Abdelkrim Tazaroute dédicace son nouveau livre, Elles, des voix algériennes : Ces voix qui ont bercé nos vies

Notre collègue, qui a entamé l’écriture d’ouvrages entièrement consacrés à la chanson algérienne en mettant en vedette toute la beauté vocale des voix et les mélodies qui ont bercé des milliers de foyers algériens depuis l’indépendance à nos jours
PUBLIE LE : 18-03-2013 | 23:00

Notre collègue, qui a entamé l’écriture d’ouvrages entièrement consacrés à la chanson algérienne en mettant en vedette toute la beauté vocale des voix et les mélodies qui ont bercé des milliers de foyers algériens  depuis l’indépendance à nos jours, s’est tourné cette année, avec ce troisième livre qui vient de voir le jour aux éditions Rafar, vers le registre exclusivement féminin en nous présentant un large éventail de chanteuses algériennes tout en brossant rapidement leur itinéraire artistique et privé. Il s’est donc livré samedi dernier à une séance de vente-dédicace à la Librairie générale d’El Biar en allant à la rencontre de ses lecteurs et lectrices. Nous l’avons rencontré dans cet espace où il semblait tout fier d’avoir pu concrétiser son projet de publication pour une discussion autour du contenu de ce nouvel ouvrage qui a la particularité de nous faire découvrir le parcours souvent tumultueux et semé d’embûches que ces artistes femmes ont dû vivre tout au long d’une carrière qui ne fut guère de tout repos, en raison surtout des contraintes sociales et des mentalités conservatrices qui perdurent toujours.

Comment l’idée d’écrire un livre sur les chanteuses algériennes les plus célèbres a germé dans votre esprit ?
D’abord, au début, je voulais éditer une trilogie de la chanson algérienne en consacrant trois tomes, mais avec l’entretien que j’ai réalisé à l’époque au journal Horizons avec Guerouabi, j’avais entamé l’entretien avec lui en lui proposant une série de trente questions, ce qui a suscité son étonnement et lui a faire dire : «Mais tu veux me consacrer un livre !» Bien après, cette remarque m’a fait réfléchir et poussé dans l’entreprise de l’écriture sur la chanson algérienne puisque je connais bien le domaine et que je suis moi-même  musicien  et chanteur ; je me suis dit alors pourquoi pas puis que je suis journaliste dans la rubrique culturelle, que je connais beaucoup d’artistes. Et comme le livre sur Guerouabi a eu un excellent écho et qu’au cours des conférences que j’ai animées, les gens semblaient intéressés et m’ont poussé à m’investir dans ce domaine  ; et c’est là que j’ai entamé une biographie sur Lamari. Et puis, moi-même, en écrivant ces livres, je découvre quelque chose : des parcours exceptionnels des vies. On découvre toute une richesse du patrimoine algérien qui malheureusement n’est pas connue ; et en faisant les premiers livres, j’ai eu droit à l’inévitable reproche, à savoir celui qui concernait les femmes qui chantent et à leur consacrer une biographie. Et comme la remarque était insistante, j’ai pensé à rédiger quelque chose de subjectif et d’original ; et j’ai fait un choix dans cette sélection de chanteuses qui était celui d’écrire un texte sur une chanteuse qui me donne à l’écoute au moins des frissons à moi d’abord qui suis mélomane. Ou alors, autre critère de sélection, est que ces chanteuses aient toutes un point commun, à savoir un parcours vraiment exceptionnel ; et c’est ainsi que j’ai établi une liste de 23 chanteuses que j’ai vraiment aimées. Le projet finalisé, je l’ai présenté au ministère de la Culture et Mme Khalida Toumi qui est aussi une grande mélomane a été séduite. Comme ce livre et un merci à toutes les femmes qui ce sont engagées corps et âme dans cette voie, j’ai tenu à ce que ce livre sorte à l’occasion de la journée mondiale de la Femme, d’autant que ma propre fille est née un 8 mars.

Tout l’éventail des chanteuses que vous avez choisi se déroule en filigrane l’histoire de l’Algérie… de Warda à Souad Massi, il y a quand même du chemin ?
Je crois que la fonction sociale de la chanson est quelque part là, car qui n’a pas en écoutant une chanson fait référence à quelque chose ? Moi, par exemple, il y a une chanson qui s’appelle Méditerranée, de Georges Moustaki, qui évoque pour moi ma rencontre avec ma femme, et My Love, des Beatles, qui est celle de mon mariage. Il y a aussi Azhriw anda tensit, qui me rappelle ma mère et mes tantes. Donc, à tout moment, une chanson comporte une référence qui déroule fatalement pour chacun de nous l’histoire de l’Algérie avec la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Libération.
C’set aussi les années socialistes, puis les années 1988 avec l’ouverture démocratique et l’apparition sur la scène artistique d’une chanteuse comme Souad Massi, c’est aussi l’émission «Bled Music» avec la Chaîne III, c’est les années rai et c’est aussi les années rouges. Et toutes ces chanteuses ont quelque part marqué une période précise, elles le décrivent d’ailleurs dans leur chansons ; et la force de ces femmes, c’est qu’elles écrivaient des chansons et pour certaines d’entre elles — je pense une grande majorité — elles étaient illettrées. Bien sûr, d’autres générations de femmes suivront qui auront suivi un cursus universitaire comme Houria Aïchi ou Souad Massi. Et il ne faut pas oublier que la plupart de ces femmes ont brisé des tabous et il y a un bon nombre d’entres elles qui sont issues de couples séparés, d’autres issues de familles de mélomanes et puis d’autres dont la famille les a au contraires encouragées dans cette voie. On s’aperçoit aussi qu’au fil des générations, les thèmes changent ; c’est la condition de la femme comme Malika Doumrane ou encore la valorisation du patrimoine auressien pour la sociologue Houria Aïchi.

Des projets ?
Je prépare actuellement un livre sur le cinéma algérien qui sortira au mois de mai, et le deuxième sur les films algériens et cet ouvrage sera aussi un choix subjectif, et un autre projet qui me tient beaucoup à cœur sur le chanteur Brahim Izri ; puis que j’ai eu à maintes reprises en France l’occasion de rencontrer sa femme et ses musiciens, et il sera prêt, si Dieu nous prête vie et santé, en décembre 2013.
Entretien réalisé par
Lynda Graba



 


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