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Commémoration des massacres du 17 octobre 1961 : Hommage aux martyrs et à tous les sympathisants

Mme Leila Mekki, moudjahida : « Il ne faut pas abandonner la jeunesse »

PUBLIE LE : 19-10-2013 | 0:00
Ph : Billal

La plupart des militants ayant fait partie du réseau Jeanson étant morts, l’Association Machaal Echahid a donc, pour honorer leur mémoire et mettre en valeur la justesse de leur combat aux côtés des Algériens, pris attache et invité un certain nombre de moudjahidine algériens,  des femmes et des hommes qui étaient visiblement tous émus de participer à l’événement.

Dans la cour du palais faisant face aux canons tournés vers le littoral d’Alger, il y avait près d’une vingtaine d’anciens moudjahidines fidèles au rendez-vous pour commémorer, jeudi dernier, la journée du 17 octobre 1961 qui marquait la répression sanglante de la manifestation dans la capitale parisienne des militants de la fédération de France organisant une marche pacifique à l’appel lancé par le FLN. Cette journée initiée par l’association Machâal Echahid ainsi que l’organisation des moudjahidines  se voulait être une pause historique en hommage à tous ces militants algériens de la wilaya 7 appelée aussi le second front qui a organisé des actions d’éclat dans l’ancienne métropole ayant pour objectif de pousser le gouvernement français à accorder l’indépendance.  L’événement qui s’est déroulé dans l’après-midi sous un soleil de plomb mais le recueillement, a vu l’assistance se déplacer à l’extérieur de l’édifice pour déposer une gerbe de fleurs devant une stèle où était inscrite en grandes lettres sur le marbre gris, la reconnaissance officielle de l’Algérie aux militants et sympathisants français, ceux que l’on appelait notamment «Les porteurs de valises», qui ont œuvré dans la clandestinité dans les réseaux de France, soutenant la cause algérienne et contribuant à internationaliser la guerre de Libération nationale.
La plupart des militants ayant fait partie du réseau Jeanson étant morts, l’association Machaal Echahid a donc, pour honorer leur mémoire et mettre en valeur la justesse de leur combat aux côtés des Algériens, pris attache et invité un certain nombre de moudjahidine algériens — des femmes et des hommes qui étaient visiblement tous émus de participer à l’événement —ayant étroitement collaboré avec ces Français.
Cette initiative qui se voulait modeste mais surtout très symbolique a ravivé dans les cœurs de l’assistance les souvenirs d’un passé glorieux ayant nécessité les lourds sacrifices du peuple algérien qui luttait alors sans relâche contre les terribles exactions coloniale pour conquérir sa liberté et son autonomie. Après s’êtres réunis sur la place d’un jardin avoisinant à l’emplacement de la stèle commémorative érigée à cette occasion, l’assistance est retournée dans l’enceinte du palais des Rais pour assister à une conférence au cours de laquelle des médailles de mérite ont était remises à de valeureux militants après avoir observer une minute de silence à la mémoire des victimes des massacres du 17 octobre 1961 dont Mme Ouarad et M. Moula qui ont été distingués par un jeune enfant ont ensuite animé une courte conférence sous la forme d’une allocution où chacun est revenu sur l’histoire de la wilaya 7, les objectifs assignés à cette dernière après la tenue du Congrès de la Soummam. Un rappel nécessaire pour cette page d’histoire où les intervenants sont revenus sur la constitution du second front qui comportait plus de 300.000 militants en 1958 chargés de la collecte d’argent pour le financement de la guerre comme ultime étape de la guerre de Libération nationale sur les circonstances des tragiques événements déclenchés par le préfet Maurice Papon qui a vu plusieurs centaines d’Algériens tombés en martyrs.
L. Graba

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Elles témoignent

Mme Leila Mekki, moudjahida :
« Il ne faut pas abandonner la jeunesse »
« J’étais agent de liaison à Paris après avoir fait la guerre en Algérie puis arrêtée et expulsée. Pendant la journée du 17 octobre 1961, nous les responsables on nous avait interdit d’aller au rassemblement car nous avions des obligations plus urgentes. Je pense que l’initiative d’aujourd’hui doit être renouvelée bien que je trouve que c’est un peu trop tard, mais heureusement qu’on y a pensé car je crois que tous les ans on doit marquer les mémoires en célébrant la journée du 17 octobre 1961 où beaucoup de nos frères et nos sœurs sont tombés pour l’indépendance du pays. Quant aux militants et porteurs de valises, je pense surtout à toutes ces Françaises qui nous ont aidées parce que là-bas j’étais responsable des fonds en sortant l’argent de Paris pour l’emmener en Suisse. On a eut d’autres responsabilités par exemple quand un réseau tombait entre les mains de l’ennemi, on envoyait quelqu’un récupérer tous les documents, les manuscrits et surtout l’argent. Quoi dire sinon, je pense que maintenant nous avons besoin d’une relève et il faut que nous les anciens nous nous penchions vers la jeunesse qui est actuellement perdue. Nous ne devons pas faire cela suivant un aspect strictement politique mais en nous intéressant à d’autres aspects de la vie car notre jeunesse est abandonnée et ne sait plus quoi faire. Quand on pense à tous ces jeunes qui risquent leur vie en traversant la mer, c’est vraiment dramatique, on n’a pas le droit de les abandonner, il faut absolument faire quelque chose. Je crois que c’est notre devoir aujourd’hui».

Mme Abdelmoumen Akila Ouared :
« L’idéal d’une lutte ne s’arrête pas aux frontières »
«Je trouve cette initiative très bonne d’autant plus qu’elle a pour objectif de relater l’histoire de notre guerre de libération et de l’insérer dans les consciences parce que nous, nous avons vécu la guerre et milité et eux ne savent pas et je pense que l’on doit régulièrement organiser de tels événements. Il faut dire aux jeunes de ces nouvelles générations que l’on n’existe pas sans son histoire, que les repères sont là et qu’il suffit juste de les suivre. Nous avons combattu la France pour gagner notre indépendance pour sauvegarder notre culture, c’est très important et aujourd’hui j’aurais voulu voir beaucoup de jeunes parce que l’on n’ignore pas qu’ils parlent aujourd’hui de leur pays de façon très négative et je pense que c’est parce que nous n’avons rien fait pour les aider à connaître leur histoire et surtout ce qu’on fait pour eux les anciens comme nous. Nous sommes encore de ce monde, mais pensez à tous ceux qui sont morts pendant la lutte de libération sans avoir connu le jour de la victoire. Pour le réseau Jeanson, j’ai bien connu ces Français qui ont milité à nos côtés et qui ont été à la hauteur de leur aspiration — il y avait parmi eux beaucoup de résistants à l’occupation allemande — on a d’ailleurs un militant qui s’était retrouvé devant un tribunal et qui avait déclaré à cette époque que les porteurs de valises sont l’honneur de la France parce que d’un côté; la France torturait et tuait en voulait inhiber complètement cette flamme libératrice des Algériens et de l’autre côté il y avait ces Français partisans de notre lutte, vous savez, ils nous donnaient les clés de leur maison pour cacher les gens qui étaient recherchés, pour déposer les fonds, les documents et les armes. Moi je n’oublierai jamais ces femmes et ces hommes et quand je parle des droits de l’homme, je pense à eux parce qu’on s’arrête pas au niveau des frontières. Par exemple maintenant, on est pour la libération de la Palestine. Nous sommes libres mais on ne s’arrête pas là, moi je pense que ces Français ont démontré qu’un idéal ne s’arrête pas aux frontières parce c’est une question universelle, nous devons aider les autres pays dans leur lutte pour l’indépendance. »
Propos recueillis par L. G.

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