelles opportunités de coopération économique avec les partenaires de l’Algérie. M. Yousfi, convaincu que la gestion passe par une présence permanente et constante sur le terrain lorsqu’on veut avoir des résultats concrets. Dans cette optique, il évoque d’ailleurs la volonté manifeste du gouvernement de promouvoir le secteur pour assurer le développement économique dont notre pays a besoin pour se mettre sur le chemin de l’émergence. Interview.

El Moudjahid : L’Algérie s'apprête à célébrer l’anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, quel thème est retenu a cette occasion ? Dans quel état se trouve le secteur ? Et quel bilan en tirez-vous ?
M. Youcef Yousfi : L'Algérie célèbre le 43e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures ; un événement majeur de notre histoire récente. A cette occasion, il faut, en premier lieu, rendre un hommage aux travailleurs des hydrocarbures qui ont réalisé des avancées appréciables pour le développement de cette industrie nationale. En effet, le secteur des hydrocarbures a obtenu des résultats appréciables en matière de production et d'exportations, confirmé l’évaluation initiale de son potentiel en ressources, ce qui lui a permis de conforter le niveau des réserves, renforçant ainsi sa capacité à satisfaire durablement les besoins énergétiques du pays avec des perspectives prometteuses de réaliser un profil d'exportations à même d'assurer un financement adéquat du développement économique national sur le long terme. En matière de valorisation des hydrocarbures, plusieurs projets d'envergure ont été réalisés ou sont en cours de réalisation par le secteur telles les raffineries, les unités de séparation de GPL et de liquéfaction du gaz, ainsi que les usines de transformation pour produire de l'ammoniac, de l'urée, du polyéthylène et de l’hélium. Le développement de la pétrochimie est relancé afin de contribuer à l'effort d'industrialisation et de diversification de l’économie nationale, en jetant les bases de déploiement d'activités de transformation pour des produits de seconde et troisième génération, jusqu'ici importés.
Le développement du transport par canalisation est aussi un axe important dans notre stratégie. C'est ainsi que le secteur a réalisé de grands projets structurants d'intérêt national et régional, pour non seulement garantir un approvisionnement sans faille des centres de transformation mais aussi visant une augmentation de nos capacités à l’export. Enfin, en matière de formation, le secteur a réalisé les premiers instituts de formation dans la filière des hydrocarbures après l'indépendance, suivie par ceux d'autres institutions similaires, jusqu'à ceux en cours de création pour les énergies renouvelables ou projetés pour le nucléaire, confirmant ainsi le rôle dévolu à la ressource humaine dans le secteur de l'énergie et des mines.

Quel message livrez-vous à cette occasion ?
La célébration de l'anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures est un événement majeur et un jalon dans l'histoire de l'Algérie indépendante car il symbolise la volonté de tout un peuple de disposer de ses richesses naturelles afin de les mettre au service de son développement économique et social. C'est aussi, la détermination d'une nation, à peine sortie d'une longue nuit coloniale, de relever le défi de maîtriser les technologies de tous les segments de l'industrie pétrolière et gazière.
L'industrie nationale des hydrocarbures a connu un développement remarquable durant les dernières décennies par l'accroissement du niveau de production, la mise en place d'infrastructures de transport et de transformation tant du pétrole que du gaz qui permettent, non seulement de satisfaire la demande énergétique de notre pays, mais aussi de faire de l'Algérie un acteur majeur sur la scène énergétique mondiale.
C'est dans cet esprit que le secteur continue d'œuvrer pour relever les défis de son développement. Cet objectif est tout à fait à notre portée si on considère la diversité de nos richesses. Les résultats obtenus en 2013 concernant les hydrocarbures nous replacent nettement dans une trajectoire de redynamisation de notre Amont pétrolier, ce qui nous permet d'envisager à terme un nouveau saut quantitatif de notre production des hydrocarbures. De même que les programmes lancés pour la modernisation de notre production d'électricité s'inscrivent dans la nécessaire transition vers un bouquet énergétique diversifié mobilisant toutes nos ressources et respectueux de l'environnement.

Le secteur des hydrocarbures pose plus de 40% dans le PIB de l'Algérie, quels sont les grands axes de votre politique et quelles sont les pistes de développement ?
Comme je viens de le rappeler, le secteur de l'énergie est toujours en quête de moyens pour répondre aux défis auxquels il doit faire face. Nous avons besoin non seulement de mobiliser l'ensemble de nos ressources conventionnelles en intensifiant l'effort d'exploration, mais aussi de développer toutes les autres formes d'énergie, qu'elles soient nouvelles et renouvelables ou non conventionnelles, sans occulter, bien sûr, le potentiel considérable d'économie d'énergie. Un des axes majeurs de notre politique énergétique consiste à assurer le renouvellement de nos ressources et réserves en hydrocarbures, liquides et gazeux. Le domaine minier national, relativement sous-exploré avec un potentiel réel, fait l'objet d'un vaste programme de recherche et d'exploration dans les bassins matures et dans les zones peu ou insuffisamment explorées du nord du pays et dans l'offshore.
Un ambitieux programme de doublement des capacités de raffinage a été engagé par la réhabilitation de l'existant et la construction de nouvelles raffineries pour satisfaire les besoins actuels et futurs, qui ne cessent de croître. Nous visons le doublement de nos capacités à l'horizon 2017/2018. Ce  programme est complété par un plan de développement et de modernisation de la filière pétrochimique à travers un ensemble de projets, précurseurs d'une véritable industrie nationale, créatrice de richesses et d'emplois.
Toutes les prévisions sont unanimes pour dire que les besoins en électricité du pays ne feront qu'augmenter et le meilleur moyen d'y répondre, comme je viens de le rappeler, est de s'inscrire résolument dans la transition énergétique, en faisant appel à des sources de production de cette forme d'énergie, telles que les renouvelables, principalement le solaire et l’éolien, mais aussi la  géothermie et plus tard le nucléaire.

Quelles sont les priorités du secteur ?
Dès l'indépendance du pays, le développement des infrastructures électriques et gazières a constitué une priorité. Cela visait à garantir l'accès de la population à l’électricité et au gaz naturel, gage d'amélioration de la qualité de vie du citoyen et de la situation économique du pays. A fin 2013, le taux d'électrification atteint plus de 98 % avec près de 8 millions de foyers raccordés et celui du gaz naturel 51% avec près de 4 millions de foyers alimentés au gaz.
Ces résultats ont été atteints à la faveur des programmes publics d'électrification et de distribution publique du gaz qui traduisent l'engagement des pouvoirs publics pour le développement durable. Programmes nationaux, régionaux ou spéciaux, ils sont soutenus financièrement par l’Etat.
L'électricité et le gaz enregistrent une demande en très forte croissance atteignant ces dernières années des taux d’évolution à deux chiffres. Cette augmentation de la demande est une conséquence directe du changement des habitudes du consommateur et l'amélioration de sa qualité de vie. Il faut cependant être en mesure de satisfaire cette demande ; aussi le secteur s'est fixé comme priorité de développer tous les segments de la chaîne énergétique permettant de garantir la couverture à très long terme des besoins en électricité et en gaz du pays, non seulement par le développement du parc de production en diversifiant les sources d'énergie, mais aussi la réalisation de toutes les infrastructures nécessaires de transport et de distribution de l’électricité et du gaz.
Pour la seule production d'électricité, le secteur envisage de réaliser sur la période 2013-2023 un programme ambitieux, qui prévoit la mise en service d'une capacité de production additionnelle de 35.000 MW dont plus de 5.000 MW à partir de sources renouvelables. La stratégie d'exécution de ce programme de production de l’électricité conventionnelle s'articule autour de la mise en œuvre d'une série de projets industriels en partenariat basés sur la valorisation des ressources locales et les avantages comparatifs dont jouit notre pays. II s'agit avant tout de développer une industrie nationale chargée d'assurer la fourniture des équipements destinés au secteur de l’énergie électrique.
Enfin, une importance particulière est également donnée à l'efficacité énergétique qui est un moyen important pour la maîtrise et la rationalisation de la consommation de l'énergie.

En matière d'investissement, quelle est la tendance et quelle est la priorité ?
Votre question rejoint la question précédente, et comme je viens de le dire, la priorité est donnée à tous les segments qui permettront de couvrir les besoins du pays à long terme. Pour ne citer qu'un chiffre, plus de 7.000 milliards de dinars sont engagés par l'Etat et les entreprises du secteur pour le développement des infrastructures électriques et gazières sur la période 2013/2023, une importante part étant destinée au développement des renouvelables.

Quelle est la part réservée aux ENR et à l’exploitation du gaz de schiste ?
Pour les énergies renouvelables (ENR) et l'efficacité énergétique, la stratégie relative à leur développement repose sur l'utilisation de moyens nationaux de réalisation et cible la maîtrise de la chaîne complète de réalisation des projets, aussi bien l'engineering, l'exploitation ou la fabrication des équipements, avec comme objectif, comme je l'ai déjà mentionné, la maximalisation de l’intégration industrielle.
Dans la phase actuelle, les coûts d'investissements dans les ENR restent importants et pourraient freiner leur développement. C'est l’une des raisons pour laquelle la démarche par projet a laissé place à une approche qui s'appuie sur des programmes portés par l’Etat et faisant intervenir toutes les parties prenantes.
L'Algérie pourra donc compter, à l'horizon 2030, sur plus de 30% d'électricité d'origine renouvelable du total de l'électricité produite, avec un taux d'intégration nationale de 80% et un potentiel humain qualifié et au coût compétitif.
Par ailleurs, notre pays est impliqué activement dans les initiatives et les projets régionaux, en ce sens que nous participons à toutes les actions de développement des infrastructures qu'elles soient technique, juridique, institutionnelle ou commerciale et ce pour la mise en place d'un cadre propice à l'échange de l'électricité entre les pays du Maghreb ou avec la rive nord de la Méditerranée. En ce qui concerne l'exploitation des gaz de schistes nous n'en sommes pas encore à ce stade. Nous avons lancé depuis quelques années, en nous appuyant sur nos moyens ou avec certains de nos partenaires, des études pour mieux apprécier le potentiel de ce type d'hydrocarbure.
Les résultats de ces études sont concluants et nous avons maintenant une meilleure connaissance de l'importance de nos ressources. Nous avons identifie un potentiel de réserves techniquement récupérables pour le gaz d'environ 1.000 Tcf ainsi qu'une dizaine de milliards de barils de pétrole qu'il conviendrait d'exploiter. C'est un potentiel très important, confirmé d'ailleurs par d'autres organismes qui classe notre pays parmi les premiers pays au monde.

Quelles opportunités ces investissements créent-ils ?
De façon générale l'investissement privé ou public est un moteur de la croissance. Il est une condition préalable indispensable à la croissance économique. II est en effet le moteur qui entraîne les rouages de la machine économique en permettant aux entreprises de réunir les ressources nécessaires pour produire des biens et des services. Il nourrit et stimule la croissance dès lors qu'un certain nombre de facteurs se conjuguent pour offrir un environnement propice à son expansion.
L'important programme d'investissement engagé par notre secteur repose sur la participation active de nos moyens nationaux, et permettra la création d'une nouvelle dynamique socio-économique autour de l’industrie nationale, avec la création de milliers d'emplois, dans le secteur de l'énergie et dans d'autres secteurs.
Les partenariats envisagés dans ce domaine doivent conduire à réaliser des projets concrets au bénéfice des parties et qui intègrent la maîtrise des technologies de production, les transferts de savoir-faire et d'expertise, la formation, la recherche et le développement.

Les mines représentent une activité lucrative pour l'Algérie, comment pérenniser leur richesse et comment se décline la stratégie de développement dans ce domaine ?
Oui, vous avez raison : l’Algérie dispose d'une géologie variée et d'un potentiel minéral riche et diversifié pouvant permettre à ce secteur d'activité, pour peu que les conditions soient réunies, de jouer un rôle substantiel dans le développement économique et social du pays. C'est pourquoi, le secteur s'attelle à créer les conditions favorables et à mettre en place les facteurs essentiels permettant aux activités minières d'être une composante significative dans l'économie du pays, à la fois par ses effets directs sur la production nationale et le volume des exportations et par ses effets indirects relativement à l'emploi et aux infrastructures économiques et sociales de base. L'objectif poursuivi est d’impulser un nouvel élan au développement du secteur minier à travers, notamment, la mobilisation des ressources et de moyens plus importants devant aboutir entre autres à la valorisation des ressources minérales dans une perspective de développement durable à l’élargissement de la base minérale du pays à la création de nouvelles richesses, à l’accroissement de la production des ressources minérales insuffisamment exploitées et au développement d'une industrie minière performante de transformation et ce en s'appuyant sur un certain nombre d'actions précises, dont, sans être exhaustif :
- la refonte de la loi minière actuelle, pour faire occuper au secteur minier une place plus importante dans l'économie nationale, et créer les conditions pour une meilleure préparation de son avenir. L'objectif cible est de faire du secteur des activités minières une source de création de richesses et de recettes en devises, une source d'emplois, tout particulièrement dans les zones déshéritées, un pôle de croissance, et aussi de constituer un facteur de production efficace pour de nombreux autres secteurs économiques ;
- la formation des cadres du secteur des mines, avec la création de l'institut algérien des mines. La formation dans les métiers de la mine de techniciens et de main-d'œuvre qualifiée, est, quant à elle, assurée par l'Ecole des mines d'El Abed ;
- l'acquisition de connaissances géoscientifiques pour stimuler l'exploration dans le pays ;
- le déploiement d'efforts soutenus pour le développement de la recherche minière avec le renforcement des ressources matérielles et humaines de l'Office de recherche géologique et minière (ORGM). Un programme quinquennal de recherche minière, d'un montant de 5 milliards de dinars, est actuellement en cours de mise en œuvre constitué d'opérations prioritaires de prospection de structures géologiques, de districts miniers à fort potentiel et d'exploration d'indices et d'évaluation de gîtes miniers, nécessaires à la reconstitution du portefeuille national des ressources minières ;
- la poursuite de la réhabilitation du potentiel de production existant à travers des actions de renouvellement et de modernisation ;
- la création d'un pôle industriel des engrais phosphates permettant la valorisation des phosphates. Cette opération sera mise en œuvre en partenariat. II devra transformer cinq millions de tonnes de concentrés de phosphates ;
- la valorisation du gisement de zinc-plomb d’Oued Amizour ;
- la création de la société FERAAL chargée du lancement des études pour la valorisation des gisements de fer de Gara Djebilet et de Mechri Abdelaziz ;
- l'amélioration de la satisfaction des besoins de l'économie nationale en matières premières minérales ;
- l'encouragement du secteur privé à développer des industries de transformation des matières premières minérales pour la production, en Algérie, de produits à plus forte valeur ajoutée.

A propos du complexe gazier de Tiguentourine, où en est le processus de réhabilitation et de la reprise de la production avec les partenaires ?
Les processus de réhabilitation du complexe gazier de Tiguentourine est toujours en cours. Deux trains sur trois sont opérationnels depuis le mois de février pour le 1er train, et le mois d'avril 2013 pour le deuxième. Il reste à terminer la remise en état du troisième train, le plus endommagé, pour que le complexe retrouve son entière capacité. Il est prévu que le 3e train entre en production d'ici quelques mois. Concernant  la production comme je l’ai déjà dit, elle a repris depuis plusieurs mois et les équipes en charge de l'exploitation de ce complexe sont sur place et font le maximum pour que le complexe retrouve toute sa capacité dans les meilleurs délais.
Interview réalisée par
Farid Bouyahia

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