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Bordj Bou-Arréridj, L’artisanat : un patrimoine et un savoir-faire à préserver

Dans cette région aux longues traditions, des mains expertes d’artisans gardant jalousement l’héritage transmis de père en fils sortent encore aujourd’hui des joyaux qui embellissent la vie quotidienne qu’il s’agisse de tenues vestimentaires, de mobilier, d’objets de décoration…

PUBLIE LE : 13-01-2014 | 23:00
D.R

Dans cette région aux longues traditions, des mains expertes d’artisans gardant jalousement l’héritage transmis de père en fils sortent encore aujourd’hui des joyaux qui embellissent la vie quotidienne qu’il s’agisse de tenues vestimentaires, de mobilier, d’objets de décoration…

Dans cette région aux longues traditions, des mains expertes d’artisans gardant jalousement l’héritage transmis de père en fils sortent encore aujourd’hui des joyaux qui embellissent la vie quotidienne qu’il s’agisse de tenue vestimentaire, de mobilier, d’objets de décoration…
Tout le monde connaît les produits Condor, Cristor et Géant qui vont de la tablette au climatiseur en passant par le téléviseur, fabriqués à Bordj Bou Arréridj. Mais rares sont ceux qui connaissent le haik de Zemmoura, la poterie de Djaafra et le burnous de Ras El Oued qui sont faits dans la même wilaya .
Pourtant ce sont ces derniers qui sont offerts aux délégations officielles qui visitent la wilaya. Leur originalité et leur qualité n’a de pair que leur ancienneté. Ils rappellent l’autre vocation de la wilaya de Bordj Bou Arréridj qui est l’agriculture. Les habitants depuis la nuit des temps les portaient pour effectuer leurs travaux ou pendant les moments de fête.
Ces produits et les autres articles du même genre permettent même d’employer 13.520 personnes soit plus que les trois entreprises réunies qui ont recruté 10.000 agents pour leurs différentes usines. Mais là s’arrête la comparaison.
Alors que le chiffre d’affaires des fleurons de l’industrie de l’électronique se chiffre à des dizaines de millions de dollars, le second secteur qui compte pourtant 8.400 artisans inscrits entre 1998 et 2013 dont 6.000 actifs suffit à peine à faire vivre les familles des professionnels et leurs apprentis.
Notons que près de 3.000 sont spécialisés dans la production de services, 2.000 dans celle des marchandises et 1.000 dans l’artisanat d’art.
La wilaya qui est devenue la capitale de l’électronique grâce au premier secteur n’arrive pas à faire du second une autre richesse.
Pourtant le patrimoine est varié. Avec des activités comme la poterie ainsi que les bijoux et les habits traditionnels, la gravure sur bois, les tableaux artistiques, la peinture sur verre, la fabrication de paniers pour ne citer que celles-là, l’artisanat peut non seulement employer plus de personnes mais aussi dégager plus de recettes et surtout appuyer un autre secteur en manque de relance qui est le tourisme.
La wilaya qui a des traditions en la matière peut exploiter son statut de carrefour pour promouvoir ses produits dans ce domaine.
Les écuries qui étaient nombreuses dans les grandes villes comme Bordj Bou-Arréridj rappellent ce passé glorieux d’échanges commerciaux divers.
Beaucoup de professionnels y étaient installés. Les forgerons bien sûr mais aussi les vendeurs de laine et les tailleurs de burnous et autres kachabias.
Malheureusement elles ont disparu et avec elles la plupart de ces activités. Des centres commerciaux écoulant des parfums, des habits et même des accessoires fabriqués à l’étranger ont été aménagés à leurs places.

Le passage Akhrouf témoin d’un passé glorieux
Seul le passage Akhrouf qui est la seule rue piétonne de la ville subsiste.
Le passage, qui a été construit dans les années 1920, offre à ses visiteurs nombreux une architecture originale et des produits très appréciés. Il est le seul lieu où on peut trouver des objets traditionnels ainsi que des métiers en voie de disparition comme les horlogers.
Un tour dans les lieux suffit pour se rendre compte de leur importance. L’affluence est grande. La diversité des produits également. Mais les anciens notent que l’animation était plus conséquente dans le petit marché qui s’est spécialisé dans les articles pour les mariées. Mais ce tour renseigne sur le cachet ancien de la ville de Bordj Bou Arréridj. Aujourd’hui la tradition des regroupements en un même lieu par profession a disparu. Il faut chercher beaucoup pour trouver un tailleur, un cordonnier ou un photographe à défaut de peintre.
C’est que les professionnels qui se plaignent des difficultés auxquelles sont confrontés leurs métiers éprouvent beaucoup de mal à trouver des locaux. Leurs maigres revenus n’arrangent pas les choses . Ce qui les a poussés à lancer un appel aux autorités locales pour les aider sur ce plan.
Justement les autorités ont construit une maison de l’artisanat sur la route d’El Anasser pour regrouper les professionnels du secteur.
 Composée de 11 boutiques et d’une cafétéria la structure est formée également de bureaux pour l’administration. Autant dire qu’elle est fonctionnelle pour les artisans qui avaient manifesté un besoin pressant pour un tel espace.
Avec son hall elle constitue également un espace idéal pour la promotion des produits. D’ailleurs elle a accueilli plusieurs manifestations qui avaient pour objectifs de permettre aux professionnels de se côtoyer, d’échanger leurs expériences et d’ offrir des produits variés au public avide d’objets traditionnels.
Elle est même dotée de deux salles de formation. Ce qui permet aux artisans de se recycler en plus de l’apprentissage des techniques modernes de gestion. L’initiative de la tutelle de lancer une série de séminaires intitulés « comment gérer son entreprise » a attiré beaucoup de monde.
Rappelons que le principal défi qui se pose au secteur est la garantie de la continuité du legs. Des métiers qui s’apprenaient de père en fils ne trouvent plus de disciples. Ce qui constitue la seconde préoccupation des professionnels. Heureusement que le secteur de la formation a commencé à s’ouvrir sur cet aspect. Des aides sont octroyées aux artisans pour accueillir des apprentis. Mais ce ne sont pas tous les métiers qui sont inscrits . Un effort doit être engagé pour étendre la liste des formations touchées pour assurer la relève.

Ce que la maison de l’Artisanat ne peut pas assurer
Outre la faiblesse de l’offre en nombre de locaux, le principal problème de la structure est l’éloignement.
Même si une autre est en cours de réalisation à Tassameurt où règne le haik de Zemmoura à côté d’autres spécialités, la solution est à rechercher ailleurs. Des marchés et pourquoi pas des villages spécialisés sont indiqués. Mais la leçon de la maison de l’artisanat du chef-lieu doit être tirée.

Pourquoi construire des locaux si le public ne peut pas y accéder ?
Le président de la chambre d’artisanat, M Chellig Abdelghani, qui s’est joint aux revendications de ses confrères a demandé aux autorités centrales d’alléger les artisans du fardeau des impôts pour les encourager à persister dans le domaine. Mais ils doivent de leur côté, a-t-il estimé, se rapprocher de la chambre pour bénéficier de plusieurs avantages comme les crédits bancaires et surtout la formation qui peut leur permettre d’améliorer leur niveau et participer par conséquent au développement du secteur.
Ce qui est sûr c’est que le potentiel que représente l’artisanat offre des perspectives intéressantes pour la wilaya. Même si le secteur ne peut pas rivaliser avec les autres activités comme l’industrie électronique en termes de revenus et de conquête du marché, il peut être une occupation intéressante pour des dizaines de milliers de jeunes et participer à la promotion de l’identité nationale.
Avec cet apport ils constituent une autre richesse qui peut être même la plus importante. Encore faut-il qu’elle soit mise en valeur.
Fouad DAOUD
 

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