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Hommage à Abderrahmane Chibane au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid : Une vie vouée à la culture et au savoir

Si le parcours du défunt cheikh Abderrahmane Chibane dans l’Algérie indépendante est connu, en raison des fonctions qu’il a exercées à la tête du ministère des Affaires religieuses son passé et ses activités au sein de l’Association des Oulémas, durant la période coloniale et son combat contre le colonialisme le sont moins.

PUBLIE LE : 29-07-2013 | 0:00
D.R

Si le parcours du défunt cheikh Abderrahmane Chibane dans l’Algérie indépendante est connu, en raison des fonctions qu’il a exercées à la tête du ministère des Affaires religieuses son passé et ses activités au sein de l’Association des Oulémas, durant la période coloniale et son combat contre le colonialisme le sont moins. Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid a rendu hommage, hier, à cet érudit, élève du cheikh Ibn Badis, à l’occasion de la commémoration du 2e anniversaire de sa disparition.

Ses amis cheikh Tahar Ait Aldjat, Mohamed Salah Seddik, ses compagnons Abdelhafid Amokrane, ses anciens élèves de l’Institut Ibn Badis, son frère Saïd, son fils Nawfel sont venus assister  à la conférence qui a retracé, a travers les témoignages des uns et des autres, l’itinéraire de cet homme qui a consacré 70 ans de sa vie à un seul combat, celui d’un islam purifié, la renaissance de la langue arabe et la patrie avant tout. Le cheikh Chibane appartenait à cette génération formée par les pionniers de l’Association des Oulémas.   L’enfant d’Echorfa était devenu par la suite un des gardiens de ce temple des nationalistes dont la majorité avait rejoint les maquis à l’image du colonel Amirouche, colonel Chabani... La relève dûment préparée avait permis par la même occasion au mouvement réformiste de survivre à la terrible épreuve du décès du cheikh Ibn Badis, ainsi qu’à l’internement du cheikh Bachir El Ibrahimi. Les figures de proue de cette seconde génération de cadres Oulémas officièrent pour la plupart au sein de l’Institut Ibn Badis à Constantine, à l’instar du cheikh Ahmed Hamani, cheikh Abdellatif Soltani, cheikh Ahmed Réda Houhou et bien sûr du cheikh Abderrahmane Chibane. Ses cours à l’Institut Ibn Badis étaient particulièrement prisés par les étudiants qui aimaient écouter le cheikh Chibane, accompagné de Réda Houhou, discourir sur la littérature égyptienne ou leur conter les nouvelles d’un Machreq alors en pleine effervescence. Pour l’anecdote, Réda Houhou, décrivait le cheikh comme un démocrate de pensée et un aristocrate de comportement. L’Association des Oulémas s’était pleinement engagée dans la lutte de Libération nationale.
Parmi les nombreux martyrs de l’Association, on doit notamment citer le cheikh Larbi Tébessi, président par intérim, Lamoudi, ancien secrétaire général de l’Association, ainsi que de nombreux enseignants, parmi lesquels Réda Houhou, El Aâggoun, Bouchama et cheikh Larbi Chérif. D’autres combattants ont succombé au cours de la lutte. L’Association a ainsi honorablement rempli sa mission au sein du Mouvement national algérien lors du combat libérateur. Cheikh Chibane n’a jamais cessé de combattre le colonialisme par la plume. Dans un article publié sur le journal El Bassair au mois de février 1956, il avait lancé un message aux autorités coloniales où il expliquait que la maturité du peuple algérien, la Nahda algérienne et la force militaire finiront par libérer le pays du joug colonial.  
La doctrine du combat pour la résurrection que mena le cheikh Chibane était simple « ce qui constitue une nation, c’est la foi, la culture, la fierté du passé. Tant qu’un peuple ne les a pas perdues, il est libre même s’il est enchaîné. »
Nora Chergui

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Ils ont dit

Cheikh Mohamed Salah Seddik, moudjahid, chercheur en sciences religieuses :
« Le mérite revient au défunt d’avoir réuni l’œuvre complète de Abdelhamid Benbadis »
A vrai dire, une solide relation d’amitié et de fraternité, vieille de 50 ans, me lie au défunt Abderrahmane Chibane. C’était un homme de grande culture, qui aimait beaucoup son pays, la langue arabe et l’islam. A cheval sur les principes, Abderrahmane Chibane est resté fidèle à cheikh Abdelhamid Benbadis, son modèle et président historique de l’Association des ulémas, au point où, dès son accession au poste de ministre des Affaires religieuses, après l’indépendance, il s’est engagé sans tarder à réunir l’œuvre complète laissée par le leader du mouvement réformiste algérien. Pour les générations futures, pour la postérité.

Dr Abdelkader Semmari, ancien ministre :
« Il a œuvré inlassablement pour la cause sacrée d’El Qods »
Tout d’abord, il faut commencer par s’incliner à la mémoire de cheikh Abderrahmane Chibane, une perte pour l’Algérie, l’islam et pour la nation arabe, considérant l’envergure importante de l’homme. Je l’ai connu au ministère de l’Education nationale lorsqu’il était inspecteur général chargé des programmes d’enseignement de l’arabe. Nous avons appris beaucoup de choses auprès de ce monument de la culture algérienne, notamment lors des séminaires de la pensée islamique, à travers le choix des thèmes traités et des personnalités invitées, ses diverses contributions.  Durant les années 1980 et 90, j’ai eu la chance de côtoyer cheikh Chibane lors de ses réunions avec le défunt Cheikh Mahfoudh Nahnah sur divers sujets comme le message de l’islam, la tolérance, la voie médiane, l’image de l’Islam… Je ne terminerai pas mon propos sans rappeler l’importance qu’il accordait aux problèmes de la Nation arabe, principalement la Palestine. Président de la section algérienne de l’association pour la sauvegarde d’El Qods, cheikh Chibane a œuvré inlassablement pour le triomphe de cette cause sacrée.

Pr Saïd Chibane :
« Mon frère a servi dignement son pays »
Mon défunt frère a passé sa vie à apprendre et à enseigner, en se mettant au service de son pays, sa religion et sa culture. Fidèle à son idéal, il a marqué son époque en laissant une œuvre considérable qui vient fort heureusement d’être rassemblée en 6 volumes. Dans ce contexte, il faut dire que mon défunt frère a été très actif durant sa vie, depuis son entrée à l’école, comme étudiant  en Tunisie avant de passer huit ans comme enseignant à l’institut Benbadis de Constantine. Ensuite, il a rejoint les rangs de la Révolution de Novembre, avant de quitter l’Assemblée constituante dont il était membre à l’indépendance pour devenir inspecteur général au ministère de l’Education nationale, chargé des programmes de langue arabe. Ministre des Affaires religieuses, il a œuvré inlassablement à la propagation de la science et du savoir, à travers la mise sur pied des séminaires de la pensée islamique et de diverses activités culturelles et religieuses à travers le pays. Il a redonné vie à l’association des ulémas algériens et à son journal El Bassaïr, avant d’obtenir, à la fin de sa vie, l’agrément pour le journal le Jeune musulman, organe de la jeunesse de l’association. Ceci pour dire qu’il a voué sa vie au développent de la culture et du savoir.
Propos recueillis par Mourad A.
 

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