dimanche 26 mars 2017 14:01:56

Restitution prochaine du masque de Gorgone : Rendre à César ce qui appartient à César…

L’affaire du vol de l’imposante pièce de marbre blanc (pesant 320 kg), en 1996, sur le site de l’antique Hippone dans l’Est algérien et dont la valeur est estimée par les experts à environ 1 million d’euros, aura fait couler beaucoup d’encre dans les colonnes des journaux.

PUBLIE LE : 22-02-2014 | 0:00
D.R

L’affaire du vol de l’imposante pièce de marbre blanc (pesant 320 kg), en 1996, sur le site de l’antique Hippone dans l’Est algérien et dont la valeur est estimée par les experts à environ 1 million d’euros, aura fait couler beaucoup d’encre dans les colonnes des journaux.

Subtilisée par un réseau de trafiquants,  lors de pillages réguliers au plus fort de la décennie noire, cette affaire qui a eu un tel retentissement lorsque les spécialistes ont suivi la piste de l’acheminement d’un certain nombre de pièces vers la Tunisie, la confirmation allait être apportée quand en 1999 Interpol confirme qu’elle se trouvait ainsi que d’autres pièces antiques dans le jardin de la villa de plaisance du gendre de l’ex-président déchu Ben Ali. Mais l’affaire a pris une nouvelle tournure quand les experts algériens ont pu authentifier la pièce lors d’une exposition au musée de Carthage, si elle n’a pas frôlé l’incident diplomatique, la pièce mise au jour par Pierre Choupaut en 1930 dans le voisinage du forum, aura en tout cas conduit les autorités algériennes à créer une brigade de lutte contre le trafic des biens culturels alertées par le ministère de la Culture. Réunis jeudi dernier à la bibliothèque du palais de la Culture pour un débat avec la presse, M. Betrouni, directeur de la protection légale au niveau du ministère et Mlle Nawal Dahmani, sous-directrice de la sécurisation des biens, ont animé en présence d’un membre de la DGSN et de la gendarmerie nationale, une conférence pour annoncer que le masque de Gorgone volé, il y a de cela 18 ans, allait enfin être restitué à l’Algérie à la fin du mois de mars prochain et évoquer en même temps les démarches juridiques et administratives qui entourent l’opération de cette restitution. Cette dernière qui revoie à la caractéristique de «  l’illicéité » comporte la dimension de territoire et de propriété revenant intrinsèquement à l’Algérie comme le soulignera dans son intervention M. Betrouni : « Le masque de Gorgone n’est pas pour nous un simple objet que l’on va restituer, mais constitue du point de vue du ministère, qui est dépositaire du patrimoine culturel algérien, un morceau du puzzle constitutif de la nation, il est élu dans le panthéon du territoire et de notre identité », tient-il à préciser avant d’ajouter que la démarche est à prendre en compte sous le prisme de la loi qui intervient dans le patrimoine d’un Etat à un autre Etat : « Si la presse a qualifié cette restitution prochaine comme ‘‘Un geste très fort de la Tunisie’’, ce qui exprime une position diplomatique, il n’en demeure pas moins que nous agissons dans le cadre légal de la loi 98-04 en accord avec les conventions internationales auxquelles nous souscrivons, nous travaillons dans le cadre de nos attributions pour la protection de notre patrimoine culturel dans un cadre global », fera-t-il en poursuivant : « Cette affaire qui a nécessité les efforts conjugués du ministère de la Culture, de celui des Affaires étrangères ainsi que de la Justice, a des implications nationales qui nous intéressent en tant qu’Algériens et des implications internationales dans le cadre de nos relations avec la Tunisie. » Enumérant les incidences d’une affaire qui constitue pour l’intervenant un précédant dans les relations algéro-tunisiennes, il parlera en premier lieu de cette restitution comme un acte officiel, en second lieu comme un geste qui est loin d’être aléatoire mais dans le cadre des conventions dont les deux pays sont signataires dont celle de 1970 concernant les biens culturels, en troisième lieu comme d’une opération qui n’est pas une fin en soi, mais comme le résultat du jalon d’un processus qui concerne le trafic illicite, ce dernier pouvant avoir des prolongements multiples comme le trafic de drogue ou encore des armes. S’agissant du trafic des biens culturels, il cite la perte de 50.000 pièces de monnaies sur le site de Souk Ahras, de 9 têtes appartenant à la famille des Septime Sévère dans le musée communal de Skikda et de 9 autres têtes dans le théâtre de Guelma. En quatrième lieu, il évoquera les dommages et préjudices que peut subir une œuvre antique lors de ses nombreux déplacements. Enfin, le processus de cette restitution doit se faire de manière cohérente et les partenaires des deux pays y travaillent actuellement d’un point de vue juridique et dans l’intérêt des deux parties. Mlle Nawal Dahmani a pour sa part expliqué les différentes démarches suivies par les experts algériens ainsi que leurs déplacements en Tunisie, des expertises transmises aux services de la DGSN via le bureau d’Interpol à Alger. Montrant sur un écran la signature d’un accord en Tunisie où a s’est déplacée Mme Khalida Toumi avec l’ancien ministre tunisien qui s’est montré très coopératif M. Bechaouche sous le gouvernement provisoire, elle rappela que dans cet accord figure la coopération culturelle avec des mécanismes bien précis. Avec cette troisième restitution de ce masque de près d’un mètre de hauteur ainsi dont fera partie une série d’œuvres expertisées dans le musée dans l’ex-demeure du président tunisien, l’Algérie aura récupéré en 2008 le buste de Marc Aurèle restitué par les Etats-Unis ainsi que la tête de Aida par l’Allemagne en 2009.
Lynda Graba


 

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