mercredi 14 novembre 2018 00:20:14

auteur du célèbre “Souh’hane Allah ya Ltif” : Mustapha Toumi inhumé au cimetière El Kettar

Quand un poète faisait rugir le « Chaâbi »

PUBLIE LE : 06-04-2013 | 0:00
D.R

Le compositeur et parolier Mustapha Toumi, décédé  dans la nuit de mardi à mercredi à l'âge de 76 ans, a été inhumé jeudi au cimetière d'El Kettar à Alger en présence de nombreux artistes et de personnalités du  monde de la culture. Des artistes et amis du défunt comme Mustapha Sahnoun, Mohammed Lamari et Fouzi Saïchi et de nombreux anonymes ont été présents à la cérémonie funèbre.  Auparavant, un dernier hommage avait été rendu à l'artiste au Palais de la Culture  en présence des ministres de la Culture et de la Communication et de nombreux  artistes, écrivains, amis et fans.    
Mustapha Sahnoun, qui a été membre de la troupe artistique du FLN aux côtés de Muspatapha Toumi, s'est dit dans une déclaration à l'APS, «profondément attristé» par la perte de ce compagnon qu'il a connu en 1958 à Paris lorsque, animateur à la télévision française, il fut parmi les «premiers qui ont répondu à l'appel du FLN pour former à Tunis une troupe artistique engagée avec Mustapha  Kateb, Boualem Raïs, Sid Ali Kouiret et d'autres», se rappelle-t-il.         
 «L'Algérie a perdu un artiste hors du commun, un homme de cœur et qui a su garder sa dignité», a-t-il souligné.         
 Né en 1937 à la Casbah, Mustapha Toumi, fut un artiste complet qui touchait à différents domaines de l'art. Le défunt était à la fois parolier, compositeur, poète et peintre. Auteur de la célèbre chanson Soub'hane Allah ya Ltif, merveilleusement  interprétée par le maître irremplaçable de ce genre de musique, el-Hadj M'hamed el-Anka, le regretté a aussi écrit Africa que chantera la sud-africaine Miryam  Makeba.  Artiste engagé, il milite dans les rangs du FLN et participe en 1958 à La voix de l'Algérie libre et combattante (radio clandestine). Après 1962,  il est responsable des affaires culturelles au ministère de l'Information et responsable du parti du FLN, tout en collaborant à plusieurs journaux et revues. Mustapha Toumi est l'initiateur de plusieurs manifestations culturelles  d'envergure internationale organisées en Algérie. En 1990, il crée l'Alliance nationale des démocrates indépendants (ANDI), un parti politique de courte existence.

Quand un poète faisait rugir le « Chaâbi »
Ce n'est pas une pierre, mais une plante grimpante, authentiquement algérienne, voire algéroise, que tu as jetée, avec un geste désinvolte, dans le jardin du «Chaâbi». Tu t'imagines : même les cordes du piano de Skandrani se sont mises à vibrer de plus belle, alors qu'on les croyait au bout du rouleau.
Si j'étais Mustapha Toumi, j'aurais pris ma retraite juste après avoir écrit Sobhane Allah Yaltif, ou plus sûrement juste après l'avoir entendue chanter par El-Anka. Ce jour-là, je me serais dit : «mon ami, après ce chef-d'œuvre, tu n'as plus besoin de prouver quoi que ce soit, et à quiconque. Tu n'as même plus besoin de travailler : l'Algérie va t'assurer une pension d'auteur à vie, après celle qu'elle te doit pour sa libération». Non ! Cette histoire de pension d'auteur à vie, ce n'est pas toi Mustapha, malgré tes engagements patriotiques, et ton combat, tu estimais lui devoir encore tout à ton Algérie. L'Algérie de Bir-Djebah, et de la rue Averroes, de la Casbah et de Oued-Koreïche, que tu célébrais sur tous les rites, coudes au corps ou levés qui se souciait de ces détails ? De là, à lui réclamer «rançon», à cette Algérie, pour l'avoir libérée… Non, ce n'est pas ton genre de présenter l'addition, toi qui n'appréciais guère les additions à «forte valeur ajoutée» des taverniers sans tendresse.
Oui, tu avais, assurément, agi par idéal, pour la gloire comme on dit, j'ajouterais, quant à moi, par héroïsme, bien que ce mot ne te plaise guère. D'ailleurs, je te soupçonne d'avoir été à l'origine du slogan qu'on peignait sur les murs, lors des ultimes soubresauts de l'indépendance : «Un seul héros : le peuple». Ce n'est pas très facile à gérer, ces déceptions et ces regrets, comme le fait de commencer par une Révolution, et de finir par une lutte de libération. Un distinguo que tu tenais à rétablir chaque fois qu'avec tes anciens compagnons, vous évoquiez cette période glorieuse. Glorieuse, oui, qu'on lui donne le nom de «Révolution», ou de «Lutte de libération». Et puis, la gloire, pour des gens comme toi, ne se jauge pas à l'aune des reculs, des régressions et des détresses qui suivent, j'allais dire inévitablement, un combat nécessaire, pour une cause juste.
Tu disais, Mustapha, n'avoir fait que ton devoir, «un mot redoutable, disais-tu, qu'il ne fait pas conjuguer, par mauvais temps, et à la mauvaise personne, un mot qui vous met sur la paille, et vous laisse criblé de dettes». On te croyait volontiers, et même qu'il suffisait d'observer ton train de vie, ou de connaître le niveau de ton compte en banque, pour se convaincre de ta sincérité, et de la justesse de ton jugement. Encore une fois, si je t'avais rencontré, et mieux connu, juste après la sortie de Sobhane Allah Yaltif, je t'aurais dit de stopper là, de ne plus te casser la tête, à te poser des questions, sans l'espoir d'obtenir des réponses. Que tu aurais tort de continuer à chercher, le mieux, alors que tu l'avais déjà sous la main. Mais, tu ne te rendais pas compte de l'ampleur, et de l'éclat de ce grand texte que tu venais d'offrir à tes concitoyens. Ce n'est pas une pierre, mais une plante grimpante, authentiquement algérienne, voire algéroise, que tu as jetée, avec un geste désinvolte, dans le jardin du «Chaâbi». Tu t'imagines: même les cordes du piano de Skandrani se sont mises à vibrer de plus belle, alors qu'on les croyait au bout du rouleau.
Je te le dis, Mustapha, n'importe quel quidam qui aurait écrit Sobhane Allah Yaltif, se serait confectionné des dizaines de lauriers, les aurait arborés ostensiblement, comme qui tu sais, et se serait octroyé une retraite de «fidaï» de la «Qacida», en sus des autres pensions cumulables. Mais toi, impossible de t'arrêter, hormis à un barrage de police, puisque tu étais définitivement converti, et soumis à la loi du mouvement perpétuel. Tu savais, au fond de toi, qu'après avoir écrit Sobhane Allah Yaltif, tu venais d'accoucher là, de ton poème le plus émouvant, le plus achevé, ta «Légende des siècles», qui ne doit rien au grand Victor Hugo. Un chef-d'œuvre, ai-je dit ? Plus qu'un chef-d'œuvre, c'est du «Toumi»! Il est sans doute prématuré de le proclamer pour l'instant, mais un jour on dira en lisant quelque chose qui te ressemble : c'est du Toumi, comme on dirait, c'est du Baudelaire, ou du Prévert. Et pourquoi pas du Manfalouti, ou du Chawki, juste pour satisfaire en toi le goût des belles lettres arabes, que tu savais autant apprécier.
Non ! Inutile de protester, de jouer les modestes, laisse ça aux sceptiques, et aux jaloux qui calculent la valeur d'un homme à sa position dans la hiérarchie sociale, et à son influence. Dans le fond, tu es convaincu depuis longtemps que tu es un génie. Je ne peux pas dire «était», vu les circonstances, puisque j'ai appris, avec toi, à me méfier des liaisons, et des conjugaisons malencontreuses. Je sais, entre autres, que le génie ne s'appréhende pas au passé composé, encore moins à l'imparfait, et à fortiori quand il s'agit de parler d'un certain Mustapha Toumi. Un génie, c'est comme un lion : il reste un lion, même lorsqu'il est vieux, recru de fatigue, et qu'il est entouré de chacals envieux et avides, et ça, c'est de toi Mustapha, c'est toi qui nous l'a appris! C'est pourquoi, à défaut de t'offrir tout un régime de dattes, et le palmier pour donner de l'ombre à ta sépulture, nous préférons te tresser des lauriers. Et, ce faisant, nous sommes bien en deçà de ce que nous aurions voulu faire, de ce qu'aurait mérité un cheminement aussi exceptionnel que le tien.
Salah Arezki

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