mardi 07 juillet 2020 18:05:40

SILA, Rencontre avec le romancier et journaliste Mustapha Benfodil : « Raconter l’envers de la littérature, la vraie vie »

Croisé au cours de ventes-dédicaces organisées au stand des éditions Barzakh, où les auteurs Amine Zaoui et Samir Toumi signaient leurs dernières parutions, l’auteur, au beau milieu de la foule grandissante de visiteurs du Salon, s’est entretenu avec nous quelques minutes autour de sa participation samedi dernier à une table-ronde sur l’écriture théâtrale.

PUBLIE LE : 04-11-2013 | 0:00
Ph : Billal

Croisé au cours de ventes-dédicaces organisées au stand des éditions Barzakh, où les auteurs Amine Zaoui et Samir Toumi signaient leurs dernières parutions, l’auteur, au beau milieu de la foule grandissante de visiteurs du Salon, s’est entretenu avec nous quelques minutes autour de sa participation samedi dernier à une table-ronde sur l’écriture théâtrale. Né en 1968 à Relizane, dans l’Ouest algérien, ce romancier pas comme les autres avait entamé des études de mathématiques avant de se convertir au journalisme. Grand féru de littérature avec une écriture novatrice et réfléchie, il a auparavant publié aux éditions Barzakh « Zarta », « Bavardages du seul » et « Archéologie du chaos amoureux ». Comme reporter intrépide en l’occurrence aux journaux Liberté et El Watan, il s’est rendu à deux reprises en Irak, en pleine guerre, une expérience qu’il a relatée dans un récit poignant intitulé « Les six derniers jours de Baghdad » ainsi que dans « Journal d’un voyage de guerre ».

Parlez-nous de votre présence ici  au Salon international du livre d’Alger ?
Aujourd’hui, j’interviens dans un débat avec Aziz Chouaki et Habib Tengour autour de l’écriture théâtrale. On discutera des enjeux de l’écriture dramaturgique confrontée à la fiction romanesque  et à l’intérêt  des romanciers au théâtre.

Avez-vous une nouvelle publication en Algérie ?
Hélas non ! Je viens de sortir un ouvrage dans une maison d’édition française qui s’appelle « Aldante » laquelle avait déjà collaboré sur mon dernier roman « Archéologie du chaos amoureux » avec les éditions algériennes Barzakh. Ce livre que je vais essayer de présenter ici sous le titre « Le point de vue de la mort » ne figure pas dans cette foire du livre et pour cause, je n’avais pas assez d’exemplaires sur moi. Ce livre repose sur un texte dramatique qui a été monté par le metteur en scène Khair-Eddine Lardjam, qui travaille dans la compagnie Ladjouad qui s’inspire beaucoup du répertoire d’Alloula. Cette pièce a été montée cette année et a été jouée au Festival d’Avignon et j’espère qu’elle sera représentée ici au théâtre de Béjaïa et celui d’Oran.

Vous résidez en France ?
Non, je vis une situation assez particulière dans la mesure où je suis la plupart du temps en Algérie et que mon œuvre est représentée à l’étranger. Et c’est justement de cette problématique que l’on va débattre maintenant, à savoir, comment se fait-il qu’il y ait tant d’auteurs qui sont célébrés un peu partout dans le monde et dont on ne connaît pas les écrits ici, à l’instar de Aziz Chouaki qui va intervenir dans un moment avec moi. En fait, la question se pose pour tous les processus de diffusion de la culture, je ne parle pas seulement du théâtre, il y a aussi l’art contemporain, la littérature, la musique et le cinéma. Autant pour ce dernier on assiste à un certain frémissement qui arrive avec la nouvelle vague des jeunes auteurs, notamment dans le format du court-métrage, autant pour le théâtre on constate une certaine stagnation ; cet art est empêtré dans une espèce de mécanique assez lourde, et personnellement, je milite pour des formes un peu plus discrètes, un peu plus légères qui permettent au public de renouer avec la chose théâtrale, donc pourquoi pas dans stand-up, des one man shows, des petites lectures ou des mises en espace et non pas justement juste de grosses productions au TNA, alors que le vide se fait sentir à côté.

Comment expliquez-vous cet attrait pour le théâtre alors que vous êtes connu comme romancier et poète ?
Non, j’ai toujours été intéressé par l’expression dramaturgique, j’ai quand même une dizaine de pièces à mon actif, j’écris depuis une douzaine d’années.
Mais c’est un peu ça le paradoxe, ma famille d’ailleurs l’a constaté.

Tu écris aussi du théâtre !
Et bien oui ! Cet art m’attire beaucoup, on a joué à l’étranger, notamment au Caire, à Dakar et l’on va jouer bientôt à Berlin et même à New York où j’ai été invité récemment, mais malheureusement pas encore dans mon pays.

Quelle langue utilisez-vous pour votre théâtre ?
En fait, j’écris en fonction des compagnies, mais il m’est arrivé en 2009 de faire des lectures de rue, dans des espaces publics ici en Algérie.
J’ai par exemple joué en kabyle à Bejaïa, en oranais à Oran. La langue pour moi, ce n’est pas du tout un problème, parce que si vous travaillez avec des comédiens russes, vous allez jouer dans leur langue. Pour moi, c’est la dramaturgie qui compte, ce n’est pas uniquement la langue au sens strictement linguistique.

Et dans le domaine littéraire, vous avez des projets de nouveaux romans ?
Ah oui ! Là je travaille sur un très grand chantier qui s’appelle «  L’anti-livre ». C’est un projet que j’ai entamé il y a deux ans et je vais justement en parler au cours de cette table-ronde.
Ce livre est un roman comme n’importe quel livre que vous achèteriez en librairie, l’histoire du livre est celle d’une rébellion contre son propre auteur. Le livre va raconter un peu l’envers de cette histoire en dénonçant en quelque sorte ce que raconte son auteur et en mettant à nu sa propre histoire, celle à travers laquelle l’écrivain est passé pour écrire ce livre. Donc le narrateur c’est vraiment le livre lui-même qui va partir au pilon pour être détruit parce que, à la base, ce projet est sur un autre matériau, celui des livres que l’on détruit, et lui, au moment où il va mourir, il va raconter sa vraie vie  et c’est une manière pour moi de raconter l’envers de la littérature, à savoir la vraie vie. C’est aussi une manière de revenir à titre personnel sur des événements de ma propre vie que je n’ai jamais jusqu’ici livrés dans mes romans.

Qu’est-ce que vous pensez de l’atmosphère qui règne dans ce Salon ?
Personnellement, je suis d’abord épaté par l’affluence. C’est un espace où il y a une vraie mixité sociale et j’apprécie énormément qu’il y ait autant de monde. Disons que le pari est gagné, dans la mesure où l’on a réussi à en faire un événement populaire. Par contre, j’aurai juste souhaité au niveau programmation des choses un peu plus vivantes. Je veux dire, qu’il n’y ait pas juste des débats et des expositions, j’aurai aimé qu’il y ait un peu plus de musique et des lectures théâtralisées, que l’on sorte un peu de l’image de l’écrivain qui vient parler de sa splendeur, alors que tout le monde attend de lui un avant-gout de son livre, une performance de lecture par exemple.
Entretien réalisé par Lynda Graba 

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