jeudi 23 janvier 2020 16:53:40

Bourse : La disponibilité des financements entrave son émancipation

Seize années après sa mise en place, la Bourse d’Alger ne compte aujourd’hui que seulement trois titres, un nombre insignifiant, selon des opérateurs économiques, qui expliquent cette situation par d’énormes liquidités monétaires et le peu d’attractivité du climat des affaires.

PUBLIE LE : 14-04-2013 | 0:00
D.R

Seize années après sa mise en place, la Bourse d’Alger ne compte aujourd’hui que seulement trois titres, un nombre insignifiant, selon des opérateurs économiques, qui expliquent cette situation par d’énormes liquidités monétaires et le peu d’attractivité du climat des affaires.

La Bourse d’Alger (la SGBV), créée en 1997, est en fait la plus petite place boursière de la région MENA, avec une capitalisation de seulement 13,3 milliards de DA (180 millions de dollars) en 2012, soit moins de 0,1% du PIB du pays. La capitalisation des 14 places boursières arabes avoisine les 900 milliards de dollars actuellement. À titre d’exemple, plus de 300 sociétés sont cotées à la Bourse du Caire totalisant une capitalisation de 86 milliards de dollars (mds usd), soit  46% du PIB égyptien. La Bourse de Casablanca compte 76 cotations pour plus de 60 mds usd (67% du PIB marocain), alors que 52 sociétés, d’une valeur de 10 mds usd (24% PIB) sont cotées à la Bourse de Tunis. Selon une récente étude élaborée conjointement par la Cosob, la SGBV et le PNUD, la taille réelle de l’économie algérienne mériterait une capitalisation boursière de 40 mds de dollars avec 150 sociétés cotées. Des entrepreneurs algériens, approchés par l’APS, reviennent sur les origines du «désintérêt» qu’ils semblent montrer pour la Bourse d’Alger.

Le frein d’un marché monétaire trop actif               
Le Forum des chefs d’entreprise  (FCE) estime que le marché bancaire  et monétaire est trop diversifié pour laisser émerger la Bourse. «On ne recourt pas au marché financier quand le marché monétaire est aussi actif et aussi présent», a déclaré M. Reda Hamiani, président du forum. Par ailleurs, l’expérience du groupe Alliance Assurance représente, pour M. Hamiani, un «contre-exemple» qui incite les industriels, à la recherche  de financement, à «plus de réserves». Le «patron» du groupe Alliance Assurance, Hassen Khelifati, est par  contre très satisfait de son expérience à la Bourse d’Alger. «Notre entrée en Bourse relève d’un choix stratégique, qui nous a permis de nous rapprocher du grand public et de réaliser notre augmentation de capital par un moyen moderne de financement», a-t-il déclaré. L’assureur privé a enregistré une hausse de son chiffre d’affaires de  15% en 2011 par rapport a l’année 2010. Le groupe industriel Cevital, annoncé comme un candidat potentiel à la Bourse d’Alger, a laissé entendre que son entrée en Bourse restait tributaire de la concrétisation d’un certain nombre de ses projets. «Lorsque nous aurons les autorisations pour ces projets, nous aurons besoin à ce stade-là de lever des capitaux» sur le marche boursier, a déclaré à l’APS, un responsable de la direction générale de ce groupe privé. L’entreprise avait déjà utilisé les services de la Bourse d’Alger dans le cadre d’une émission obligataire dont la dernière tranche a été remboursée en janvier 2012. La réglementation «tatillonne», les «obstacles à l’investissement privé»,  la «prépondérance de l’informel dans le secteur privé au moment où l’accès  à la Bourse suppose une transparence totale» constituent, en outre, de vrais  obstacles devant les entreprises désirant entrer en Bourse, résume la même source. De son côté, le président de la Chambre algérienne de commerce et  d’industrie (CACI), M. Tahar Kellil, estime que l’explication est à chercher du côté des banques. «Les banques doivent jouer leur rôle, car elles sont censées conseiller leurs clients d’intégrer la Bourse. Maintenant, si les entreprises n’iront pas à la Bourse malgré la réforme annoncée du marché financier, cela veut dire que les banques de la place ne jouent pas le jeu», a-t-il  déduit. Par ailleurs, M. Kellil a invité les entreprises publiques, financièrement solides, selon lui, à «donner l’exemple» et à aller en Bourse.   
 
Entreprises publiques : les crédits bancaires sont là            
Pourtant, le Chef de l’État a interpellé le gouvernement il y un an et demi pour «une plus grande dynamisation du marché financier, la mobilisation  de l’épargne et la diversification des sources de financement de l’entreprise économique». Le ministre des Finances, M. Karim Djoudi, interrogé sur une éventuelle  «décision» du gouvernement de faire entrer des entreprises publiques en Bourse,  avait précisé qu’une telle démarche ne revenait pas à l’État, mais aux «gestionnaires» de ces entreprises. Contactée pour connaître l’avis du patronat public, l’Union nationale des entrepreneurs publics (UNEP), qui regroupe 300 entreprises publiques, n’a pas caché son indifférence par rapport à la question. «Je ne vous cache pas, la question de la Bourse n’a même pas interpellé  les entreprises de l’organisation», a avoué M. Benyounes Hassen, de l’Unep. «Je ne sais pas pourquoi les entreprises ne vont pas en Bourse, peut-être qu’elles se contentent des crédits bancaires, peut-être que la Bourse ne les a pas sensibilisées assez, peut être qu’il y a un manque en communication ?» s’est-il interrogé à son tour. Quant aux assureurs publics, ils ont assez de «liquidités» pour aller rechercher d’autres sources de financement. Le président de l’UAR (Union algérienne des assureurs et des réassureurs), M. Amara Laâtrous, a expliqué que les entreprises publiques d’assurance «n’avaient simplement pas besoin d’aller sur la Bourse du moment qu’elles étaient recapitalisées par le Trésor public». Et en attendant l’entrée en vigueur du nouveau règlement portant réforme du marché financier, l’introduction imminente en Bourse de la société privée NCA-Rouiba, qui vient de lancer une offre publique de vente (OPV) de ses actions après avoir obtenu en février dernier le feu vert de la COSOB, est un signe révélateur que les entreprises privées n’hésitent pas à aller vers le marché boursier, contrairement aux PME publiques.

La Bourse d’Alger
La Bourse d’Alger, dénommée «Société de gestion de  la bourse des valeurs mobilière» (SGBV), a été créée en 1997 avec pour actionnaires  les six banques publiques que compte le pays (BDL, BEA, BADR, CPA, BNA et CNEP). Elle est composée, selon le décret législatif 93-10 du 23 mai 1993 qui la régit, de :
- Une Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse  (COSOB) qui constitue l’autorité du marché des valeurs mobilières ;
- une Société de gestion de la Bourse des valeurs ;
- un dépositaire central des titres dénommé Algérie Clearing, une société par  actions d’un capital de 240 millions de DA détenu par les banques et les sociétés  cotées ;
- des intermédiaires en opérations de Bourse — trois titres seulement, El-Aurassi, Saidal (publics) et Alliance Assurances (privé) sont actuellement cotés, totalisant une capitalisation de 13,3 milliards de DA (quelque 180 millions de dollars) en 2012, soit moins de 0,1% du PIB. Le 3 septembre 1999 : première cotation à la Bourse d’Alger avec l’entreprise publique agroalimentaire ERIAD Sétif, qui ouvre 20% de son capital. L’entreprise s’est retirée de la Bourse en 2006. Le 20 septembre 1999 : le groupe pharmaceutique public SAIDAL est côté à  son tour. Le 14 février 2000, l’hôtel public El-Aurassi entre aussi à la Bourse d’Alger. Le 7 mars 2011, Alliance Assurances devient la première entreprise privée  algérienne à entrer en Bourse. Le 6 février 2013, la COSOB donne son feu vert pour l’entrée en Bourse de  l’entreprise agroalimentaire privée NCA Rouïba. L’admission officielle de cette société au marché boursier devrait se faire avant la fin mai 2013. Deux obligations sont actuellement cotées à la Bourse d’Alger, à savoir  l’obligation de Sonelgaz, à échéance 2014, et l’obligation du groupe privé Dahli  à échéance 2016. L’encours de ces obligations se situe à 32,3 milliards DA à  fin 2012. Afin de booster le marché boursier en Algérie, un nouveau règlement général de la Bourse a été élaboré en 2012. Le règlement, qui doit être publié bientôt  au Journal officiel, réserve un compartiment dédié aux PME, qui seront accompagnées par des promoteurs en Bourse. Il instaure également un marché de blocs des obligations assimilables du Trésor (OAT).

La taille des PME algériennes ne les prédispose pas à faire appel au marché
Le président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), M. Réda Hamiani, a estimé que la taille des entreprises algériennes et le dynamisme  que connaît le marché monétaire réduisaient les chances d’un rapprochement entre les entrepreneurs et le marché boursier. Dans un entretien accordé à l’APS autour des origines du désintérêt que semblent montrer les entreprises privées algérienne pour la Bourse d’Alger,  en dépit de quelques pas timides, M. Hamiani a expliqué que ces entreprises, dans leur majorité, sont de petites entreprises dont la taille ne les prédispose  pas à solliciter un financement à partir du marché boursier. Les autres entreprises, plus importantes, n’ont pas encore la culture d’entreprise pouvant les pousser à envisager le recours à ce mode de financement et à son utilisation, a-t-il indiqué. De plus, la conjoncture financière actuelle ne plaide pas pour un rapprochement entre les entrepreneurs et la Bourse, selon M. Hamiani. D’abord, «il n’y a pas, en ce moment, suffisamment de projets d’investissement en général. Autrement dit, la demande de financement reste contenue», a-t-il ajouté. En outre, les sources de financement classique existent et ont été relancées par la bonification du taux d’intérêt (2%), accordée par la tripartite, et qui a revalorisé l’attrait des offres des banques en matière de financement des nouveaux projets, explique M. Hamiani qui rappelle que de nouvelles institutions, comme le Fonds de garantie des PME (FGAR), le  Fonds national d’investissement (FNI) et les société de Leasing, sont entrées en jeu avec «un réel dynamisme». La situation excédentaire des banques algériennes qui «croulent  sous leurs avoirs» explique pour sa part le côté «marginal» de la Bourse dans le financement des investissements en Algérie. «On ne  recourt pas au marché financier quand le marché monétaire est aussi actif et aussi présent», a-t-il déduit, regrettant le fait que la Bourse «n’a même pas pu être utilisée pour les privatisations en Algérie  ou pour l’opération de cession de titres de Djezzy».

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