mercredi 25 avril 2018 13:13:19
D.R

La 22e Conférence régionale de la police internationale, Interpol, de la zone Afrique, qui s’ouvre à Oran ce mardi, intervient dans un contexte international des plus tendus, dont les répercussions se font sentir souvent de façon violente dans nombres de régions, notamment en Afrique où des groupes terroristes auparavant sans lien organique entre eux sont tentés, non seulement, de mettre en commun leur potentiel de nuisance, voire fusionner, mais aussi tisser des rapports de «bons voisinage» avec les réseaux internationaux de trafic de drogue qui ont trouvé dans le Sahel, par exemple, un no man’s land providentiel.

En plus de l’examen et de l’évaluation  des initiatives de renforcement des capacités de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes (y compris l’inévitable cybercriminalité) dans la région africaine, la conférence abordera, à travers les analyses de ses experts, trois grands dossiers : le terrorisme, la drogue et la piraterie maritime. Trois fléaux solidement ancrés dans ce continent. De ces trois dossiers mis sur la table de la conférence, celui du terrorisme sera, certainement, en haut de la pile tant il  représente, selon l’ensemble de la communauté internationale et des organisations (y compris Interpol), «la menace la plus sérieuse à la sécurité et à la stabilité en Afrique. Une menace, de nature complexe, transnationale, sournoise et évolutive». L’illustration terrifiante de cette multiplicité de facteurs et d’éléments qui donnent corps à ce terrorisme est, d’ailleurs, visible, au niveau de la façade sud de la bande sahélo-saharienne qui traverse l’Afrique d’est en ouest. Une large bande traversée d’extrémismes religieux servant de terreau à un terrorisme  transnational. Trafics d’êtres humains, de drogue, armes, circulation et prolifération d’armes légères et de petit calibre, criminalité transfrontalière organisée, etc., autant de phénomènes qui ne rendent que plus difficiles et complexes, les stratégies de leur élimination.

Fusion Task Force
Créé au lendemain des attentats du 11 septembre aux États-Unis, Interpol a mis en place Le Groupe Fusion. Il constitue l’une de ses machines de guerre essentielles dans ce domaine. Cinq lettres, «CBRNE», regroupent les actes de terrorisme commis au moyen de substances chimiques, bactériologiques, radiologiques, nucléaires et explosives. Ces cinq lettres se trouvent au centre  de l’action antiterroriste d’Interpol à travers le Groupe Fusion (FTF). Un groupe mis en place en 2002 pour faire face, voire contrecarrer ou anticiper la sophistication des modes opératoires des attentats terroristes internationaux. Plus de 240 officiers de contact désignés issus de plus de 120 pays composent ce réseau mondial Interpol de spécialistes de l’antiterrorisme. La formation en 2007 du groupe Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) a eu pour conséquence  l’augmentation du nombre d’attentats et d’enlèvements  avec demande de rançons. Une industrie du crime qui a tiré profit de la chute de Mouammar Kadhafi en Libye, en octobre 2011, avec le renforcement de ses rangs en combattants et en armements, grâce au pillage de ce pays.

Alertes Drogue via I-24/7
Le second dossier aura trait au trafic de drogue et à l’argent qui en est tiré. «Le commerce de la drogue, qui fait intervenir cultivateurs, producteurs, passeurs, fournisseurs, distributeurs et consommateurs, touche des êtres humains dans la quasi-totalité de nos 190 pays membres», indique cette organisation de police qui a mis en priorité, les types de drogue les plus communément consommés et qui font l’objet du trafic le plus important — le cannabis, la     cocaïne, l’héroïne et les drogues de synthèse —, ainsi que sur les précurseurs chimiques et les substances dopantes dans ses investigations. Le principal rôle d’Interpol dans le domaine du renseignement sur les drogues est toujours de cerner les nouvelles tendances du trafic et d’identifier les organisations criminelles qui opèrent à l’échelle internationale, et d’alerter ses Bureaux centraux nationaux (BCN) sur les activités correspondantes. Tout comme pour le terrorisme, Interpol dispose aussi d’outils, en publiant des Alertes Drogue via I-24/7 (un système mondial sécurisé de communication policière). En quelques minutes seulement, des informations et des images peuvent ainsi être diffusées aux BCN du monde entier, puis transmises aux services nationaux chargés de la lutte antidrogue. Sur le continent africain, un pays trône, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), à la première place des producteurs et exportateurs de haschich au monde.

Cartographie de la piraterie
Le troisième dossier, celui de la Piraterie maritime, est dicté, en quelque sorte, par l’actualité même. Ces dernières années, les attaques de navires dans le golfe d’Aden, au large des côtes somaliennes, et dans l’océan Indien, sont devenues plus fréquentes. El Moudjahid a d’ailleurs consacré un dossier à la question (édition du 16 mai 2013). L’Asie du Sud- Est, les Caraïbes, la Corne de l’Afrique, le golfe de Guinée, toutes ces zones sont prises dans l’étau de ce phénomène. L’ONU évalue à deux milliards de dollars par an, les pertes causées aux États riverains du golfe de Guinée, tandis que Human Rights Watch estime que le déplacement illicite du pétrole dans le Delta du Niger cause trois millions de dollars par jour de pertes. Le Nigeria perd 7% de ses revenus pétroliers. De vastes étendues maritimes sont ainsi concernées, ce qui rend la prévention de telles attaques extrêmement difficile. Le Bureau Maritime International estime le coût des marchandises volées en 2012 dans le golfe de Guinée dans une fourchette de 34 à 101 millions de dollars (25 à 75 millions d’euros). Les pays les plus concernés sont le Nigeria, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon et le Togo. La piraterie maritime touche les principales voies de navigation et met en danger la vie des marins et des professionnels de la marine marchande du monde entier, plusieurs centaines d’entre eux étant pris en otages chaque année. Des millions de dollars sont versés aux pirates pour payer les rançons. Interpol tente de dresser une sorte de cartographie de ces mouvements d’argent.
M. Koursi

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Une base de données unique
Avec 46 millions de données et 77. 000 identités répertoriées, Interpol a permis en 2012, 17,5 millions d’échanges entre ses pays membres. Tous les pays membres sont connectés à ce réseau. WikiLeaks et l’affaire Edward Snowden ont révélé l’existence d’uncyberespionnage mondial. Récemment, des décideurs mondiaux en matière de sécurité se sont réunis à Lyon dans ce qu’ils ont nommé un  “Davos de la sécurité” (Forum Technology Against Crime), parrainé la présidente d’Interpol, Mireille Ballestrazzi. Ce dossier sera aussi traité pour le cas africain à Oran. Fondée en 1962, la Conférence régionale africaine se réunit tous les deux ans dans une rencontre visant l’évaluation de l’état de la coopération policière et la lutte contre la criminalité transnationale.
On annonce la présence, bien évidemment, de hauts responsables d’Interpol, comme le secrétaire général et la présidente d’Interpol, Ronald K. Noble et Mme Mireille Ballestrazzi, et de hauts cadres de la Sûreté nationale, dont le sceau validera un  certain nombre de résolutions qui serviront comme feuille de route à prendre en compte dans la lutte contre la criminalité.
Cette conférence a pour objectif, la constitution d’une base de données exploitable entre les pays d’Afrique afin de combattre le crime transfrontalier sous toutes ses formes. Au cours de cette conférence dont on saura plus au cours de la conférence de presse prévue le jour de l’ouverture des travaux de l’organisation, il est prévu l’adoption de mesures adaptées pour combattre cette criminalité par le renforcement des canevas judiciaires et la formation spécifique des forces de sécurité.
Les recommandations adoptées à l’issue de la conférence régionale seront applicables et mises en œuvre au niveau de chaque pays, en conformité avec leurs propres réglementations et procédures nationales.
M. K.

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Interpol
Une ramification planétaire            
Forte de 190 pays membres, c’est l’organisation internationale de police la plus importante au monde. Son but est de permettre aux polices du monde entier de travailler en collaboration en mettant à leur disposition un appui technique et opérationnel. Il lui est interdit, toutefois, «toute intervention dans des questions ou affaires présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial». L’Organisation internationale de police criminelle (OIPC), mondialement connue par sa contraction anglaise (Interpol : International Police), est créée le 7 septembre 1923 dans le but de promouvoir la coopération policière internationale. L’Algérie intègre l’organisation en 1963. Son siège est basé à  Lyon.
L’Organisation compte également sept bureaux régionaux à travers le monde, ainsi que des représentations auprès des Nations unies, à New York, et de l’Union européenne, à Bruxelles. Chaque pays membre dispose d’un Bureau central national, dont l’effectif est composé de fonctionnaires hautement qualifiés de ses services chargés de l’application de la loi. Interpol est également actif dans la coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme.
Elle coopère avec des organisations internationales telles que les équipes de surveillance des activités d’El-Qaïda et des talibans mises en place par les Nations unies et le Tribunal pénal international.
M. K.

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Un projet régional dénommé « Al Qabdah »
Interpol a créé, en 2002, le Groupe Fusion (Fusion Task Force), pour lutter contre le terrorisme. Six groupes de travail régionaux ont été créés dans des régions considérées comme particulièrement exposées à l’activité terroriste : Projet Al Qabdah (Moyen-Orient et Afrique du Nord) ; Projet Amazon (Amérique centrale et du Sud) ; Projet Baobab (Afrique orientale, occidentale et australe) ; Projet Kalkan (Asie centrale et du Sud) ; Projet Nexus (Europe) ; Projet Pacific (Asie du Sud-est et îles du Pacifique). Une réunion de travail a lieu chaque année pour chacun de ces projets, permettant aux spécialistes concernés d’échanger des informations, d’étudier les tendances dans la région et d’examiner des cas concrets. Ces groupes de travail constituent une base opérationnelle solide à partir de laquelle des enquêtes peuvent être initiées et, à terme, des réseaux terroristes démantelés.
Al Qabdah, comme les cinq autres projets, a été mis en place pour «identifier les groupes terroristes et leurs membres opérant dans une région donnée ; demander, recueillir et échanger des informations et des renseignements ; apporter un appui en matière d’analyse ; renforcer la capacité des pays membres à faire face à la menace du terrorisme ; et recenser les officiers de contact des pays membres afin de pouvoir solliciter leur concours». Les pays participant à ce projet se réunissent une fois par an afin «d’échanger des informations, d’examiner les tendances et les problèmes qui se posent dans leurs régions respectives, et de se pencher sur des études de cas».   
M. K.

 

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