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M. Yelles, directeur général du CRAAG, à El MOUDJAHID : “Ni alarmisme ni fatalisme...”

Un séisme de magnitude 5,5 sur l’échelle ouverte de Richter a secoué la ville de Béjaïa, et a été également ressenti bien au-delà de cette wilaya, provoquant un mouvement de panique et quelques dégâts matériels.

PUBLIE LE : 21-05-2013 | 0:00
D.R

Un séisme de magnitude 5,5 sur l’échelle ouverte de Richter a secoué la ville de Béjaïa, et a été également ressenti bien au-delà de cette wilaya, provoquant un mouvement de panique et quelques dégâts matériels. Ce mouvement est normal, de l’avis du directeur du CRAAG, puisque le sol vibre de manière constante avec une fréquence oscillant entre 70 à 100 secousses par mois. Cela est dû au frottement perpétuel des plaques tectoniques eurasienne et africaine. 90% de ces ondes sismiques ne sont pourtant pas ressenties par la population. Pas de panique donc, rassure le premier responsable du centre, d’autant plus que toutes les leçons ont été tirées. Entretien…

L’épicentre de la secousse a été localisé en mer à 20 km au nord-est de la wilaya de Béjaïa. Le mois dernier, un autre séisme d’une magnitude de 2 sur l’échelle de Richter a été également enregistré à Bordj El-Kiffan, à quelques kilomètres d’Alger ; un autre séisme a été ressenti à Oran au cours de ces derniers mois, cette activité sismique est-elle normale ?
L’ activité sismique observée ces deux derniers mois à travers le pays est tout à fait normale. La terre tremble généralement en Algérie sans pour autant se dérober sous les pieds des habitants. Le sol vibre de manière constante en Algérie avec une fréquence qui va de 70 à 100 secousses par mois, et 90% de ces ondes sismiques ne sont pas ressenties par la population. C’est une activité permanente qui traduit un processus continu qui s’explique par le frottement perpétuel des plaques tectoniques eurasienne et africaine, et dans certaines zones l’accumulation de l’énergie est plus importante que d’autres. Toutefois, il ne faut être ni alarmiste ni fataliste ; l’Algérie est classée dans la zone des activités sismiques modérées, et il faut intégrer cette réalité et accepter ce phénomène, particulièrement dans la région du Nord. Le CRAAG dispose d’une carte sismo-tectonique dont les données sont continuellement mises à jour. Mais l’action majeure entreprise dans le domaine reste celle de l’exploration et de la sensibilisation ; nous insistons et nous axons toutes nos actions sur la prévention. Une stratégie nationale en matière de prévention est appliquée sur le terrain par tous les secteurs concernés.

On commémore le 10e anniversaire du terrible séisme de Boumerdès. Pensez-vous que toutes les leçons ont été tirées de cette catastrophe ?
À chaque secousse tellurique, on tire de nouvelles leçons et on met à jour les données existantes. L’étude de chaque secousse permet de compléter les informations dont nous disposons. Ainsi, le code parasismique doit suivre l’évolution des données liées à cette activité sismique. Des travaux de recherche sont effectués de manière constante et régulière de sorte à avoir toutes les informations possibles et nécessaires pour la prévention. À part la prédiction, on tente à chaque fois de répondre à un certain nombre de questions, comme par exemple : où, quand, comment et pourquoi. Ainsi, on est arrivé à des certitudes scientifiques et à expliquer cette forte activité sismique dans la partie nord du pays. Il faut comprendre le contexte géodynamique de la région. En effet, le rapprochement des plaques africaine et eurasiatique dans la région méditerranéenne fait de l’Algérois, le siège d’une activité sismique. Ce rapprochement entraîne la déformation des formations géologiques et s’exprime tout d’abord dans la région marine où plusieurs failles actives ont été récemment mises en évidence par des campagnes marines effectuées entre 2003 et 2005. Dans la région continentale, les déformations sont essentiellement concentrées sur le pourtour du bassin de la Mitidja, au niveau de la région du Sahel pour la partie nord ou au niveau de la bordure sud du bassin. La convergence des deux plaques provoque par ailleurs un phénomène de soulèvement de la côte, comme cela a pu se produire durant le séisme de Boumerdès. Il est impossible de faire des prédictions à court terme, mais la prédiction à long terme est là. Il existe une cartographie sismique précise où sont recensés les différents points à haut risque. Le respect des règles parasismiques et l’adoption de certaines techniques dans la construction sont à même de réduire considérablement ce risque. Il faut donc intégrer ce risque dans le développement durable.

Justement, le CRAAG a-t-il tracé, à travers toutes les données en sa disposition, un schéma d’aménagement urbain ; et si c’est le cas, ce schéma est-il respecté par les parties concernées ?
Le travail de sensibilisation et de prévention que nous faisons sur le terrain est un travail de longue haleine qui nécessite un énorme effort, car il faut mobiliser plusieurs secteurs et lutter contre l’oubli. Il nous faut faire un travail de rappel constant et en permanence du plus haut niveau jusqu’à l’exécutant, essentiellement pour le secteur de l’Habitat. Le CRAAG a identifié ce qu’on appelle les zones NON EDIFICONTE, autrement dit les zones non urbanisables qui s’étalent jusqu’au Sud. Les institutions de l’État ne posent pas de problème quant au respect de ce schéma, ce sont plutôt les autoconstructeurs qui dérogent à la réglementation, même en matière de respects des règles parasismiques, et ne consultent ni architectes ni bureaux d’études. Ces personnes doivent être conscientes des dangers qu’ils font encourir à leurs familles. Il est important de responsabiliser l’acte de délivrance du permis de construction à tous les niveaux, parallèlement à l’impératif d’investir dans la réalisation de constructions durables, solides et sécurisées afin d’en prévenir et de réduire autant que possible les dommages matériels et humains, et faire une économie de frais de constructions onéreux, au niveau des zones classées à risque sismique (de niveau 3), comme c’est la cas du littoral du pays.

Le CRAAG a-t-il les moyens matériels logistiques et scientifiques pour mener à bien tout ce travail d’observation et de suivi de l’activité sismique ?
Le réseau de surveillance sismique algérien est composé des 80 stations d’observation, 35 stations du réseau télémétré et 45 stations digitales acquises récemment. Ce réseau couvre aujourd’hui, la  plus grande partie de la région nord du pays, là où se produit la plus grande activité du pays, mais aussi dans la région de Tamanrasset où une station est localisée au niveau de l’Observatoire de Tamanrasset.
D’autres projets sont en cours et sont appelés à renfoncer ces 80 stations actuellement opérationnelles sur le territoire national, ces investissements participant à la politique de l’État visant à appuyer les efforts du CRAAG, en vue d’une meilleure maîtrise et compréhension de ce phénomène naturel complexe afin d’en prévenir et de réduire autant que possible les dommages matériels et humains. Les avancées réalisées par le CRAAG, ces dernières années, nous ont permis de relever que ce phénomène (séisme) s’étend particulièrement sur toute la bande de la zone est-ouest du pays en passant par le centre, où il est enregistré près d’une centaine de secousses/jour. Il a été aussi mis en place, l’année dernière, une «délégation au risques majeurs», qui est une institution de l’État chargée de coordonner, d’évaluer et d’appliquer la stratégie nationale d’évaluation des risques. Cette institution se met actuellement en place. Notre ambition est d’arriver à avoir un «Monsieur» risque, à travers les localités et les communes, et un responsable de risques qui prendra en charge l’élaboration des PER (plans d’exposition des risques) dans chaque wilaya. On souhaiterait aussi qu’on forme des gestionnaires des risques, qu’on forme des mastères et des docteurs en risque… et d’arriver à démultiplier nos centres à travers le territoires national.
Entretien réalisé par Farida Larbi

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