dimanche 18 novembre 2018 20:37:27

Juste Algérienne d'EvelYne Safir Lavalette : Un témoignage poignant sur la déraison coloniale

Subdivisé en sept parties, le livre évoque, sous la forme de souvenirs et d'impressions épars, l'engagement de son auteur qui, très tôt, pressentit l'absurdité et la violence du système colonial.

PUBLIE LE : 03-07-2013 | 0:00
D.R
Subdivisé en sept parties, le livre évoque, sous la forme de souvenirs et d'impressions épars, l'engagement de son auteur qui, très tôt, pressentit  l'absurdité et la violence du système colonial. «C'est peut-être parce que j'ai grandi dans cette pureté absolue (...),  que le monde qui m'entourait m'a vite heurtée, choquée…
 
Dans Juste Algérienne, un témoignage paru aux éditions Barzakh, la moudjahida Evelyne Safir Lavalette évoque, à travers des textes écrits entre 1956 et 2013, son parcours de militante marqué par trois ans d'emprisonnement et d'internement psychiatrique dans un hôpital algérois durant la Guerre de libération.  A partir de textes littéraires, de poèmes écrits ou ressassés en prison et de fragments de journal intime, l'ouvrage sous titré «comme une tissure» en référence à un texte du poète et universitaire algérien assassiné en 1993, Youcef Sebti propose un regard sur plus de soixante-dix ans d'histoire algérienne, depuis les années 1930 jusqu'aux années 2000, en passant par la Guerre de libération (1954-1962). Subdivisé en sept parties, le livre évoque, sous la forme de souvenirs  et d'impressions épars, l'engagement de son auteur qui, très tôt, pressentit l'absurdité et la violence du système colonial.    
«C'est peut-être parce que j'ai grandi dans cette pureté absolue (...),  que le monde qui m'entourait m'a vite heurtée, choquée par ses cassures, ses compartiments, ce que je percevais avec mes yeux d'enfant comme un pays bizarre  sans que je comprenne alors qu'il était pétri du système colonial...», écrit-elle en souvenir des travailleurs algériens «irréels» et «transparents» de la ferme de son père dans la Mitidja.                   
Arrêtée le 13 novembre 1956 à Oran, Evelyne Safir Lavalette sera privée de ses droits civiques, frappée d'indignité nationale et condamnée à trois ans d'emprisonnement qu'elle passera à Oran, à Orléansville (Chlef) puis à la prison centrale de Maison Carrée (El Harrach, Alger). Le récit fragmenté de ses années d'enfermement revient avec pudeur sur les privations, les tortures, et les longs interrogatoires que l'auteure a subis,  mais aussi et surtout sur la solidarité entre les détenues politiques, comme  Zohra Drif et Djamila Bouhired, parmi les condamnées à mort, ou encore Annie  Steiner. L'auteure ne cite ces héroïnes que par les premières lettres de leurs prénoms.          
L'évocation de cette solidarité culmine dans Monologue d'une gardienne-chef, un texte d'une grande qualité littéraire, où la geôlière raconte l'impossibilité d'imposer le respect aux détenues qui se moquent d'elle, refusent d'obéir à ses ordres et exigent de se faire appeler «Princesse» suivi de leur  numéro de matricule, avant de répondre à l'appel....          
«Une tête carrée», le texte le plus poignant sans doute, revient sur  l'internement de psychiatrique  de l'auteure en 1959, à l'hôpital Mustapha où  elle est déclarée «aliénée mentale dangereuse» avant de subir vingt et un électrochocs,  administrés par un certain professeur Sutter. D'autres textes relatent l'exil en France en 1960, puis en Suisse, et  la tentative d'assassinat à Paris perpétrée par la «Main rouge» (Organisation  armée française chargée d'éliminer des indépendantistes algériens, marocains et tunisiens) à laquelle l'auteure échappera de justesse. 
Dans Les années quatre-vingt dix, Evelyne Safir raconte son vécu des  années de violence terroriste, tout en rendant hommage à la résistance des Algériens face à l'intégrisme et à aux intellectuels assassinés comme Abdelkader Alloula. Juste Algérienne contient également des photos de l'auteure à différente époques de sa vie ainsi que des reproductions de textes écrits en prison. Née en 1927, à Alger, dans une famille catholique conservatrice,  Evelyne Safir Lavalette rejoint le FLN (Front de libération nationale) en 1955, après avoir été tour à tour enseignante dans une école primaire à la Casbah d'Alger, syndicaliste au Cftc (Confédération française des travailleurs chrétiens), cadre au sein des scouts féminins puis membre de l'Ajaas (Association de jeunesse  algérienne pour l'action sociale). Agent de liaison de Benyoucef Benkhedda, qu'elle a connu à la revue Conscience maghrébine, elle héberge durant la guerre des figures du Mouvement national comme Larbi Ben M'hidi et Krim Belkacem. 
C'est Evelyne Safir Lavalette qui, en 1956, dactylographie l'appel à  la grève des étudiants et la lettre adressée à ses parents par Ahmed Zabana,  premier martyr guillotiné de la guerre de libération. Epouse de Abdelkader Safir (1925-1993), un des pionniers de la presse algérienne, Eveline Safir Lavalette est élue en 1962 à la première Assemblée constituante de l'Algérie indépendante puis à l'Assemblée nationale en 1964. Après avoir participé à la mise en place du système éducatif algérien, elle occupera à partir de 1968, jusqu'à sa retraite, diverses fonctions au ministère  du Travail et dans l'administration locale.
Fodhil Belloul (APS) 
 
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