D.R
En offrant une navigation complète sur le web, sans réduire l’angle de vision des programmes en diffusion ni l’accès aux autres services disponibles sur les écrans de télévision, le nouveau service de Google tend à mettre tous les contenus à portée de la télécommande et inaugure une nouvelle façon de pratiquer l’écran de télévision au coin de son salon. Encore une avancée en matière de convergences, en attendant que soient vérifiées les hypothèses sur le modèle économique à faire valoir.
La bataille de la connectivité amorce un grand virage avec l’expérience lancée tout récemment par le moteur de recherche Google. Le groupe internet Google a lancé une offensive médiatique ces dernières semaines , avec des pages de publicité, un nouveau site et l'ouverture d'un blog, pour présenter son système "Google TV" qui permettra de regarder sur un même écran les chaînes de télévision et les programmes de l'internet.
Sur un blog qui lui est dédié, un responsable de ce nouveau produit, Ambarish Kenghe, a expliqué que "des appareils fonctionnant avec Google TV vont faire leurs débuts ce mois-ci", avec des téléviseurs et lecteurs de DVD Blu-Ray de marque Sony et des décodeurs Logitech.
Côté programme, Google a expliqué que plusieurs poids lourds de la télévision américaine, Turner Broadcasting (groupe Time Warner), NBC Universal et HBO (groupe Time Warner), ainsi que l'organisateur du championnat de basket la NBA, travaillaient à des applications pour optimiser la réception de leurs chaînes sur le nouveau système.
Parmi les grands noms du web, Amazon et Netflix fourniront des films à la demande, tandis que les journaux New York Times et USA Today, les diffuseurs de musique comme Pandora, Vevo et Napster, ou encore le site de microblogs Twitter travaillent à l'expérience.
"Les gens 'tweetent' sur les émissions de télévision au moment où ils les regardent. De leur côté les médias trouvent de plus en plus de nouveaux moyens d'incorporer les 'tweets' dans leur programme", ont fait valoir des responsables de Twitter sur leur blog officiel pour annoncer "Twitter pour Google TV": "cela amène Twitter sur une plate-forme qui marie l'internet et la télévision dans une seule expérience".
En mai, Google avait indiqué que le fabricant de microprocesseur Intel, l'éditeur de logiciels Adobe, le distributeur Best Buy et le bouquet satellite Dish Network étaient également partenaires de Google TV.
Les nouveaux appareils offrant cette fonctionnalité arriveront sur un marché où existent déjà plusieurs téléviseurs connectables à internet.
[Le grand virage technologique]
Après les émissions en haute définition et les images en 3D, les téléviseurs entament cette année leur troisième mutation avec la télévision connectée. Le concept n'est pas nouveau: une quantité de postes sont vendus depuis un certain temps avec une prise réseau qui permet d'accéder à des services sur le Web ou de diffuser des films stockés sur les ordinateurs de la maison. Ce qui est nouveau, c'est l'émergence de standards qui vont harmoniser les services interactifs sur le téléviseur. Jusqu'à présent, chaque constructeur proposait son propre portail, réservé exclusivement à ses clients, avec des contenus issus de partenariats divers. Samsung a développé ainsi un service baptisé Internet@TV, Panasonic la plate-forme Viera Cast, Sony la fonction Internet TV, LG un bouquet de services fourni par Orange, et Philips, Sharp et Loewe ont créé ensemble un portail baptisé Net +.
L'arrivée de la norme européenne HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband TV), qui sera intégrée aux téléviseurs dans les mois à venir, permettra au téléspectateur de profiter d'une offre de services homogène et d'interagir avec certains contenus. En actionnant un bouton de la télécommande, on pourra ainsi participer aux sondages des journaux télévisés, voter pour un candidat d'une émission de télé-réalité, mais aussi afficher des informations complémentaires sur un reportage, des statistiques pendant un match de foot ou la fiche technique d'un film. La connexion à Internet offre de nouvelles perspectives au téléspectateur, qui ne se contentera plus de consommer passivement les images. Passionné par une émission, il pourra consulter le site Web qui lui est consacré sur sa télé, sans avoir à allumer son ordinateur, ou encore commander directement un produit pendant la diffusion de sa publicité.
Le constructeur LG a présenté dernièrement un téléviseur répondant à cette norme. En démonstration, une émission culinaire. Pour suivre pas à pas la recette, on peut mettre en pause le sujet vidéo, puis le reprendre plus tard. Une icône permet d'afficher la liste des ingrédients, une autre d'envoyer la recette à son adresse e-mail ou encore de partager le programme avec des amis sur Facebook ou sur Twitter.
Le principe est assez simple. Maintenant que les téléviseurs sont devenus des ordinateurs (avec un processeur, de la mémoire, une carte graphique, des décodeurs numériques et un système d'exploitation), il suffit de leur ajouter un programme qui va interpréter les instructions HTML et Java (comme sur le Web) incorporées dans les signaux de la TNT. La présentation des informations est alors simplifiée et optimisée pour l'affichage sur le téléviseur. Mais toutes les fonctions des sites Web sont disponibles.
Si toutes les grandes chaînes de télévision soutiennent cette norme, une partie des fabricants de téléviseurs a décidé de l'intégrer rapidement à leurs produits. Outre LG, Loewe, Philips, Toshiba et Sharp devraient lancer les premiers postes compatibles au début de l'année prochaine.
C’est dans ce contexte que le constructeur japonais Sony a expérimenté cette autre conception de la télévision interactive. Il a en effet passé un accord avec Google pour être le premier à lancer un téléviseur intégrant la technologie Google TV, le Sony Internet TV, déjà vendu aux États-Unis et disponible l'an prochain en France. Au menu : toutes les applications Google (moteur de recherche, messagerie, cartographie, etc.) spécialement adaptées pour un écran de télévision, ainsi que des services de vidéo à la demande. On peut même surfer sur le Web tout en conservant l'image de l'émission en cours dans une petite fenêtre. Derrière l'électronique, c'est le système Android de Google qui mène la barque. D'où la possibilité d'alimenter le téléviseur en nouvelles applications, pour suivre les cours de la Bourse, consulter la météo, retrouver un programme TV par mot-clé ou… jouer.
[Ruée sur les options de connectivité]
Le souci de la connectivité donne du fil à retordre à tous les constructeurs de téléviseurs, qui se sont lancés dans une course "aux options" au point où l’on se retrouve avec quatre grandes catégories de services accessibles sur les fameux téléviseurs connectés à qui tout le monde prédit un avenir radieux .
La HbbTV ou Hybrid Broadcast Broadband TV. Il s'agit d'un télétexte nouvelle génération permettant aux chaînes de proposer, autour des programmes diffusés, différents types de contenus ou services interactifs, dynamiques et participatifs. Totalement indépendante des partenariats noués entre les fabricants et les fournisseurs de contenus, la HbbTV permet donc d'habiller les programmes TV et de les rendre plus ludiques. Ainsi, pendant la diffusion d'une émission culinaire, il sera possible d'accéder en surimpression du programme à une interface proposant un résumé de la recette en cours, la liste des ingrédients et d'autres vidéos.
Pour les films ou les séries, il s'agira d'accéder à des biographies ou des filmographies, ou aux bandes-annonces de certains films. Sur les JT, il sera aussi possible de voter en temps réel et d'accéder en différé aux sujets diffusés. Avec également la possibilité pour les chaînes de jongler avec des publicités interactives, de proposer des jeux, de vrais guides des programmes, un service de VoD ( vidéo à la demande) et de permettre aux téléspectateurs de partager certains contenus sur Facebook ou Twitter. Plusieurs fabricants ont déjà manifesté leur intérêt pour ce dispositif dont LG, Loewe, Toshiba, Philips et Vestel. Et certaines chaînes françaises dont France Télévision et Arte sont aussi intéressées. Le lancement des premières téléviseurs compatibles et l'inauguration du service est prévu en mars 2011.
La Google TV est un peu différente. Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'embellir ni d'enrichir les programmes, mais d'offrir un accès complet à Internet via une plate-forme logicielle propriétaire intégrée aux téléviseurs ou à certaines box. Celle-ci inclura tous les outils et technologies Google via une interface adaptée aux téléviseurs. Il y aura donc accès à Google Chrome pour les recherches en ligne, à une boutique d'applications comme sur les smartphones Android, avec, en prime, la possibilité d'utiliser son téléphone mobile comme télécommande, de créer une page d'accueil personnalisée sur son téléviseur, de jongler entre les contenus Web et la télévision via une fonction PIP ou encore d'enregistrer des programmes (pour des abonnés américains seulement, pour le moment).
Les widgets et les plate-formes de services en ligne constituent une troisième approche. Plus fermée cette fois-ci, car les services proposés sont fonction des accords de partenariat noués par le fabricant. Aujourd'hui, chaque fabricant propose donc sa petite plate-forme d'applications en ligne sous différents noms (AquosNet, NetCast, VieraCast, Internet Bravia Video, etc.), mais on retrouve grosso modo, la même chose chez tout le monde. YouTube, Picasa, Eurosport, des actualités (via Yahoo! ou autres), des prévisions météo (via Accuweather ou autres), de la catch-up TV (télévision de rattrapage ou replay tv) et de la VoD (Canalplay, VideoFutur, Qriocity, Acetrax, etc.). A chacun sa petite spécificité pour des services globalement identiques.
Enfin, il est à noter que comme avec Google TV, certains téléviseurs auront également la possibilité d'accéder librement à Internet, sans passer par des plate-formes ou des services particuliers, et ce, grâce à l'intégration d'un navigateur Web adapté. Loewe et Toshiba ont, par exemple, déjà annoncé que certains de leurs prochains téléviseurs intégreraient le navigateur Opera et pourront donc surfer sur le Web à partir de la télécommande. Dans quelles conditions exactement ? Difficile à dire pour l'instant. Les experts espèrent simplement que l'expérience sera plus agréable que sur la PS3 par exemple qui, du côté de la navigation en ligne et de son ergonomie, n'est vraiment pas au point.
Reste que selon certains analystes, cette « connectivité » nouvelle génération n'est qu'un argument supplémentaire pour valoriser des téléviseurs dont la qualité audio/vidéo est en train de baisser au profit de l'équipement. Alors d'accord, ces services en ligne seront d'ici quelques années intégrés de série sur la plupart des téléviseurs, mais que personne ne sait s'ils seront vraiment utilisés. Car, convenons-en, une télécommande pour naviguer sur Internet et faire des recherches, c'est loin d'être la panacée...
[Les sceptiques font la moue]
Car, estiment les sceptiques, après tout, un téléviseur connecté ne propose pas grand-chose de très nouveau. Pour le moment, on doit se contenter d'un accès à YouTube, à Picasa, à des services d'informations (actus, bourse, météo, trafic routier, etc.), à quelques applications originales (celles notamment du portail NetTV) et à de la VoD. Ce qu'offrent déjà la plupart des FAI, via leur box ADSL. Puisque de toute façon pour connecter un téléviseur à Internet, il vous faut un abonnement et une box, pourquoi aller se fatiguer à intégrer le téléviseur au réseau, si c'est pour profiter de services dont vous disposez déjà ? Que ce soit Canal+ avec son terminal +LeCube, la Freebox, la Neufbox ou une autre, toutes permettent déjà d'accéder à des services de VoD, à un guide des programmes et à de la catch-up TV.
Quant à YouTube, Picasa, aux infos météo et aux actualités, il est bien plus facile et plus agréable d'en profiter sur son ordinateur que sur son téléviseur. D'autant que tous les téléviseurs actuels sont équipés d'une entrée VGA permettant justement de brancher l'ordinateur et d'être utilisés comme moniteur informatique. Et là, tout devient à portée de clic: la VoD, les jeux en ligne, les recherches sur Internet, les Web TV, les services de TV de rattrapage, etc..
Et puis, si le fait de connecter le PC portable au téléviseur pose un problème, YouTube, Picasa, Facebook et consorts restent aussi accessibles, en WiFi ou en 3G, depuis l'iPad ou une autre tablette tactile et depuis n'importe quel smartphone. On peut donc légitimement se demander en quoi ces téléviseurs connectés apportent quelque chose de nouveau ? Ils simplifient la vie, répondent en chœur les constructeurs. Réplique des sceptiques; c'est qu'ils n'ont pas passé leurs soirées à rechercher des vidéos sur YouTube avec la télécommande du téléviseur et le clavier virtuel affiché à l'écran. C'est vite fastidieux et lassant. Et puis, cet écosystème d'applications TV apparaît rapidement limité. Car s'ils sont bel et bien connectés, ces téléviseurs ont malgré tout un champ d'action assez restreint, faute de navigateur Internet intégré.
Mais apparemment les choses devraient aussi changer de ce côté-là avec le lancement de téléviseurs équipés d'un vrai navigateur Internet et donc capables de surfer en ligne comme n'importe quel ordinateur; ce que justement vient de faire Google. Et au fait, sur quoi seront stockés les médias et contenus téléchargés ? Sur un malheureux gigaoctet de mémoire. C'est trop peu. Il faudra donc adjoindre au téléviseur un disque dur USB externe pour pouvoir être vraiment à l'aise. Mais à ce tarif-là, pourquoi ne pas tout simplement opter pour un ordinateur ? Le clavier, la souris ou le pavé tactile restent quand même bien plus pratiques que la télécommande. Connecter les téléviseurs à Internet, et offrir aux utilisateurs différents services directement accessibles sur l'écran. Telle est la nouvelle lubie des constructeurs de TV, jamais à court d'imagination lorsqu'il s'agit d'ajouter de nouvelles fonctions à leurs appareils.
Qu'est-ce que cela apporte vraiment ? Comment cela fonctionne-t-il ? Quels sont les contenus disponibles ?
K. T
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