mardi 12 novembre 2019 02:59:50

Yennayer dans les aurès... : Une tradition solidement attachée

... en Kabylie : Un rituel, une histoire

PUBLIE LE : 12-01-2014 | 0:00
D.R

La célébration de Yennayer dans les Aurès est annuellement  marquée par certains rituels auxquels les populations, en particulier rurales, restent solidement attachées bravant allégrement la «modernité» et les comportements «branchés» qu’elle implique.

Beaucoup de femmes de la wilaya de Batna, en particulier celles vivant dans les régions montagneuses d’Arris, de Menaâ, de Theniet El Abed, de Bouzina ou de Taxlent continuent d’honorer les traditions et les cérémonies fêtant l’avènement du nouvel an amazigh de la même manière que le faisaient leurs mères et grand-mères.  
Selon Mme Zerfa B., dont l’humble demeure surplombe les hauteurs  d’Ichemoul, "chaque femme se doit, la soirée du nouvel an, de rassasier les  membres de sa famille en leur proposant toutes sortes de mets succulents en  signe de bon augure». Pour cette dame, d’une soixantaine d’années, la gastronomie traditionnelle  est à cette occasion particulièrement riche : couscous au gueddid (viande séchée), chakhchoukha au poulet de ferme, El aïch ou encore M’gataâ (genre de tagliatelles  faites maison) avec soupe piquante et épaisse. La femme n’a que l’embarras du  choix pour gâter les siens en cette occasion.        
                                
Des traditions à la peau dure
La tradition veut que le festin du nouvel an soit garni de sept fruits  avec, en tête, des grenades aux grains bien rouges et juteux, des figues, affirme de son côté El Hadja Aïcha (96 ans), du village montagneux de Baali. «Je m’emploie à suivre pas à pas tout ce que ma maman faisait à l’avènement de Yennayer», souligne la vieille dame, toute fière d’avoir trente arrières petits-enfants, et qui continue de sortir le matin du nouvel an en compagnie de ses belles-filles vers la lisière de la forêt voisine pour apporter les plantes aromatiques destinées à embellir et à «teinter» de vert sa demeure pour que la saison soit verdoyante et opulente. La tradition impose également de préparer, pour la circonstance, le  plat appelé «Ichermen» fait de dattes, de fèves séchées, de gueddid et de Klila (fromage séché), mélangés avec du smen (beurre traditionnel) et de multiples aromates, note encore la nonagénaire. Cette grand-mère affirme également que les us font obligation d’accueillir  le nouvel an avec des couvertures, des vêtements et des ustensiles neufs, selon  les moyens de chaque ménage. Les femmes et les jeunes filles se font belles  à cette occasion, marquée également, ajoute El Hadja Aïcha, par la tradition  dite «Aslith Ninar». Cette coutume consiste à parer une petite fille de beaux habits et de bijoux avant qu’elle ne sillonne les demeures des voisins et des  proches en signe de joie.

Les «mystères» des pierres
Une croyance répandue dans la région des Aurès consiste aussi à changer les pierres (M’nassab) du Kanoun (petit brasero en terre cuite), ainsi que sa  cendre le premier jour de Yennayer que l’on célèbre dans cette région le 14  janvier.
Selon Mohamed Merdassi, enseignant effectuant des recherches autour du patrimoine amazigh, certains se contentent de jeter trois pierres en une  seule fois tandis que d’autres jettent deux pierres au premier jour de Yennayer et une troisième au second jour. Si cette dernière pierre se retrouve à côté  des deux précédentes, ce sera le signe d’une année «maigre», mais si elle  les dépasse, ce sera le présage d’une nouvelle année prospère. Une autre manière de présager l’avenir que réserve l’année nouvelle consiste, pour d’autres, à retourner une pierre et à interpréter ce que l’on  retrouve sur sa face antérieure. Si l’on voit de petites fourmis, cela signifiera  que le troupeau de moutons et de caprins se multipliera. Si les fourmis sont plus grosses ou si c’est un scarabée, cela indique que le nombre de bovins croîtra. La femme auréssienne croit fermement que le second jour de Yennayer, correspondant au 15 janvier, est un jour de repos et elle s’attache à ce que les membres de sa famille honorent cette tradition qui veut que durant ce jour, il n’y ait ni voyage, ni travail ni même de cuisson. Toutes les tâches ménagères sont exécutées la veille. Au premier jour du nouvel an, les hommes allument des feux pour combattre le froid généralement rude de l’hiver et si ce jour est enneigé, les hommes jouent avec les boules de neige espérant que l’année sera suffisamment arrosée.

Glorification de la femme et de la terre
La tradition orale dans la région rapporte l’histoire fabuleuse selon  laquelle un jour, Yennayer avait pris la forme d’une vieille dame pour frapper  à la porte d’une femme, lui demandant l’aumône mais cette dernière, cupide, ne lui donna rien. L’année entière fut alors sèche et sans récolte. Les sages  du village, faisant le lien entre le comportement de la femme et la faible pluviométrie,  lui conseillèrent de bien se comporter si Yennayer revenait. L’année suivante, la même veille dame se présente à la porte de la femme qui fut cette fois si  généreuse qu’elle la combla de dons. L’année fut alors pluvieuse et les récoltes abondantes. Le trait caractéristique dans les célébrations de Yennayer, par les  familles des Aurès, est la glorification de la femme et de la terre, car toutes deux symbolisent la fertilité et l’abondance.
APS

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.. en Kabylie
Un rituel, une histoire
Yennayer ou encore appelé en Kabylie «Tabbwurt Useggwas» (la porte de l’année), c’est une date historique qui coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien, est célébrée dans plusieurs régions de l’Algérie. Marquant le début de l’année selon le calendrier berbère,  cette fête célébrée depuis 2964 constitue une occasion incontournable à même d’immortaliser les traditions, les coutumes et toute l’histoire des diasporas amazighes dans plusieurs pays du monde. Les familles kabyles célèbrent Yennayer par diverses festivités, notamment par la préparation d’un repas spécial, qui réunit la grande famille la veille du 12 janvier. Aux portes de la nouvelle année, des rites sont effectués pour augurer un meilleur avenir.
Plusieurs familles ont tenues à préserver les traditions et les habitudes effectuées autrefois pour célébrer cette occasion. Des préparatifs précèdent le diner de Yennayer «Immensi n yennayer» sont réalisés dans chaque foyer kabyle.
Ces préparatifs sont considérés comme une nécessité pour accueillir à bras grands ouverts l’avènement d’une nouvelle année. Ainsi, à la veille de cet événement, les femmes procèdent au grand nettoyage de leurs  maisons et au renouvellement de leurs «kanun» (l‘âtre). Il faut savoir que «Immensi n yennayer» n’est pas considéré comme un simple dîner, c’est moment de communion et de convivialité. C'est un jour spécial, marqué par la préparation des repas copieux, au delà  des rites symboliques. Dans chaque village, les chefs de famille sacrifient un coq ou une poule pour l'occasion. A la veille de yennayer, les femmes préparent le plat traditionnel de la région, en l’occurrence le couscous.  Dans certaines familles, qui ont gardé les traditions, ils utilisent la viande d’une bête sacrifiée (asfel, en kabyle), dans la préparation du plat du dîner de Yennayer.  
D’autres familles sacrifient une volaille à cette occasion. Une poule et un coq sont, en effet, dédiés à la femme enceinte, dans l’espoir qu’elle accouchera d’un garçon.
Durant la journée de yennayer, des gâteaux et des galettes, comme les beignets (s’fenj) ou bien les crêpes (tighrifin) sont partagés entre les familles du même vilage.
Il y a lieu de citer que de nombreuses familles kabyles,  considèrent que le premier Yennayer suivant la naissance d'un garçon est un moment très important. Pour cette occasion, le père effectue la première coupe de cheveux du nouveau-né et marque l’événement par l’achat d’une tête de bœuf.
Par ailleurs plusieurs actions sont effectuées pour célébrer le 12 janvier. Il s’agit de l’organisation de plusieurs manifestations par des associations culturelles établies essentiellement en Kabylie, pour marquer cette date. Ils célèbrent le nouvel an berbère, comme chaque année, au niveau des placettes des villages (Tdjmaat) où des foules sont drainées pour assister ou participer aux festivités.
Au programme, on cite particulièrement l’organisation des expositions sur le meilleur plat traditionnel préparé par des femmes du village. Par ailleurs, des  conférences sur Yennayer sont présentées par des enseignants et spécialistes en la matière. La poésie et les chansons thématiques ne sont, évidemment, pas en reste car des concours et chorales sont programmés à cet effet.
 Kamélia H.    
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