dimanche 22 octobre 2017 23:54:21

De nouveaux ouvrages sur la période coloniale le soulignent : L’image hideuse de l’occupation française en Algérie

Il est opportun de conseiller à ceux qui, dans un moment de colère mal contenue ou qui par dépit, affirment que l’indépendance de l’Algérie n’a rien apporté aux Algériens, de lire les témoignages de ceux qui ont vécu dans leur chair, «les bienfaits» de la colonisation française, son lot de misère, les crimes, les humiliations, les déportations, la torture, les zones interdites, le napalm…

PUBLIE LE : 31-10-2013 | 0:00
D.R

Il est opportun de conseiller à ceux qui, dans un moment de colère mal contenue ou qui par dépit, affirment que l’indépendance de l’Algérie n’a rien apporté aux Algériens, de lire les témoignages de ceux qui ont vécu dans leur chair, «les bienfaits» de la colonisation française, son lot de misère, les crimes, les humiliations, les déportations, la torture, les zones interdites, le napalm…

«Personne n’ignore aujourd’hui que nous avons ruiné, affamé, massacré un peuple de pauvres pour qu’il tombe à genoux. Il est resté debout. Mais à quel prix !» Cette condamnation du colonialisme est de Jean-Paul Sartre. C’est ce qu’avait choisi maître Amar Bentoumi en exergue avant d’entamer son témoignage sur la colonisation française en Algérie dans son dernier ouvrage intitulé Crime et infamie, la colonisation vécue par un Algérien, paru aux éditions Casbah dans la collection Mémoire. «Crime et infamie», deux mots choc, deux mots qui en disent long sur le visage hideux de la colonisation française en Algérie et sa propension à vouloir tordre le cou à la vérité historique avec les mensonges et autres vaines tentatives de tromper l’opinion internationale.
Le témoignage d’Amar Bentoumi est accablant. Il le souligne dans son préambule : «Les relations entre l’Algérie et la France durant la période du 5 juillet 1830 au 5 juillet 1962 se sont caractérisées, au début, par le crime d’agression commis par la France, et se sont poursuivies par des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de droit commun et l’instauration d’un ordre colonial inique, raciste, exploiteur, intolérant et obscurantiste. Même si les notions d’agression et de crime contre l’humanité et de génocide n’existaient pas à cette époque-là dans le Droit international, elles peuvent parfaitement servir pour qualifier juridiquement les réalités historiques qui se sont déroulées antérieurement à leur adoption par la communauté internationale, notamment les méfaits de la colonisation française en Algérie que certains veulent transformer en soi-disant ‘bienfaits’.»
En cette période du Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, il est à noter que depuis octobre 1988, date repère d’une liberté d’expression aujourd’hui matérialisée par nombre d’ouvrages consacrés à l’histoire de l’Algérie et à la guerre de Libération, écrits par les acteurs de cette lutte libératrice ou par des historiens, des témoignages de l’acte colonial sont édifiants sur le véritable visage de la colonisation. Colonisation, ce terme se suffit à lui-même, il n’a pas besoin d’être accompagné d’adjectif pour qualifier ce qu’il renferme comme crime.
Il est à ce sujet opportun de conseiller à ceux, qui dans un moment de colère mal contenue ou qui par dépit, affirment que l’indépendance de l’Algérie n’a rien apporté aux Algériens, de lire les témoignages de ceux qui ont vécu dans leur chair, «les bienfait» de la colonisation française, son lot de misère, les crimes, les humiliations, les déportations, le destin tragique des déportés, la torture, les zones interdites, le napalm…
Il faut lire Caledoun, de Rachid Sellal, qui retrace l’histoire tragique des premiers déportés algériens en Nouvelle Calédonie, terre située au bout du monde, d’où la majorité de ceux qui ont connu son bagne ne revenaient pas. Comme il est intéressant de raviver la mémoire des Algériens sur ce qu’étaient leurs conditions de vie durant les années trente et quarante dans l’Algérie sous occupation française, comme le fait si bien Ahmed Doum, militant de la première heure dans son livre De la Casbah d’Alger à la prison de Fresnes 1945-1962. Extrait, à propos du niveau de vie des Algériens : «Comme beaucoup d’enfants de mon âge, nous nous rendions à l’école avec des pantalons rapiécés, souvent pieds nus hiver comme été… Dans les années 1930, la grande majorité des hommes, illettrés et sans métier précis, travaillaient comme débardeurs au port. Ils quittaient tous la maison aux aurores, pour descendre vers les quais dans l’espoir de se faire embaucher pour la journée. Si les bateaux de Schiaffino, Touache ou Compagnie de Navigation mixte n’accostaient pas, ils remontaient, la tête basse, sur le boulevard du front-de-mer, et le plus souvent, ne pouvant ni se payer un café ni retourner à la maison, ils traînaient leur peine et leur détresse sur les bancs publics du square Bresson (aujourd’hui square Port Saïd). Ainsi la Casbah vivait dans un chômage endémique.»
Pas difficile d’imaginer que c’était le sort réservé à l’écrasante majorité des Algériens. Que dire alors des conditions de vie des paysans et des populations rurales à qui les meilleures terres ont été spoliées. Pour eux, c’était la résignation ou l’exil vers les villes, mais la misère est là partout avec son lot de drame.
«Des paysans sans terre et sans travail affluèrent à Alger pour grossir les bidonvilles des banlieues. Certains, totalement démunis, vêtus de sac de jute serré à la taille par une cordelette d’alfa, erraient pieds nus dans les quartiers musulmans en quête de pitance. Le soir, ils dorment à même le sol sous les arcades de la rue de la Lyre où, souvent le matin, on relevait les cadavres de ces malheureux morts de faim et de froid. Un jour, on put lire dans L’Écho d’Alger, le journal de la grosse colonisation, un terrible entrefilet : «Un Arabe a eu la curieuse idée de mourir dans une poubelle.»
Sans commentaire !
A. T.

PS : Bonnes feuilles du livre Crime et infamie, d’Amar Bentoumi
 

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions