lundi 23 septembre 2019 10:06:34

Guerre d’Algérie, Ali Haroun : “50 ans après, il est bon que le peuple français sache la réalité”

L’ancien dirigeant de la Fédération de France du Front de libération nationale, Me Ali Haroun, a affirmé hier à Paris que, 50 ans après, il est bon que le peuple français sache la réalité de la guerre de Libération nationale, à un moment où l’on continue de manifester dans l’Hexagone pour un "renouveau" d’une entreprise criminelle comme celle de l’Organisation armée secrète (OAS).

PUBLIE LE : 11-06-2013 | 23:00
D.R

L’ancien dirigeant de la Fédération de France du Front de libération nationale, Me Ali Haroun, a affirmé hier à Paris que, 50 ans après, il est bon que le peuple français sache la réalité de la guerre de Libération nationale, à un moment où l’on continue de manifester dans l’Hexagone pour un "renouveau" d’une entreprise criminelle comme celle de l’Organisation armée secrète (OAS). "Je pense qu’aujourd’hui, au moment où on manifeste un renouveau pour l’OAS, par l’érection de stèles honorant certains de ses acteurs, il est bon que le peuple français sache ce qui s’est passé à cette époque-là de façon à avoir une idée plus réelle de ce qu’a été la guerre d’Algérie", a-t-il dit, lors d’une conférence de presse sur les raisons de la réédition, 53 ans après sa censure en France, de La Pacification, un recueil de documents accablants sur la torture durant la guerre de Libération nationale. Commentant le titre de l’ouvrage, réédité en mai dernier aux éditions les Petits matins, Me Haroun a indiqué que le terme de pacification sous-tendait la paix.
"Ce n’est pas avec cela (allusion aux témoignages de torture et d’exactions de l’armée française) qu’on ramène la paix", a-t-il insisté, en soulignant les "excès commis par l’armée française" lors de cette guerre. Aux yeux de l’ancien responsable politique de la Fédération de France du FLN, il serait temps que, 50 ans après, "chacun assume cette histoire", affirmant que ce qui mérite aussi d’être signalé, du moins du côté de la Fédération de France du FLN, c’est le fait qu’il y ait eu une aide "importante de Français, minoritaires certainement, à la guerre de Libération nationale". "Cela témoigne du fait que la guerre d’indépendance avait des perspectives vraiment démocratiques et universalistes", a-t-il soutenu, ajoutant que "si le point de vue du FLN était xénophobe ou anti-français, il n’y aurait pas eu ces Français pour aider l’Algérie".
Il a rappelé, dans ce contexte, que Francis Jeanson, responsable du réseau éponyme de soutien au FLN, déclarait souvent qu’il était Français et que c’était en tant que tel qu’il soutenait la cause nationaliste. "Il faut le reconnaître. Aujourd’hui, si on revendique la vérité (sur la guerre d’indépendance), on revendique le fait aussi qu’il y a des Français qui ont payé un lourd tribut pour que l’Algérie soit indépendante. Leur seul tort : c’est d’avoir eu raison trop tôt", a-t-il souligné. L’Etat français persiste dans le déni. Le premier éditeur de La Pacification, Nils Anderson, a, de son côté, affirmé que, devant les manifestations de la droite colonialiste tendant à réhabiliter les assassins de l’OAS, il est un "devoir de s’y opposer et de montrer, au contraire, les valeurs qui étaient défendues de l’autre côté".
"La France est profondément marquée par la guerre d’Algérie. Elle n’en est pas sortie parce qu’elle fait le silence. Il y a un déni" de la vérité sur ce pan de l’histoire, a-t-il dit. Pour le fondateur de la Cité-éditeur, qui a publié pour la première fois en Suisse La Pacification, le 10 février en 1960, ce déni a une raison "très simple". "C’est le fait que les jeunes appelés en Algérie en soit revenus traumatisés et, le plus souvent, silencieux", a-t-il opiné, signalant les "petites concessions" sur le 17 octobre 1961, ainsi que sur la torture, jugées parfois immorales. "Mais, dans le fond, la guerre relève toujours du déni", a ajouté l’éditeur-militant.
Pour Patrick Farbiaz, du collectif « Sortir du colonialisme », coordinateur éditorial de La Pacification, la guerre d’Algérie "n’a jamais été soldée" dans les mémoires. "Bourreaux et victimes sont toujours mis (en France) sur le même plan", a-t-il déploré, ajoutant que l’autre raison qui a poussé à rééditer le livre c’est l’importance du débat actuel sur ce qu’il a qualifié de "Nostalgérie". Il a rappelé, à cet effet, l’hommage officiel rendu le 7 juin dernier à Aix-en-Provence à deux commandants Delta de l’OAS, qui avaient perpétré des crimes en Algérie et en France. "C’est une mémoire prégnante.
Nous ne sommes pas simplement dans la seule commémoration historique", a alerté le militant anticolonialiste, signalant qu’il existait une guerre des mémoires sur la guerre d’Algérie. Réalisé par la Fédération de France du FLN et signé par Hafid Keramane, qui occupait le poste officieux d’ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne à Bonn, La Pacification relate, sur la foi de documents de concernés ou de leurs avocats, les tortures, les exécutions sommaires, les incendies de villages durant les sept ans de la guerre d’indépendance nationale. Y figurent principalement les témoignages de la combattante Djamila Bouhired, du journaliste et anticolonialiste Henri Alleg, d’Henri Rolin, avocat du syndicaliste Aissat Idir, ainsi qu’une déclaration du Comité Maurice Audin battant en brèche la thèse officielle de "l’évasion" du militant français acquis à la cause nationale, et dans laquelle il est notamment affirmé qu’après avoir été torturé, le corps de Maurice a été "inhumé à la caserne Fort l’Empereur", sur les hauteurs d’Alger. Pour la Maison d’édition les Petits matins, "la republication de La Pacification ne tient pas seulement au fait qu’il s’agit d’une pièce historique majeure, mais parce qu’il témoigne du rôle capital qu’a pu jouer l’édition durant la guerre de Libération nationale". "Un rôle de révélation des faits et de prise de conscience. Un rôle de résistance", admet-on.

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions