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Qahwa fi goubli : Alger à jeun !

Redécouvrir Alger tôt le matin sous les crachins un samedi 13 juillet y a bien longtemps que cela ne m’était point arrivé. Et en période de jeûne l’expérience est encore plus saisissante.

PUBLIE LE : 13-07-2013 | 23:00
D.R

Redécouvrir Alger tôt le matin sous les crachins un samedi 13 juillet y a bien longtemps que cela ne m’était point arrivé. Et en période de jeûne l’expérience est encore plus saisissante. La capitale est donc là dans toute sa « matinalité » perdue. En promeneur solitaire flanqué de sa canne, désormais passée à la postérité, je fais le plein d’air iodé qu’une douce brise matinale expulse du large. Pourtant même cette magie des lieux n’estompe point l’irrépressible envie de reprendre langue au plus tôt avec un bon café « serti » d’une maudite clope… Alger dort encore sous juillet accompagnant toutes les grasses matinées du repos. C’est l’une des rares fois où je renoue contact avec les odeurs restantes de la capitale. Odeurs ? Chacun les prendra en fonction de son odorat… Car il y a les bonnes qui fondent comme neige au soleil sinon en voie de disparition, les moins bonnes de plus en plus pesantes et les mauvaises de plus en plus envahissantes…
Les camions de la ville d’Alger sont pourtant déjà passés. Tout le monde est encore couché à cette heure-là. Déjà qu’en temps normal Alger ne brille pas, que dire alors en temps de disette ? D’ailleurs le ramadhan lui-même n’est plus ce qu’il était : l’important disait un illustre homme aujourd’hui passé hélas de vie à trépas est de mettre de la joie dans les cœurs et non uniquement en façade… Comprenne qui veut ou qui peut… Parfois je regrette ma campagne si verdoyante et ses ramadhans d’antan si simples et si sobres dans l’humilité et la frugalité de l’instant. Aujourd’hui autres temps autres mœurs, n’est-ce pas ripaille et bombance au risque de mourir étouffés pour certains… Tandis que pour d’autres la vie continue se fichant peu ou prou de ce qu’il y a à se mettre sous la dent, le ramadhan pour eux signifiant d’abord piété. D’ailleurs il existe même un Mont-de-piété juste en face de la place émir Abdelkader… Et pourquoi justement là ? Hasard de l’histoire ou fait du prince ? Allez savoir… Au quatrième jour d’observance du jeûne en cette matinée d’un juillet décidé à alterner entre clémence et canicule jusque-là, Alger l’ex-blanche vire au gris en attente sans doute d’un autre fond de teint qui siérait tant à sa divine plastique… Car Alger à jeun sécrète encore le stress déjà si prégnant alentour… Il faut attendre que l’Adhan donnent tantôt le la d’une rupture nouvelle pour que la cité subitement se remette à vibrer et respirer par tous ses pores longtemps obstrués… Et là on redécouvre une capitale qui assume sa nostalgie celle où de jour comme de nuit elle ne perdait jamais de sa superbe… Mais tant qu’un mois sacré est sacré mois des sons et des lumières nocturnes alors on se dit que tout n’est pas perdu… Y compris peut-être cette quête éperdue de ce qu’on appelle le pain perdu… avant tout à l’heure de s’offrir en prime d’avoir résisté à moult tentations diurnes la fameuse galette des rois. Saha ftorkoum…
A. Zentar

 

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