dimanche 21 juillet 2019 18:58:42

Abdelatif Baba Ahmed, ministre de l’éducation nationale : « Le secteur compte 10 syndicats dont les avis sont difficiles à concilier »

Le SNAPEST appelle les enseignants à tenir des assemblées générales pour décider de la suite à donner à la grève

PUBLIE LE : 12-02-2014 | 0:00
D.R

Suite au débrayage observé depuis le 26 janvier dernier dans le secteur de l’Éducation nationale, la tutelle appelle une nouvelle fois les syndicats à reprendre le dialogue autour des questions à l’origine du blocage. En priorité, figure le statut des travailleurs du secteur qui renferme plusieurs dossiers. La réunion prévue hier avec les syndicats et les représentants de la Fonction publique devait permettre d’aborder les points de discorde et les revendications des travailleurs du secteur, entre autres la révision du statut et la question des primes, et d’autres points au nombre de 11. C’est ce qui ressort de l’intervention du ministre de l’Éducation nationale, Abdelatif Baba Ahmed, sur les ondes de la Chaîne III.

Suite au problème que connaît le secteur de l’Éducation nationale depuis un peu plus de deux semaines et en concertation avec le Premier ministre, M. Baba Ahmed a indiqué qu’«il a été décidé de relancer le dialogue», en appelant hier les syndicats à revenir à la table des négociations afin de «lire et signer» avec la tutelle, «le procès-verbal concernant les différents points relatifs à la Fonction publique», a-t-il ajouté.
«J’espère qu’au cours de la journée d’aujourd’hui, nous pourrons ressortir avec des résultats concluants pour dégeler cette situation», a-t-il dit.
Le ministre dénombre 11 points liés à la fonction publique qui seront discutés afin d’essayer de trouver un compromis.
Selon le premier responsable du secteur, la quasi-totalité des problèmes posés sont dus au statut du secteur qui a connu plusieurs évolutions, et le dernier en date a eu lieu juste avant son arrivée à la tête du secteur. «Nous avons tout fait pour faire avancer, dans le cadre de ce statut, plusieurs dossiers, et nous avons obtenu plusieurs acquis au profit des travailleurs du secteur», a-t-il notamment noté.
M. Baba Ahmed a, par ailleurs, expliqué que les difficultés auxquelles est confronté le secteur sont le fait du nombre important de syndicats qui activent dans l’Éducation nationale. «Nous avons dix syndicats, dont les avis sont difficiles à concilier. Ce qui fait que le dialogue prend énormément de temps», a-t-il expliqué.
Pour ce qui est du retard observé dans la relance du dialogue, le ministre a précisé que ces 11 points ont été discutés à maintes reprises avec les syndicats, et ils vont être entérinés avec la Fonction publique. «On a beau accepter une demande, mais il  y a la Fonction publique qui sert d’arbitre entre les deux parties. Celle-ci a des règles qu’on ne peut en aucun cas dépasser», dit-il.
Évoquant les points de discorde entre les syndicats et la tutelle, le ministre insiste sur trois questions : la première est liée au grade qui est donné selon le nombre d’années et d’études, la seconde relève de l’ancienneté qui est mesurée par échelon, et la dernière qui a trait à la prime de performance pédagogique (40% sur le salaire de base) et qui «est presque acquise,  puisque tous  les travailleurs sont notés sur ce taux», a-t-il soutenu.

« L’ancienneté n’a jamais remplacé la formation »
À propos de la demande des syndicats liée au passage d’un grade à un autre, «sans formation préliminaire», le ministre a indiqué que l’accès à un grade supérieur passe «nécessairement» par l’amélioration du niveau de formation ; or certains syndicats ne veulent pas respecter ces modalités. Tout en précisant que «l’ancienneté n’a jamais remplacé la formation», M. Baba Ahmed a relevé que les syndicats veulent «des dérogations» dans ce sens, et la Fonction publique considère cette revendication comme «non recevable».
Le ministre a  évoqué, dans ce cadre, la question de grades en disparition, tels que «le maître d’école», dont l’appellation a été remplacée par  «professeur de l’école», selon le nouveau statut. Le ministre n’a pas omis de rappeler au passage que le recrutement se fait sur bac+ 3 pour l’enseignement dans le cycle primaire, bac+ 4 pour le cycle moyen et bac+5 pour le cycle secondaire.
S’agissant de la révision du statut de l’enseignant, une des revendications principales des syndicats, le ministre a répondu que «ce statut a connu plusieurs modifications qui ont été introduites avec le concours des syndicats. Aujourd’hui, ce statut 12/240 a à peine 16 mois d’existence, et il faut commencer à exploiter tout ce qui est possible d’en tirer en concertation avec la Fonction publique», précise-t-il.
Il a indiqué, en outre, que les revendications relatives aux primes  du Sud, aux logements du Sud et à la médecine du travail sont «définitivement réglées», ajoutant avoir obtenu des accords avec le ministère de la Santé et  celui du Logement en ce sens. «Nous avons déjà lancé les mises en place de ces revendications», a-t-il assuré.    
Abordant l’intérêt de l’élève, le ministre a précisé que la première mission de son secteur demeure «l’éducation de nos enfants qui sont de l’ordre de 8,5 millions d’inscrits. On doit tout faire dans le cadre de la réglementation, pour préserver cet intérêt qui doit passer avant tout».
Concernant la décision de la justice qui a déclaré illégale le mouvement de grève et les sanctions réglementaires, il a indiqué que le ministère de l’Éducation nationale avait été contraint d’introduire, la première semaine de grève, une action en justice à la suite de la décision des syndicats de poursuivre leur mouvement.
«Nous avons aussi donné des instructions pour sanctionner les grévistes. Il s’agit de sanctions réglementaires relatives à des ponctions sur salaires, qui ne sont, toutefois, pas encore été effectuées», a-t-il dit.
Il a expliqué qu’«au cas où les enseignants persistent à maintenir la  grève, le ministère leur enverra des mises en demeure pour les obliger à reprendre le travail. Dans le cas où ils persistent, cela entraînera le passage en conseil de discipline, et éventuellement le licenciement». Toutefois, a-t-il dit, «ces mesures disciplinaires peuvent être revues s’il y a reprise de travail».
Concernant d’éventuelles «concessions accordées par le ministère» pour la reprise des cours, M. Baba Ahmed a répondu : «Il existe un PV qui a été proposé par les syndicats eux-mêmes,qui comporte les 11 points soumis à la tutelle et qui ont été négociés avec la Fonction publique. Aujourd’hui, nous avons le feu vert pour les entériner.»

Un mouvement politisé à cause de la conjoncture actuelle
Concernant les retards dans les cours engendrés par la grève, et d’une éventuelle limitation de seuil pour les classe d’examen, le ministre a préféré parler d’abord de rattrapage de cours. «Si les enseignants sont sérieux dans leur travail, ils peuvent rattraper ces deux semaines de retard», estime-t-il, considérant que ces cours seront «rattrapés avec un effort de la part des enseignants».
En se basant sur la règle du «service fait au niveau de la comptabilité», le ministre a indiqué que «les relations sont individuelles. Pour chaque enseignant gréviste qui rattrapera les cours perdus, son salaire sera restitué», a-t-il affirmé, précisant que les rattrapages seront programmés  samedi, mardi après-midi et pendant les vacances scolaires de printemps, même si cela devra pénaliser, malheureusement, le repos des élèves qui ont subi les contrecoups de la grève dont le taux de suivi varie entre 10 et 12%, selon le ministre.
Le ministre n’a pas omis de  rappeler, dans ce même ordre d’idées, qu’une proportion des cours perdus suite à la premier grève d’octobre dernier n’a malheureusement pas été rattrapée. «Cette proportion est minime, mais enfin de course, c’est toujours l’élève qui est pénalisé dans ce genre de situation», a-t-il expliqué.   
Pour ce qui de la limitation du seuil des cours pour les classes d’examen, le ministre, qui a toujours rejeté cette formule, a répondu qu’«en cas de nécessité, cette démarche intervient vers la fin avril, début mai, quand les cours sont arrêtés pour la préparation des examens.
Ce jour-là, il y aura une concertation avec tous les établissements scolaires à l’échelle nationale afin de connaître le taux réalisés en matière de dispense des cours matière par matière, qui servira comme seuil».   
Interrogé sur l’instrumentalisation de l’école par des parties, le ministre, qui a précisé qu’il est «technocrate et non pas politicien», a déclaré que la grève est «un mouvement politisé à cause de la conjoncture actuelle. Les analyses me démontrent qu’il y a de trèss fortes chances pour que cela soit un mouvement qui a été politisé à cause de la présidentielle du 17 avril 2014», a-t-il soutenu, tout en annonçant, sur une note optimiste, que «fort heureusement, les gens qui sont contre l’intérêt du secteur ne sont pas nombreux. Il reste encore des enseignants qui font leur travail, qui se sacrifient pour l’éducation des générations montantes et qui permettent à nos élèves et à nos étudiants de pouvoir être bien classés et appréciés par des pays étrangers».  
Sarah Sofi

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Le SNAPEST appelle les enseignants à tenir des assemblées générales pour décider de la suite à donner à la grève

Le Syndicat national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (SNAPEST) appelle les enseignants à tenir des assemblées générales, mardi et mercredi, pour "décider de la suite à donner à la grève  pour la semaine prochaine", a indiqué lundi le syndicat dans un communiqué.          
"En l'absence d'une réaction favorable de la part du ministère de l'Éducation", le SNAPEST appelle les enseignant à tenir des assemblées générales, ces deux  prochains jours, pour "décider de la suite à donner à la grève" qui en est à sa troisième semaine.        
Le tribunal administratif d'Alger a déclaré, lundi dernier, "illégal", le mouvement de grève observé dans certains établissements scolaires.          
Le SNAPEST, l'Union nationale des personnels de l'éducation et de la  formation (l'UNPEF) et le Conseil national autonome des professeurs d'enseignement secondaire et technique (CNAPEST) avaient appelé à une grève nationale pour  revendiquer la "correction des dysfonctionnements contenus dans les statuts des travailleurs du secteur, notamment en ce qui concerne le droit à la promotion des enseignants des cycles moyen et primaire".          
Le SNAPEST a, également, fustigé ce qu'il a qualifié de "déclarations provocatrices émanant de certaines parties" à travers les médias sous le couvert  de "la préservation de l'intérêt de l'élève", s'interrogeant sur la position de ces mêmes parties quant aux problèmes liés "au transport scolaire, à la mauvaise  alimentation, aux conditions de scolarisation et à la propagation de la violence en milieu scolaire".          
Dans ce contexte, le SNAPEST a appelé la tutelle "à consacrer un dialogue sérieux et efficace autour d'une table et non à travers les pages de journaux", et à considérer le syndicat comme "un partenaire social capable de contribuer à la réalisation des objectifs du système éducatif national" en vue de trouver les solutions adéquates aux revendications soumises. Le ministre de l'Éducation nationale, Abdelatif Baba Ahmed, avait affirmé,  la semaine dernière, que la revendication relative au droit à la promotion des enseignants des cycles moyen et primaire allait être prise en charge.          
Pour "réhabiliter l'école algérienne et défendre le droit de l'élève algérien à l'éducation", le ministère est "contraint" de faire appliquer les lois en vigueur, avait-il dit.          
Certains partenaires sociaux "n'ont laissé au ministère d'autre choix que de faire appliquer la loi", selon le ministre, qui avait précisé que de  nombreuses revendications avaient été satisfaites.

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Responsabilité
Les syndicats de l’éducation, en grève depuis le 26 janvier dernier, ont été conviés à renouer le dialogue avec la tutelle. Le ministre du secteur a annoncé hier, sur les ondes de la Chaîne III, avoir invité les syndicalistes à une rencontre  pour dégeler la situation de blocage qui porte préjudice à la scolarité de milliers d’élèves, pris en otage. «Nous avons appelé les syndicats pour venir lire et signer avec nous le procès-verbal concernant les différents points relatifs à la Fonction publique», a précisé M. Baba Ahmed. La raison et la sagesse vont-elles prévaloir ? Espérons-le, dans l’intérêt des élèves. Mais, à ce stade du bras de fer que les syndicats ont engagé avec la tutelle, on ne pas que s’interroger sur les réelles motivations des syndicalistes qui utilisent les  élèves, dont ils ont la responsabilité éducative et morale, comme «menace et bouclier», pour forcer la main au gouvernement. À écouter les précisions du ministre, on réalise que ce qui compte pour les représentants syndicaux des enseignants, c’est juste d’obtenir la satisfaction  de leurs revendications. Faisant fi de la réglementation de la Fonction publique en vigueur, ils estiment que seuls leurs intérêts matériels priment. Sinon comment expliquer qu’ils exigent que des dérogations de la Fonction publique leur soient accordées pour  bénéficier de promotions, alors que les enseignants ne remplissent pas les conditions et critères fixés ? Comment, également, exiger systématiquement que leur soit octroyée, la note maximale de la prime de performance professionnelle alors qu’elle est censée être laissée à l’appréciation du chef d’établissement ? Pourquoi, aussi, vouloir exiger la modification du statut particulier de l’enseignant, élaboré en concertation avec les syndicats, au bout de 16 mois seulement de mise en application ? Et pourquoi taire tous les acquis obtenus grâce à un effort monumental consenti par le gouvernement, si ce n’est pour se présenter  en «victimes» auprès de l’opinion publique ? Si le ministère est, certes, tenu pour responsable dans la gestion du secteur et a, de ce fait, la responsabilité d’assurer la meilleure des scolarités aux 8 millions et demi d’élèves répartis  à travers  les 25.000 établissements du pays, il n’en reste pas moins vrai qu’il doit assumer ses responsabilités dans le cadre de la réglementation. Une réalité que les syndicats ne peuvent ignorer. Dès lors, osons la question : à quelle fin instrumentalise-t-on l’école ? Les syndicalistes vont monter sur leurs grands chevaux et affirmer, à qui veut bien les entendre, que leur action n’est motivée que par l’intérêt de l’élève et de l’école. Tout comme ils ne manqueront pas de nier qu’ils exploitent la conjoncture politique actuelle pour tenter leur passage en force. Mais, pour le parent d’élève le moins averti, il est clair que cette agitation n’obéit à aucun intérêt pédagogique, et qu’elle n’est pas dénuée de calculs. Les syndicalistes, censés être les premiers à défendre l’école algérienne, ne pourront tromper personne. Au fil de leurs débrayages répétitifs, ils se sont discrédités. Pis, l’impression largement perçue aujourd’hui est qu’ils œuvrent à casser l’école publique. Difficile en effet de penser le contraire lorsqu’il devient évident qu’ils empêchent l’école publique de progresser qualitativement, en faisant en sorte que les grands chantiers qui doivent être la priorité de la famille de l’éducation soient relégués en dernier ressort. À charge pour les syndicats de prouver leur bonne foi. Ils pourraient commencer par rattraper sérieusement les cours perdus.   
Nadia Kerraz        

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