dimanche 16 juin 2019 08:59:36

Exemple d’un dialogue amical, Louis Gardet et la fraternité chrétienne : un double témoignage d’une très haute valeur (II)

Quant aux rapports avec l’ALN-FLN, on les entrevoit à partir de l’allusion faite à l’intervention du commissaire politique, le capitaine Si Hamdane auquel la publication est dédiée.

PUBLIE LE : 04-08-2013 | 0:00
D.R



Quant aux rapports avec l’ALN-FLN, on les entrevoit à partir de l’allusion faite à l’intervention du commissaire politique, le capitaine Si Hamdane auquel la publication est dédiée. En témoigne le bref récit relatif à la première rencontre qui a lieu à la Fratemité le dimanche 13 janvier 1957 entre le frère Saïd (Louis Kergoat) et le très jeune officier Si Abderrazâq durant deux heures. «Une conversation profondément fraternelle» a lieu en arabe, alors que Saïd a émis le souhait de parler avec un officier en français. L’officier s’exprime en «un français très élégant» et demande à Saïd d’user du français : «Faites tout ce qui vous est fraternellement possible.» (p.71), ajoute le même officier en conclusion d’une discussion poursuivie au sujet d’une demande de médicament.
C’est l’illustration éclatante de cette communion de pensée et d’action, la raison d’être de la Fraternité au sein de ce massif isolé, expression même de son idéal, formulée dès le début du récit par l’auteur : «Aimez-vous les uns les autres.» La réalité confirme l’observation, relevée en note 61 infra à la page 177, alors que l’armée d’occupation a fouillé la Fraternité ainsi que l’écurie attenante : «Jamais l’ALN ne se serait permis de fouiller (ainsi) la Fraternité et de briser les portes».
En revanche, à la suite de l’intensification des opérations militaires, la double cohabitation n’a pu survivre et la Fraternité a été évacuée en vertu de la recommandation expresse décidée par l’ALN au mois d’août 1958 : «L officier de l’ALN chargé de veiller à l’exécution, a compris ce que les frères représentaient pour la population et il s’est montré délicat, consolant les gens en leur disant que les frères reviendraient un jour.»
Après les recherches entreprises postérieurement par le frère Saïd, cette notification était de Si M’hamed Bouguera, le valeureux chef de la wilaya IV qui l’a prise en toute connaissance de cause, dans l’intérêt même de la Fraternité. En fait, c’était un retrait provisoire. Bien qu’éloignés de leur montagne et de ses populations, les frères l’ont intériorisée continuellement, en persistant à croire fermement à un retour proche. Saïd a même tenté «une montée» clandestine, à partirde Béni Haoua où il étouffait...  
En définitive, ce n’est qu’à l’approche du cessez-le-feu que le retour a pu se faire, abstraction faite de certaines difficultés, retour béni pour les uns et les autres, particulièrement pour l’un des objectifs majeurs de la révolution algérienne, tant attendu par cette montagne autarcique : l’ouverture de la première école, une école pas comme les autres, Saïd tient à le préciser :
«Ce qui facilita le démarrage de cette école en janvier 1963, c’est aussi le fait que, pendant la guerre d’indépendance, le Bissa, zone administrée par l’ALN, avait déjà eu une école. Une équipe remarquable de responsables de l’ALN avait commencé à construire l’avenir : début de réforme agraire, cours aux djounoud illettrés et école obligatoire pour les enfants. Si un enfant était surpris à garder le troupeau familial, ses parents étaient pénalisés.»
(A suivre)

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