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Grandes figures de l’islam Al Hossain AI-Warthilânî (1re partie)

Parallèlement à sa riche Rihla (Ben Cheneb, 1907, Hadj Sadok, 1951), l’œuvre d’Al-Warthilânî demeure incontournable pour toute recherche portant sur la vie socioculturelle de l’Algérie précoloniale...

PUBLIE LE : 08-08-2013 | 0:00
D.R

Parallèlement à sa riche Rihla (Ben Cheneb, 1907, Hadj Sadok, 1951), l’œuvre d’Al-Warthilânî demeure incontournable pour toute recherche portant sur la vie socioculturelle de l’Algérie précoloniale, précisément à quelques décennies seulement de l’agression de 1830, soit l’une des périodes des plus déficitaires en sources, témoignages et publications en la matière, d’autant qu’il est question de secteurs géographiques particulièrement représentatifs de l’Algérie profonde, qu’il s’agisse de ceux de la naissance de l’auteur et de ses aïeux, proches et lointains, ou de ceux décrits par ses soins, soit respectivement une portion de la Petite Kabylie occidentale et tout un ensemble couvrant une bonne partie de l’Algérie orientale.
Aussi convient-il d’apprécier à leur juste valeur aussi bien ses écrits divers que les principaux centres d’intérêt de son œuvre majeure, la Rihla, même si ce genre littéraire est loin de rappeler son âge d’or (I.R. Netton, 1995, VIII : 545- 546). Ne fixe-t-elle pas l’attention sur certaines données et traits caractéristiques à même de rendre compte des facteurs tant de la longue résistance populaire soutenue contre la conquête coloniale que de la résistance culturelle poursuivie sans relâche contre la guerre d’usure ayant ciblé les constantes identitaires ? N’en va-t-il pas de même également du parcours même d’Al-Warthilânî ? Par son rang social, par son aura et son charisme n’a-t-il pas contribué à agir d’une façon ou d’une autre sur l’état d’esprit général d’alors et postérieurement ?

L’approche suivante s’articule autour des quatre points suivants :
- L’appartenance à la noblesse religieuse
- Une formation s’identifiant à celle du «post-ijtihadisme».
- Une œuvre marquée par «le post-ijtihadisme»
- La synergie de la résistance culturelle

I. L’appartenance à la noblesse religieuse
Replacé dans son véritable contexte socioculturel du XVIIIe siècle et davantage le contexte historique lointain, Al-Hossain Ibn Mohammed Sayyied Al-Charif Al-Warthilânî (1125-l193/ 1710-1779) constitue un authentique représentant de la noblesse religieuse. Il en est ainsi de ses attaches généalogiques et de sa culture, de sa piété et de son rang social, voire aussi des origines plus lointaines remontant à l’épopée des Kotama, la confédération de tribus ayant joué un rôle fondamental dans l’émergence des Fatimides et leur hégémonie. Ces Kotama furent les bâtisseurs du Caire à partir de 358/969, en développant et transformant sans cesse Fustât, la ville édifiée sur la rive orientale du Nil par les musulmans, près de la cité grécocopte de Babylone. (Ch.A.Julien, 1961, 11 : 52-64, F. Dechraoui, 1981 : 62).
Comme le souligne bien son patronyme, il appartient bien au Bani-Ouarthilâne, précisément l’éponyme de ces populations amazighophones encore très peu arabisées au XVIIIe. Mais toutes très attachées à la culture arabo-musulmane, populations fixées dans l’arrière-pays très accidenté de Béjaïa, plus exactement dans les pauvres terroirs de la rive gauche du cours moyen de l’oued Bou-Sallâm, affluent de la rive droite de la Soummâm, débouchant dans le golfe de l’ancienne capitale des Hammadites. De plus, toute cartographie à grande échelle souligne bien le repositionnement des Bani-Ouarthilâne, précisément durant ce XVIIIe siècle, par excellence siècle de l’avènement de la Râhmaniya, implantée à l’origine au sein des Aït Smaïl (Boghni), commençant à tisser tout un réseau de zâouïas, s’implantant de proche en proche à travers l’Algérie orientale, notamment à Constantine, Khanga Sidi Nadji, Tolga, jusqu’au Sud tunisien, à Nefta (PJ. André, 1956 : 267).
Quoiqu’il en soit, c’est à Guenzet qu’il est né en 1125/ 1710, soit à une quarantaine de kilomètres nord de Bordj Bou-Arréridj et à 10 km au sud de Zemmora, mais aussi et surtout assez proche d’un autre haut lieu si chargé d’histoire : la Kal’a des Bani Abbâs, la forteresse inexpugnable des Mokrani, les dignes représentants de la noblesse d’épée, les parents par alliance des Bani Ouarthilâne.
Autant de données géo-historiques structurantes valorisent à merveille cet espace, en le consolidant et l’élargissant sans cesse par la stratification de solides liens, tant matrimoniaux et de sang que de spiritualité. C’est ainsi que l’arrière-grand-père est originaire de Mila, ville située dans la mouvance directe de Constantine, l’antique et prestigieuse Milev, alors que son père à professé à Zemmora et que son épouse Aouicha est issue d’une tribu maraboutique, d’un père juriste, des Ouled-Darrâdj, collectivité fixée plus au sud-est, précisément au djebel Boutaleb, versant septentrional, surplombant la dépression creusée et façonnée par le chott Al-Hodna. De plus, contrairement à certains us et moeurs, Al-Warthilânî n’a pas hésité à décrire et à s’étendre sur les qualités et vertus de son épouse en la qualifiant ainsi de «pur-sang libre, auguste, généreuse, bonne, distinguée, noble et lettrée...». A dessein, il précise plus particulièrement qu’elle récite par cœur le quart du Coran, quelques litanies dont la Wadhya de Cheikh Zarroûk, voire une partie de la Rissâla d’Ibn Abi Zaid Al-Kaïrawânî...
De telles indications, s’appuyant sur des références biographiques bien déterminées, sont dignes d’intérêt et ne laissent nullement indifférent tout observateur averti. S’agissant de la gente féminine, de telles données revêtent une grande signification en incitant à plus d’esprit critique, d’autant que la famille de l’épouse est qualifiée de maraboutique. Est-ce alors pour faire apparaître le rapport de cause à effet ? Pas forcément comme on le verra.

II. Une formation s’identifiant au post-ijtihadisme
En précédant de quelques décennies l’agression coloniale, l’approche de la formation de base mérite une attention toute particulière, en permettant d’entrevoir et de déceler les ressources et capacités de résistance populaire, voire la convergence des forces multiformes s’opposant résolument aux différentes tentatives de dépersonnalisation et d’assimilation poursuivies durant de nombreuses décennies de la période révolue.
L’approche doit beaucoup aux investigations poursuivies par Ben Cheneb (1907) et reprises par Hadj Sadok (1951). En revanche, la notice biographique faite par Aboû-l-Qâcim Al-Hafnaoui (1907-1982)  n’offre aucun intérêt, car réduite à une surprenante hagiographie, truffée de superstitions et de charlatanisme, bien que son atlas biographique demeure généralement incontournable pour l’identification de nombre de personnalités.
Quoi qu’il en soit, par la force des choses, la formation d’Al-Warthilânî est étroitement liée à l’ambiance générale d’alors, imprégnée de principes de piété et de rigorisme régissant partout les familles, peuplant ces farouches montagnes. Partout, à l’instar de la population enfantine, le petit Al-Hossaïn a fréquenté sans défaillance l’école coranique ; dirigée par son père, cette dernière a dû se confondre avec la maison familiale.
Comme partout ailleurs, l’appel de la première prière du jour réveille gaiement les gens et prépare tout un chacun aux obligations quotidiennes, adultes comme enfants, ces derniers avant tout, pour rejoindre aussitôt la modeste cellule d’enseignement. C’est un petit abri généralement réduit à une seule pièce destinée à l’apprentissage par cœur du Coran dont le parterre n’est recouvert que d’une seule natte tressée de diss. L’apprentissage est fondé essentiellement sur la mémorisation, avec l’initiation passive à l’écriture, peu ou prou, suivant l’éveil des élèves.
Cependant, de par l’ancrage de solides traditions héritées de père en fils, le petit élève a dû s’acquitter à merveille de ses devoirs pour arriver à voler de ses propres ailes, en allant de proche en proche, d’une zaouïa à une autre. C’est bien le deuxième cycle qui va le détacher et le distinguer de ses émules. A force de persévérance et d’assiduité, c’est l’acquisition assidue et progressive de solides bases, à partir de deux disciplines de base que sont la grammaire et le droit musulman, en somme, tout ce qui a trait fondamentalement à la rhétorique et la rigueur du raisonnement, bases de toute excellence à l’époque.
S’agissant de la première discipline citée, l’étudiant a suivi le célèbre bréviaire Al-Ajroumiyya ou Alfiyya, traités composés en prose ou comprenant mille vers en radjaz, et relatif à la grammaire arabe. En fait, c’est la synthèse d’une autre œuvre plus volumineuse composée par les soins d’Ibn Mâlik (601-2 / 1124-5- 672/1274), auteur d’autres traités et un des grands spécialistes en la matière, une Alfiyaa qui a fait l’objet d’au moins 43 commentaires.
Or le jeune taleb (étudiant) ne s’est pas limité seulement à ce classique. Il a eu à s’imprégner d’un autre traité Qutr al-Nadâ, un traité de valeur élaboré et commenté par un célèbre fakih (jurisconsulte) et grammairien, Ibn Hichâm (708/ 1310 — 761 / 1360). Le même âlim est aussi l’auteur d’une œuvre d’envergure, Al-Mughni al-labîb, un exposé de syntaxe conduit en partant de chaque particule : conjonction, préposition, ou autre, œuvre tant appréciée et admirée par l’historien lbn Khaldoun. Une telle admiration a concerné cette œuvre, mais aussi le âlim lui-même, tant sa célébrité était grande. Quant au fiqh, discipline relevant par excellence d’une science caractérisant l’Islâm au plus haut degré, c’est aussi un autre classique, une référence chère aux Maghrébins, intitulé Al-Mukhtasar que d’aucuns appellent à dessein Al-Kitâb, l’œuvre de Khalil Ibn lshâk (mort au Caire en 776/ 1374, ou 767 ou 769 selon certaines sources). Comme le souligne bien Ben Cheneb (1975 1 996), «ce fàkih» est parvenu à mettre en valeur cette œuvre : «C’est le traité par excellence qui a valu une très large diffusion et valeur tant au Maghreb que dans tous les milieux mâlikites de l’Ouest africain», bréviaire demeuré pendant longtemps une référence dans tout l’Occident musulman. En fait, c’est un appellatif honorifique qui a fini par se confondre avec le nom de l’auteur : Sidi Khalil. Du reste, le cursus de notre taleb ne s’est pas limité à ces sources, puisqu’il s’est adonné à deux autres œuvres, la Rissâla et Al-Acimiyya, deux autres manuels de droit malikite, le premier rédigé par Ibn Abi Zaid Al-Qaïrawânî (310 / 922-386 / 996), chef de l’école malikite de Kairouan, «sa ville natale où son œuvre, ses dons littéraires, sa piété et sa fortune lui valurent très tôt un prestige considérable dans l’ensemble du monde musulman», tient à préciser l’un de ses biographes, H.R. Idris (1975 : 717).
Quant au second traité, il a été composé par un autre juriste malikite, Ibn Ãcim.
 

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