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6e Festival culturel international de la musique diwane

Le patrimoine algérien dans son africanité : Amine Dehane et Boney Fields en clôture

PUBLIE LE : 05-10-2013 | 0:00
D.R

Le 6e festival culturel international de musique Diwane s’est achevé jeudi soir à Alger dans une ambiance graduelle générée par le spectacle du maestro Amine Dehane, découvert en solo par le public, et le chanteur américain Boney Fields qui a enflammé la salle avec son groupe "The bone’s project", atteignant l’ivresse de la délectation et de l’allégresse.

Reprenant les titres de son album "Ziryabou", Amine Dehane a offert, une heure durant, de belles couleurs au public, alliant les mélodies écrites dans des gammes pentatoniques caractérisant la musique diwane, à des genres musicaux variés et des rythmes ternaires, parfois composés. Des airs du diwane sur des accompagnements targui ou indou, un style d’interprétation marocain, sur des rythmes à mesures composées interférés par un "6/8" (rythme algérien dansant), l’artiste, encore dans ses premières expériences en solo, n’a pas manqué de surprendre dans des arrangements à rebondissements, orientant le choix du public plutôt vers l’appréciation.
"Dans mon travail de composition, j’essaye d’être authentique dans le contenu et moderne dans la forme" a expliqué Amine Dehane, ajoutant que "dans les répétitions, j’essaye de faire jouer à mes musiciens ce qu’il n’y a pas d’écrit sur les partitions". Allah ya Rabbi moulay, Bouliria nomade, Ah, mesloub el haq, Daoui, Am’ma, Saber, saber, Mel ed’denya, sont quelques titres qu'il a interprétés, sous le regard bienveillant de son père Mohamed Dehane, lui-même musicien, fondateur en 1972 de la formation "Ahl Diwane" dans la ville d’Oran. Dans Ziryabou, une chanson que l’artiste a dédiée à son fils, le rythme, lent, est joué sur une calebasse (sorte de demi-citrouille séchée qui produit un son ample).
Des improvisations, d’un niveau de grandes écoles, ont été exécutées ensuite par le batteur (époustouflant), puis le bassiste jouant au "Slap" (technique de jeu qui consiste en le pincement des cordes), au grand bonheur du public qui a longuement applaudi. Trompettiste chanteur, venu de Chicago, Boney Fields, faisant jouer l’expérience et le métier a littéralement enflammé le public de la salle Ibn Zeydoun, à Riadh El Feth, donnant, dès les premiers instants de sa prestation, de la voix dans la virilité des "Rhythm’n’blues" anglo-saxons. Les rythmes Rock, Soul, Blues, Funk, Disco et autres ont servi de support à l’artiste qui s’est érigé, avec sa voix rauque, en maître absolu de l’auditorium, incitant le public à se lever pour l’accompagner en tapant des mains. "C’est une soirée magique, regardez vous-même !, Tout le monde danse, c’est merveilleux !", a déclaré une femme. Reprenant, pour l’essentiel, les titres de son dernier opus "Changing for The Futur" (Le changement pour le futur), Boney Fiels a chanté, entres autres, "All the things you do", "Evry body knows", "Here we stand", "Freedom", étalant généreusement son savoir faire, et son énergie. Accompagné par "The bone’s project", un orchestre à plusieurs nationalités, le trompettiste-chanteur a aussi interprété "Touble on your mind", "Your mama and your papa", "Movin on up", "Ride to the city" et "Georgia of my mind" de Ray Charles notamment. "Les gens se défoulent bien, c’est une véritable thérapie, le spectacle est réussi", estime un spectateur venu en famille.

Gardiens des traditions ancestrales
Pour son avant dernier soir, mercredi, le festival a accueilli la troupe "Dendoune Sidi B’lel" de Ghardaïa et le couple malien "Amadou et Mariam" qui ont offert au public des moments de plaisir et de liesse, dans une mise en valeur du patrimoine algérien dans son africanité. En bons gardiens des traditions ancestrales, les huit membres de la troupe de Ghardiaïa sont entrés sur la scène de la salle Ibn Zeydoun à Riadh El Feth, honorant leur région tambours battant dans une cadence soutenue par le claquement imposant des karkabous. Sur des mélodies denses et envoûtantes, des figures chorégraphiques bien réglées, illustrant les sonorités amples du goumbri, ont été brillement exécutées, portées par la fraîcheur du chant dont la fin, loin d’être travaillée, échoue dans la spontanéité. F’touh, m’rahba, Laâfou, Wa laylah aylellah, Sellou aâla nabina, Baba Hammou, Bouderbala, Hamra ya Eddowaya, sont entre autres chansons interprétées devant un public chaleureux et conquis. "La soirée est superbe, nous sommes ravis de voir ce genre de musique, qui représente une partie de notre identité drainer autant de monde et s’enraciner davantage chez les jeunes surtout, c’est un magnifique retour aux origines !", dira un couple de spectateurs. L’ensemble "Dendoune Sidi B’lel" a gratifié le public d’un florilège de chansons mystiques, composées dans des gammes pentatoniques sur des rythmes ternaires qui augmentaient de plus en plus de vitesse et d’intensité respectant les rites du sacré et du profane qui caractérisent le genre. "C’est incroyable ce qu’on peut faire avec si peu de matériel à, ce genre de musique me plait car il tient sa force de son âme !", s’est exclamé un spectateur étranger, présent dans la salle, constatant les grand et petit tambours, le goumbri et les six karkabous. Bachir Daoud Bouras, au "dendoun ek’bir" (grand tambour), parlant de l’Association "Dendoune Sidi B’lel", dont il est également président, rappellera que sa formation est "une ancienne noblesse culturelle et folklorique de la ville de Ghardaïa qui a connu ses premiers moments d’existence à l’aube de l’indépendance". Parmi ses activités, l’Association "organise chaque année, la cérémonie de Sidi B’lel, originelle des palais antiques, elle a déjà participé aux festivals d’Alger, Ain Temouchent, Tiaret, Djelfa, Sétif, Mostaganem à et prépare actuellement son premier CD", a-t-il ajouté. D’autre part, le couple de musiciens et chanteurs malien Amadou et Mariam prolongeant l’élan déjà créé, ont quasiment enflammé la salle, dans un répertoire marqué judicieusement par un mélange des genres, permettant le voyage dans des rythmes africains, se mêlant avec d’autres anglo-saxons. Batoma, Ouari, Tje Ni Mousso, Africa mon Afrique, Kouloubali Massassi, Je pense à toi, Ma cité, ma ville (au rythme binaire doublé), Willy Tassasso et Un dimanche à Bamako, sont quelques unes des chansons qui ont arraché les nombreux spectateurs de leur sièges pour les inciter à se déhancher et faire la fête. "Vous êtes tous magnifique !" a lancé Mariam au public euphorique qui a envahi le devant de la salle, à l’avant scène et s’est mis à danser sous le regard appuyé de l’ambassadeur de l’Union européenne, présent à cette soirée. Annonçant chaque morceau dans une intonation enthousiasmante, Amadou, s’est quant à lui, donné du plaisir à faire le résumé de chacune des chansons qui évoquaient la vie quotidienne, les changements sociopolitiques au Mali, l'amour de l'Afrique et les ambitions individuelles.
Mourad Chouihi, Commissaire du festival, a noté avec satisfaction la "réussite de cet évènement" déclarant à l’APS que "nous prévoyons de compléter l’intitulé du festival lors de la prochaine édition pour qu’il devienne : « festival culturel international de la musique Diwane et Musiques du monde », avant d’ajouter : "La musique diwane peut parfaitement s’ouvrir sur d’autres styles de musique pour compléter la grande mosaïque que composent les cultures du monde dans leurs différences".

 

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