Bonnes feuilles : La communauté médiane

L’islam fixe des règles de vie commune, tout en reconnaissant la créativité humaine : « Il n’y a aucun mal à faire des conventions en sus de ce que la Loi prescrit.
PUBLIE LE : 09-08-2013 | 23:00

L’islam fixe des règles de vie commune, tout en reconnaissant la créativité humaine : « Il n’y a aucun mal à faire des conventions en sus de ce que la Loi prescrit. Dieu est Savant et Sage. » (14. 28). La ligne médiane signifie ici, d’un côté la solidarité et l’entraide, et de l’autre, dans le cadre de l’Etat de droit, la sanction positive et négative en fonction des situations. Dans ce contexte, la voie médiane à la fois interdit la vengeance et réfute le laxisme, car la sûreté et la paix durables sont des priorités. Elle recommande la concorde en toute connaissance : « Rien ne vaut la réconciliation.» (4. 128)

Par le DR Mustapha Cherif

La vision médiane pour une paix durable, par des moyens politiques, s’inscrit dans un projet de société juste, stratégique et civilisationnel. La paix civile nécessaire à la construction du vivre ensemble à besoin de justice et de dépassement de la situation conflictuelle, pour sauver toute société en péril. C’est la méthode de la voie de la rectitude, qui se hisse au-delà des limites.
Le dialogue, la concorde et la réconciliation, d’un côté, et la fermeté, de l’autre, pour ceux qui refusent le débat, sont des valeurs de la société civilisée et de l’État de droit. C’est ce que la voie médiane prône. La complexité des problèmes au sein des sociétés incite à l’élargissement du dialogue et de la participation de tous ceux qui acceptent le débat. Mobiliser toutes les bonnes volontés tracera le chemin d’une société responsable ; celle de la ligne médiane.
Le Coran condamne l’anarchie, la violence aveugle, la sauvagerie, d’une part, et, d’autre part, l’oppression et le despotisme. Il ordonne la justice ainsi que le respect des institutions et des autorités : « Ô croyants ! Obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent le pouvoir. En cas de litige entre vous, référez-vous en à Dieu et au Prophète, si votre croyance en Dieu et au Jugement dernier est sincère. C 'est là la démarche la plus sage et la meilleure voie à choisir. » (4.59).
C’est le symbole et l’expression de la médianité dans la société stable, la Cité juste. Contrairement aux préjugés, tant sur le plan théorique qu’au cours de son histoire, la religion musulmane n'a pas cherché à imposer ses valeurs et son mode de fonctionnement aux autres. Les atteintes à ce principe ne sont ni systématiques, ni courantes. Chacun est responsable de ses actes : « Ô vous qui croyez ! Vous n'avez à répondre que de vous-mêmes, et l’erreur d’autrui ne saurait vous nuire si vous êtes dans le droit chemin. C’est vers Dieu que vous retournerez tous et Il vous mettra alors en face de vos œuvres.» (5.105)

Les dérives
Les rigoristes donnent une image faussée de l’islam. Ces courants, extrémistes, violents, de diverses obédiences, qui entravent la liberté d’autrui portent atteintes à la lettre et à l’esprit coraniques. Ces dérives sont les produits des contradictions du système mondial dominant. Ils instrumentalisent l’islam, le défigurent idéologiquement, de manière sectaire, et s’inscrivent dans la lutte sauvage pour le pouvoir. En dépit de leurs prétentions, ils ne sont pas un mouvement de retour de la foi religieuse, mais une contrefaçon. Ce sont des avatars politiciens, qui trompent des franges désespérées parmi les peuples musulmans.

Leur vision de la religion et de la politique est rétrograde
Ils contredisent la ligne juste et sont incapables de résoudre rationnellement les problèmes concrets de la société. Au contraire, ils aggravent la situation de manière irrationnelle et opportuniste, en utilisant la violence aveugle et en faisant miroiter des solutions démagogiques au nom de la religion. Ils exploitent le désespoir d’une partie des masses.
Des puissances étrangères en tirent profit, les utilisent et les manipulent, comme « cheval de Troie », pour affaiblir les sociétés musulmanes. Le soutien insidieux que leur apportent ces puissances, dans un double jeu machiavélique, est une cause de leur percée dans plusieurs pays. Les violences et crimes que leurs ailes subversives commettent nourrissent la propagande du « choc des civilisations », pour faire diversion à la politique d’hégémonie. Il n’y a pas de courant «modéré» en matière d’instrumentalisation de la religion. Le Coran précise : « Ils détruisent leurs demeures de leurs propres mains.» (59.2)
Les musulmans et leurs élites théologiques à travers le monde se désolidarisent des groupes qui usurpent le nom de l’islam, mais les propagandistes anti-islam font fi de cela et de quinze siècles d’histoire. Ils pratiquent la surdité, veulent faire croire qu’il y a un lien, et, comble de l’absurde, prétendent que « si cette religion est instrumentalisée, c'est qu'elle est instrumentalisable. »
Alors que, depuis la nuit des temps, les plus beaux concepts et les plus belles causes, peuvent être contredits, défigurés et offensés par des courants qui abusivement s’en réclament et les trahissent.
A l’opposé des courants obscurantistes et sectaires, le Coran se veut libérateur et humaniste. Il exige le respect d’autrui, du droit à la différence, du pluralisme et l’attachement à l’unitaire, sans relativisme. Dans ce sens, le souci de la ligne médiane s’exprime par le fait qu’il vise l’articulation libre entre l’autonomie de l’individu et l’être commun, la communauté, le peuple, la société, et non point une interprétation contraignante archaïque et totalitaire des valeurs spirituelles.
En islam, le spécifique et le général, la liberté et la loi, s’accordent, l’un ne va pas sans l’autre. Dans le même verset où il exhorte à la justice, 1’islam condamne la démesure, l’extrémisme : « Dieu ordonne la justice, le bel-agir ; la libéralité envers les proches ; Il proscrit la turpitude, le blâmable, la démesure, l’extrémisme. Il vous exhorte, en attendant de vous que vous méditiez.» (5.90).

Piété et justice
Piété et justice sont étroitement liées. L’équité est exigée : « Vous qui croyez, assumez l’équité (observez la stricte vérité) témoignez de Dieu, fût-ce contre vous-mêmes, vos parents ou vos proches, qu’il s’agisse d’un riche ou d’un indigent, dans l’un comme dans l’autre cas, Dieu doit avoir la priorité. Ne suivez pas la passion plutôt que la justice. (Ne vous fiez pas à vos impulsions au détriment de l’équité.) Si vous portez un faux témoignage ou si vous refusez de témoigner, sachez que Dieu est informé de vos agissements. » (4.135)
À travers l’histoire, le monde de l’islam se voulait celui de la justice, symbole concret de la signification de la ligne médiane, même si des écarts entre théorie et pratique sont visibles, injustifiables. ll faut en rechercher la cause, qui a peu à voir avec la foi, malgré l’usurpation du nom. Le concept de communauté médiane implique qu’il n’y a pas de méfiance irréductible à l'égard des hors islam. Ceux qui sont hors de la communauté ne sont pas hors de l'humanité. Il n'y a ni exclusion ni exclusivité.
La méthode consiste à participer de manière commune et publique à la recherche de l’équilibre. Religion et monde, communauté médiane, la religion musulmane est préoccupée par les problématiques du sens et de la justice. Ce qui a amené des extrémistes à parler de « monde de la guerre » au sujet des nations non musulmanes, notion infondée et aujourd’hui désuète.
Le Coran fonde l’existence sur la liberté responsable et ne néglige aucun des aspects de l’humanité. Il se définit comme une Parole qui responsabilise et a pour but la totalité de l’humain, et partant de l’aider dans la mise à l’épreuve, à réaliser les liens, à les vivre de manière équilibrée et équitable.
En islam, le ciel n’écrase pas la terre, l’homme n’est pas ligoté de mille liens. La lecture idéologique de la religion et son instrumentalisation, par nombre de courants «radicaux» sont le contraire de l’islam de la communauté médiane. La recherche du bien commun pour toute l’humanité est un principe musulman fondamental, selon une parole du Prophète : « Le plus aimé de Dieu est le plus utile à Ses créatures. » (Bokhari, Muslim)
Le Coran laisse ouverts des espaces où la responsabilité du musulman peut et doit s’affirmer. Chacun de nous doit faire son examen de conscience : « Mais d’où leur viendrait cette prise de conscience soudaine, alors qu’un prophète au verbe clair et précis leur avait déjà été envoyé. » (44.13)
Créature privilégiée, libre, douée de raison et du cœur, représentant de «Dieu» sur terre, l’humain doit assumer ses responsabilités de manière raisonnable, en vue de l’équilibre et le bien commun. La foi musulmane ne vient pas imposer d’endurer la misère. Elle donne des repères éthiques pour affronter l’adversité : « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse le mal par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux. » (4l .34).
Dans ce sens, le Prophète recommandait de rendre le bien pour le mal. La ligne médiane offre une vision totale et juste du lien : la relation verticale de « Dieu » à l’homme et de l’homme à « Dieu », et la relation horizontale de l’homme à son prochain et du prochain à l’homme.
(Extrait de La communauté médiane, essai, Dar Houma, Alger, 2013, pages 38-43).
 


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