mercredi 13 dcembre 2017 12:01:50

Il y a 52 Ans, dés Algériens étaient jetés du pont Saint-Michel : Vérité et justice sur les massacres du 17 octobre 1961

MAE : «Les historiens doivent se pencher sur la tragédie»

PUBLIE LE : 19-10-2013 | 0:00
D.R

Les historiens doivent se pencher sur la tragédie du 17 octobre 1961, qui a «foulé aux pieds les droits les plus élémentaires des victimes», afin de connaître tous les aspects qui l’ont entourée par une recherche «exhaustive», a indiqué, jeudi, un communiqué du ministère des Affaires étrangères (MAE).         

«Les historiens disposent, aujourd’hui, malgré le passage du temps, de la latitude et des moyens d’investigation modernes pour trouver les réponses manquantes», a ajouté le communiqué. Ils devront notamment «rappeler que ceux qui ont commandité et perpétré cette répression aveugle ne peuvent se départir du devoir de conscience, propre à chaque être humain», a encore précisé le ministère. Par ailleurs, le MAE a affirmé que les évènements «tragiques» du 17 octobre 1961 à Paris sont «ancrés à jamais dans la mémoire du peuple algérien et de ses dirigeants qui, chaque année, à la même date, se commémorent dans le  recueillement, le sacrifice de ces vaillants travailleurs émigrés». «En bravant les interdictions de tous genres, ils (manifestants du 17 octobre, ndlr) ont démontré à l’autorité coloniale qu’ils étaient, pareillement à leurs frères en Algérie, engagés avec détermination dans le combat du peuple algérien tout entier pour recouvrer sa souveraineté spoliée et se réapproprier ses valeurs nationales. Par leur courage exceptionnel et leur force de conviction inébranlable, ils ont ouvert un des chapitres les plus glorieux de la résistance du peuple algérien à l’occupation coloniale et ont certainement contribué à renforcer le crédit déjà grand de la Révolution algérienne dans le monde», a souligné le  communiqué. Le communiqué a relevé que «la férocité inouïe avec laquelle leur manifestation  pacifique a été réprimée n’a guère d’équivalent. Elle a suscité la réprobation de l’opinion publique internationale et a attiré, de par le monde, l’attention sur l’exceptionnelle violence des forces de la répression, comme elle a contribué à renforcer encore davantage l’audience internationale de la Révolution algérienne».
«Si bien des victimes ont péri dans des conditions inhumaines et si les arrestations abusives et la torture ont été des outils utilisés contre des civils pacifiques, l’histoire retiendra aussi que le peuple algérien est ressorti grandi de ces évènements, puisque dans les mois qui suivirent le massacre, il recouvra dans la dignité et les honneurs, tous les attributs de sa souveraineté», a ajouté le ministère. Le peuple algérien, tout en rendant un vibrant hommage à ces martyrs, remercie, en même temps, tous ceux qui en France et dans le monde ont exprimé leur solidarité agissante aux militants de la cause nationale, en prenant eux-  mêmes des risques, à la mesure de leur engagement, a souligné la même source. Le MAE a encore affirmé que la journée du 17 octobre 1961 constitue un acte fondateur pour toute la communauté nationale à l’étranger qui, en tant que prolongement de la nation, continue de servir, avec détermination et engagement, à la vie nationale, dans tous les domaines, exprimant sa solidarité permanente  et active avec son pays, tout en en œuvrant en parallèle à la promotion  des relations d’amitié et de coopération avec les pays de séjour.
Dans le cadre de la commémoration de cette journée, le ministère organise, le 24 octobre 2013, une cérémonie à son siège qui verra la projection du film  Hors la loi, suivi d’une conférence-debat sur l’importance historique de cette journée et le rôle clé joué par les travailleurs algériens émigrés dans la lutte pour l’indépendance nationale.           
Le secrétaire général du ministère a pris part, dans la région parisienne,  à des cérémonies de recueillement à Paris, Asnières et à Gennevilliers. Il a présidé une levée du drapeau national au nouveau siège du consulat d’Algérie et à Nanterre, qu’il a inauguré en présence de représentants d’associations algériennes, d’invités de marque et de concitoyens.

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France
Un rassemblement à Paris pour exiger vérité et justice

Comme chaque année, des centaines de personnes se sont rassemblées, jeudi  soir à Paris, pour exiger vérité et justice sur le massacre des Algériens le 17 octobre 1961 dans la capitale française, appelant les autorités officielles du pays à reconnaitre un crime d’Etat.
Les manifestants, pour la plupart des militants et responsables associatifs, des syndicalistes et des représentants syndicaux et partisans, répondaient à l’appel du Collectif pour la Mémoire du 17 octobre 1961 qui, depuis des années, organise un rassemblement au pont Saint Michel où duquel des Algériens ont été jetés, il y a 52 ans, dans les eaux glaciales de la Seine pour avoir bravé le couvre-feu discriminatoire qui leur a été imposé par le préfet de sinistre mémoire Maurice Papon.
Pour Mehdi Lallaoui, de l’Association Au nom de La Mémoire, «le rassemblement a pour objectif de demander encore une fois vérité et justice sur un événement qui doit être reconnu comme crime d’Etat». Evoquant la reconnaissance avec lucidité des faits, l’année dernière, par le président Hollande, il a estimé que «cette déclaration est importante, mais ne dit pas tout».
Il a considéré dans ce sillage, qu’«il y a encore des choses à faire». Depuis, rien n’a bougé : les revendications sur l’ouverture des archives, la redéfinition de la Fondation pour la Mémoire de la Guerre d’Algérie et l’annulation de la loi du 23 février 2005 dont l’article 4 (abrogé) reconnaissait le rôle positif de la colonisation sont toujours en  vigueur», a-t-il développé.
De son côté, l’universitaire et historien Olivier Lecour Grandmaison a indiqué qu’«il a fallu dix ans pour obtenir la plaque apposée au coin du pont Saint Michel rendant hommage aux victimes des massacres», et qu’«il a fallu 21 ans pour obtenir la déclaration de reconnaissance du président François Hollande», a-t-il ajouté.
«Cette affaire n’est pas une sanglante répression (comme dit dans la déclaration de Hollande). Ce n’est pas seulement une affaire liée à la reconnaissance par des maires à Paris ou en Province, mais c’est effectivement une affaire nationale», a-t-il dit, précisant que «c’est pourquoi nous continuerons d’exiger que celui qui incarne le changement, qu’il vienne l’année prochaine sur ce pont pour qu’il reconnaisse ce que, jusqu’à présent aucun parti politique national, aucun président de la République, aucun Premier ministre n’a voulu reconnaître : le crime d’Etat commis à Paris ».

Un appel de reconnaissance signé,

Dans un appel rendu public et signé par une vingtaine d’associations, des syndicats et des partis politiques de Gauche, le Collectif pour la Mémoire du 17 octobre 1961, tout en prenant acte du premier pas important qui a été franchi par le président Hollande avec sa déclaration de reconnaissance des faits, signale  que le terme «crime» n’est pas repris, et la responsabilité, sous entendue, n’est pas clairement définie.
Il estime, en outre, qu’«il est temps que le président de la République, au nom de la France, confirme, par un geste symbolique, la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’Etat », que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens, et que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant », a-t-il expliqué.  
«Du point de vue de la Mémoire, il n’y a rien de malsain à dire la vérité», a-t-il dit, «si des fautes graves ont été commises, on le dit. Cela ne vous abaisse pas, au contraire, ça vous grandit», a déclaré à la presse, le maire de Paris Delanoë. après s’être  recueilli, au pont Saint Michel, à la mémoire des victimes de la répression sanglante .En compagnie de l’ambassadeur d’Algérie en France, Amar Bendjemââ, il a déposé une gerbe de fleurs.
Soulignant que «tous les peuples, dans leur histoire, ont connu des moments de tragédie  et, parfois, des comportements particulièrement condamnables de leurs dirigeants», Delanoë a estimé que «la colonisation est un acte condamnable», précisant qu’«un peuple qui domine un autre, qui l’exploite économiquement, qui pratique la répression, c’est une faute».
Le maire de Paris, a ajouté que «la vérité doit être dite sur les victimes des massacres de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961 dans la capitale française», soulignant  qu’« un peuple ne s’abaisse jamais s’il regarde la vérité en face ».
Répondant à une question de revenir, l’année prochaine, se recueillir  au même endroit à la mémoire des victimes, le maire sortant a répondu «Bien  sûr», rappelant que lorsqu’il était arrivé en mars 2001 à la Mairie de Paris, il avait dit qu’il n’allait pas perdre de temps «parce qu’il y a une blessure, un manque de netteté sur un drame», a-t-il dit.
Par ailleurs, l’Association des moudjahidine de la Fédération du FLN en France 1954-1962, estime que la chasse à l’homme sanglante déclenchée contre les Algériens le 17 octobre 1961 à Paris «a été accompagnée de 12.000 à 15.000 interpellations dont 3.000 envoyés en prison, tandis que 1.500  ont été refoulés vers leurs douars d’origine».
Des chiffres confirmés par des historiens, qui parlent de «300 à 400  morts par balles, par coups de crosse ou par noyade dans la Seine, de 2.400  blessés et de 400 disparus suite à la répression policière de ce mardi pluvieux  d’octobre 1961». A la fin du rassemblement, les participants ont jeté symboliquement des fleurs  dans la Seine en hommage aux victimes algériennes d’il y a 52 ans.
Synthèse Sihem Oubraham

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SÉTIF
Sur les hauts lieux de la Révolution
C’est dans la daïra de Djemila, haut lieu de la Révolution glorieuse de novembre, qu’a été commémorée, cette année, à Sétif, la Journée nationale de l’émigration, lorsque des milliers d’Algériens étaient sortis dans la rue au cœur de Paris pour protester contre un couvre-feu discriminatoire aux «Français musulmans d’Algérie», et appuyer la marche vers l’indépendance.  
Pour rendre hommage à tous ceux-la qui firent ce jour l’objet d’une répression aveugle des troupes, alors commandées par le général Papon, et furent arrêtés pour être incarcérés dans des centres de tortures francais, les responsables de la wilaya de Sétif, à leur tête le wali Abdelkader Zoukh, ainsi que les responsables de wilaya de l’Organisation nationale des moudjahidine, représentants de la Fédération de France, de même que ceux du mouvement associatif et de la société civile, sont sortis pour commémorer cet événement de l’histoire.
Après le dépôt d’une gerbe de fleurs au mémorial des martyrs de Sétif, cette délégation se rendra sur les hauteurs de la commune de Djemila où une forte affluence se retrouvera, une fois encore, à proximité du livre du chahid pour se recueillir sur la mémoire de tous ceux qui ont sacrifié le meilleur d’eux-mêmes pour que vivent l’Algérie indépendante.
Pour symboliser les avancées et le chemin parcouru depuis dans cette wilaya dans la dynamique du serment prêté à nos glorieux martyrs, le wali et les membres de la délégation qui l’accompagnait procéderont à l’inauguration et la baptisation de différentes infrastructures, dont la nouvelle maison de jeunes de Djemila baptisée au nom du chahid Bounaas Bouiguerra et celle de la nouvelle bibliothèque communale qui offrira, sans nul doute aussi, un bel espace d’histoire aux jeunes de ce chef-lieu de daïra.
Dans la commune de Beni Fouda, l’inauguration et la baptisation d’une bibliothèque au nom du moudjahed   Ahmed Asous laissera place à une action analogue, ensuite au niveau d’un centre de proximité qui portera le nom du chahid Ahmed Lemnaouer, cela avant la visite d’une imposante exposition historique à la maison de jeunes de cette commune où sera également donnée une conférence à l’issue de laquelle Omar Grine rappellera les grands faits qui ont marqué cette date et les sacrifices endurés par le peuple algérien pour le recouvrement de sa liberté spoliée par l’occupant. Des veuves, ayants droit et moudjahidine seront également honorés à cette occasion.
F. Zoghbi

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Mascara
Diverses activités pour marquer l’évènement
La commémoration  de la journée du 17 octobre1961 a donné lieu à diverses activités culturelles, historiques et artistiques au niveau de la daïra d’Aïn Farès. Après la levée des couleurs nationales au niveau de la commune de Mamounia, la baptisation du centre technique pour mineurs au nom du chahid Mahraz Ahmed, le wali a donné le coup d’envoi pour la collecte du sang, avant de rejoindre le chef- lieu de la daïra pour baptiser un CEM au nom de chahid Ahmed Bounif, puis la visite des  stands de l’ exposition de photos. Le wali et la délégation qui l’accompagne ont assisté à une conférence sur cette journée, où les événements ont été qualifiés de massacre du fait de la répression meurtrière, par la police française, d’une manifestation d’Algériens organisée à Paris par la Fédération du FLN en France.
A. GHOMCHI

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Fatima Beddar ou le rêve noyé dans la Seine   
Elle n’était pas activiste, encore moins un enfant-soldat. Elle avait juste un rêve, celui de voir son pays sortir d’une longue nuit d’occupation et vivre comme toutes les adolescentes de son âge, épanouie, instruite et libre. Fatima Beddar, tout juste 15 ans, en allant manifester à Paris, le 17 octobre 1961,  a payé de sa personne son audace juvénile.  Ni sa frimousse innocente, ni le port de son cartable en bandoulière, ni ses tresses enfantines n’ont eu grâce aux yeux de ses bourreaux qui, sans ménagement, en représailles, l’ont livrée aux furies des eaux de la Seine. Elle y est restée plus de deux semaines durant, n’en sortant que le corps mutilé et en décomposition. Ses parents n’ont pu l’identifier que grâce à ses nattes singulières, tissées à la manière des jeunes paysannes kabyles. En ce mardi, légèrement pluvieux et humide, Fatima n’avait pas pris le temps, en effet, de se préparer pour rallier Paris. Le projet de voyage était en tête, mais elle avait d’autres activités à assumer au domicile familial, situé à Stains, en Seine saint Denis, notamment s’occuper des tâches ménagères et garder ses frères. Et de plus, ses parents, à qui elle en avait confié l’idée, y étaient farouchement opposés, craignant justement pour sa vie. «Et d’un coup de tête, elle en est sortie, bravant et l’interdit parental et celui à venir, celui, de la préfecture imposant le couvre-feu à tous les musulmans à partir de 20h30. Depuis, on ne l’a jamais revue», se remémore, Djoudi, son frère cadet de cinq ans, qui affirme avoir mis du temps à réaliser que sa grande sœur, qui tenait pour lui un rôle de seconde mère, «avait disparu à jamais». Au demeurant, pour toute la fratrie, «elle n’était partie que pour un long voyage, d’où peut-être elle ne reviendrait pas». «Seuls les parents  ont enduré, silencieusement, la douleur de sa disparition», narrait-il, la voix serrée par l’émotion. Dans son entourage, notamment au commissariat de police de Stains, où  la plainte de sa disparition a été déposée, c’était le silence radio, et personne ne pouvait se hasarder, de surcroît, à contredire la thèse des officiels sur  l’inexistence de victimes, et qui reconnaissaient alors seulement deux morts  pendant les manifestations. Et pendant une année, c’était l’omerta. Ce n’est qu’en 1986 que la question de sa mort remonta à la surface, et ce grâce à des investigations, suivies d’un article de presse dans le quotidien  l’Humanité. L’auteur, Didier Daeninckx, en collaboration avec l’historien  Jean Luc Enaudi, ont dû apporter des preuves de son assassinat sans pour autant reconstituer l’emploi du temps ou le parcours de la journée de Fatima. Mais c’était suffisant pour que l’administration française lui rende justice. Enterrée au cimetière de Stains en 1961, son corps a été exhumé puis  rapatrié, en 2006, dans sa ville natale de Tichy, où, depuis, elle repose au carré des Martyrs, au bout d’une procédure longue engagée par la Fondation du  08 mai 45, et soutenue par le ministère des Moudjahidine.          
Née en Août 1945, Fatima avait rallié le territoire français en 1951,  où elle a rejoint son père, employé à l’entreprise Gaz de France. Une fois sur  place, elle s’était inscrite au collège commercial et industriel féminin de Stains, et avait montré d’amples aptitudes, incitant son père à l’associer dans beaucoup de réunion partisanes. Un élément qui a eu son impact sur sa conscientisation précoce par rapport à la cause nationale, forgée de surcroît par les conditions socio-économiques précaires de  ses compatriotes. Sa participation à la marche de Paris n’était que l’expression de sa maturité.

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Deux militants anticolonialistes honorés par l’Algérie  
Au nom du Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, une distinction a été remise, à titre posthume, par le secrétaire  général du ministère des Affaires étrangères, M. Aouam Noureddine, et le consul d’Algérie à Nanterre, Abdelkader Dehendi, à l’avocat Pierre Kaldore, résistant durant la Seconde Guerre mondiale et fervent défenseur de la cause nationale, décédé le 11 février  2010 à l’âge  de 97 ans. Un hommage a par ailleurs été rendu au militant anticolonialiste René Dumas qui s’est également distingué par son soutien au peuple algérien durant  la guerre de Libération nationale et son appui à l’action du réseau Janson, un groupe de militants français agissant sous les directives de Francis Jeanson, qui opérait en tant que groupe de soutien du FLN durant la guerre de Libération nationale.
 

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