jeudi 21 novembre 2019 18:36:19

Selon le président du réseau NADA : “90 points noirs en matière de protection de l’enfance”

Le double assassinat des petits Haroun et Brahim, à Constantine, a provoqué une profonde émotion auprès de tous les Algériens, aux 4 coins du pays. Aujourd’hui, tout le monde le dit, le phénomène de rapt d’enfants prend de l’ampleur.

PUBLIE LE : 18-03-2013 | 0:00
Ph. : Nesrine

Le double assassinat des petits Haroun et Brahim, à Constantine, a provoqué une profonde émotion auprès de tous les Algériens, aux 4 coins du pays. Aujourd’hui, tout le monde le dit, le phénomène de rapt d’enfants prend de l’ampleur.
Du coup, de plus en plus de parents préfèrent désormais accompagner, eux-mêmes, leurs gosses à l’école, par souci de sécurité et de ne pas avoir de regrets au cas où, sait-on jamais. Toutefois, et cela est un véritable paradoxe, il existe des parents qui, n’ayant pas peur des mots, abandonnent carrément leurs enfants, les laissant dans la rue à la merci des prédateurs. Si la négligence, voire l’insouciance, est à condamner, la peur démesurée est, il faut le reconnaître, justifiée.
M. Abderrahmane Arrar, président du réseau Nada, (réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant) mettra en exergue l’impérieuse nécessité de prendre dans l’immédiat des mesures préventives et d’urgence en vue de trouver, dès que possible, les solutions adéquates à cet épineux problème. « Chaque fois qu’il y a un signalement d’un cas de pédophilie, nous contactons le procureur général et les services de la Sûreté nationale afin d’agir vite et d’ouvrir une enquête. Cela dit, la machine est lourde. Chaque cas, demande au moins 48 heures. Entre-temps, il peut y avoir des pertes humaines », déplore notre interlocuteur, soulignant dans ce cadre, l’impératif de faire preuve d’une véritable course contre la montre.
Outre les mesures préventives et d’urgence, « il devient impératif de régler l’ensemble des points noirs concernant la protection sociale et judiciaire des enfants et de leurs droits », poursuit M. Arrar. Selon lui, pas moins de 90 points noirs ont été relevés en matière de protection des droits de l’enfant. Et de clamer haut et fort : « Le problème se situe davantage au niveau de la protection ». Le président du réseau Nada recommande, d’autre part,  la création d’un mécanisme de  prévention contre la délinquance et la criminalité.
« Il faut chercher pourquoi a-t-on aujourd’hui un nombre aussi élevé de criminels », affirme M. Arrar, estimant que « cela est dû à une véritable détresse sociale qui s’installe.» Poursuivant ses propos, et après avoir insisté sur l’application « stricte et rigoureuse » de la loi, il suggère également « d’accompagner les délinquants », qui restent à ses yeux, « victimes » de différentes situations sociales, non sans impact sur leur quotidien. Aussi, il mettra en relief le rôle de la communication sociale, devant être animée par des psychologues au niveau des quartiers. En effet, « les psychologues doivent s’impliquer avec les sociologues au niveau des quartiers pour en savoir davantage sur les causes de cette violence verbale et physique   ainsi que celles afférentes à la consommation de la drogue », plaide le responsable du réseau Nada. Pour rappel, l’on dénombre, 220 cas d’enlèvements liés aux conflits familiaux. La majorité de ces rapts ont été commis par des membres de la famille. Ces deux dernières années (2012 et l’année en cours), pas moins de 18 cas d’enlèvements liés à la criminalité ont été enregistrés, soutient le président du réseau Nada, soulignant, par ailleurs, que la violence sexuelle prend de l’ampleur. « 1.800  cas ont été signalés  en 2012, cela  inclut notamment les attouchements, les viols, les cas de pédophilie, l’inceste et l’atteinte à la pudeur». Lancé en 2004 par un groupe d’association suite à l’initiative des Scouts Musulmans Algériens, le réseau Nada, est un collectif d’associations qui se propose d’œuvrer pour le respect et la défense des droits de l’enfant, à travers des actions de protection de promotion et de plaidoyer, visant à lui  assurer un épanouissement dans le cadre de la convention internationale des droits de l’enfant. Chaque jour, ce réseau est destinataire de 40 appels téléphoniques. Ces appels ont généralement pour objet la dénonciation de maltraitances — suite à des conflits familiaux — et d’agressions sexuelles, fait savoir M. Arrar.
 Soraya Guemmouri


Mme Zémirline (psychologue) :
“Souvent, les parents sont aveuglés par la confiance”


Les parents sont en état d’alerte, depuis le kidnapping de la petite Chaïma qui a mis, en émoi, tout l’Algérois. La pédophilie ne concerne pas seulement les autres pays, et les cas enregistrés ces derniers temps renseignent, on ne peut mieux, sur  l’ampleur de ce phénomène qui inquiète au plus haut degré les pouvoirs publics, mais aussi les familles qui adoptent désormais de nouveaux réflexes pour assurer la sécurité de leurs chérubins.  Accompagner les enfants pour rejoindre leur école est devenu aujourd’hui, un acte de tous les jours auquel les parents ne sont pas prêts à renoncer.  La  société algérienne a opéré des  mutations, mais pas souvent dans le bon sens. C’est du moins ce que nous dira, Mme Zémirline, psychologue à l’hôpital Belfort, situé dans la commune d’El Harrach qui estimera que le phénomène, même s’il existait, « ce n’est que récemment que les gens commencent à se libérer et les langues se délient pour parler d’inceste et d’abus sexuel sur mineurs, faisant ainsi sauter tous les préjugés et les tabous. » Cette psychologue, connue pour son dévouement à son métier au sein de la structure où elle exerce mais aussi au centre de prise en charge psychologique des victimes du terrorisme de Bentalha où elle a passé plusieurs années, pensant blessures, causées par la décennie noire, insistera sur le fait que « la pédophilie est avant tout une perversion et une déviation sexuelle », rappelant qu’il est important aujourd’hui d’en parler « car l’on a  souvent  tendance à se dire qu’il s’agit de supputations exagérées sans plus, quand on entend parler d’actes pédophile chez-nous, jusqu’à ce que l’on soit touché de près pour se rendre à l’évidence. »  Mme Zémirline affirmera qu’elle ne cesse d’user de la sensibilisation des parents des enfants victimes d’abus sexuel qu’elle reçoit. De par sa longue expérience, les cas de pédophilie ne manquent pas. « Ça se fait dans certains cas en groupe, expliquera-t-elle, chez la nourrice. »  « Les parents aveuglés par la confiance se font ainsi avoir par le mari ou le fils de celle censée protéger leur progéniture.» Notre interlocutrice soulignera également que « le pédophile prend tout son temps pour mettre l’enfant et son entourage, en confiance.» Mme Zémirline, ajoutera que le pédophile n’a pas de profil standard. « Il peut être riche, pauvre, instruit ou  sans niveau scolaire ». « C’est une déviation qui commence à l’adolescence qui nécessite un traitement mais chez-nous, on n’intervient pas en amont c'est-à-dire une fois que l’acte de pédophilie est survenu et souvent pour culpabiliser l’enfant pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. » Allant plus loin, elle dira que « les conséquences d’abus sexuel sur enfants ne s’arrêtent pas   là et peuvent dégénérer sur une maltraitance transgénérationnelle développée.»
           
 Des troubles de comportements guettent les victimes
 
La psychologue  soulignera  en outre que « les parents ainsi que leurs enfants victimes sont souvent perdus et nécessitent d’être orientés, informés », c’est ce que s’attellera à faire, en fait, elle et son équipe, à travers des technique d’approche basées sur l’observation, l’entretien, dessins, poupées… pour que l’enfant soit mis en confiance et s’exprime librement. « Beaucoup d’enfants craignant la réaction de leurs parents souffrent en silence et ne dénoncent pas leurs bourreaux », dira-t-elle expliquant : « Il ne faut pas croire que ça n’arrive qu’aux autres. »
 Mme Zémirline poursuivra que « l’enfant a peur de représailles contre sa famille ». Revenant sur les cas qu’elle a reçus cette année, un garçon et une fille, âgés respectivement de 6 et 8 ans, suivis actuellement pour des troubles de comportements ; insomnie, phobies pathologiques, énurésie secondaire après une propreté déjà acquise et régression des résultats scolaires, étant tous les deux victimes d’actes pédophile.  
Des cas pareils, elle en reçoit souvent et sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Notre interlocutrice  ne manquera pas de relever que « s’il y a aujourd’hui, plus de pédophiles et de victimes, c’est tout simplement  parce qu’il y a banalisation de la vie, de la mort. La société a perdu ses repères. Aujourd’hui, notre interlocutrice estimera « nécessaire un travail de réseau pour prévenir contre ce fléau, car il ne suffit pas de dénoncer. Les écoles, les mosquées, les associations sont toutes interpellées pour jouer le jeu et sensibiliser les parents mais aussi pour mettre un terme à la démission et au relâchement des familles. Un retour de l’assistante sociale s’avère indispensable  pour une meilleure protection de l’enfant », selon  Mme Zémirline.
Samia D.


Mieux vaut prévenir que guérir…

l Ces derniers temps les bourreaux d’enfants ont fait leur réapparition avec pour tragique bilan deux enfants assassinés à Constantine et une autre, une petite fille, retrouvée morte à Tlemcen victime également de ces ‘‘non-êtres’’. Car peut-on qualifier d’humain de sinistres individus sans foi ni loi qui s’en prennent aux enfants innocents tant on peut les appâter avec pratiquement n’importe quoi… Evidemment pas question de verser dans un alarmisme qui ne ferait que renforcer le sentiment d’insécurité et semer la panique. Par contre, il est plus qu’urgent de saisir le problème à bras-le-corps en déroulant à cet effet une véritable stratégie : celle qui consisterait, par exemple, à réunir tous les acteurs sociaux impliqués de manière directe et indirecte dans la lutte et la prévention de ce phénomène, a priori étranger à nos mœurs. Bien entendu pas question ici de jeter la pierre à quiconque sauf que le devoir de vigilance est imposable à tous : autorités dûment habilitées à la faire, parents, société civile et autres partenaires concernés au premier chef par le phénomène. Car il serait pour le moins injuste de se décharger uniquement sur les services de sécurité qui ne sont au fond qu’un maillon, certes essentiel, mais maillon tout de même aux côtés de l’implication de la société civile. En effet, s’il est dans le cahier des charges des pouvoirs publics de protéger au mieux les biens et les personnes, c’est tout de même l’ensemble de la société qui est interpellée. Aujourd’hui, l’heure n’est pas aux jérémiades ou aux lamentations mais davantage à l’action. Et pas n’importe quelle action. Cette dernière doit être impérativement concertée et en étroite collaboration entre les uns et les autres parmi tous ceux soucieux de battre en brèche un phénomène qui exige doigté et coordination. Au vrai, il importe d’organiser la parade et la riposte à deux niveaux : répressif et préventif. Répressif pour faire passer l’envie à ces sinistres individus de récidiver, sinon de passer à l’acte, préventif pour agir avant de réagir. Puisque nécessité oblige, il s’agit en pareilles circonstances de faire vite et bien, toujours évidemment dans l’hypothèse où toute la société fonctionne au quart de tour. Et pour rassurer les citoyens encore hésitants, dénoncer tout mouvement suspect à qui de droit n’est pas de la délation gratuite mais davantage un acte de salubrité publique en ce qu’il contribuera à sauver des vies et surtout celle inestimable d’innocentes victimes de tous les pervers potentiels et réels.
Car mieux vaut prévenir que guérir, et l’on ne sait que trop, plus le niveau de conscience du citoyen est élevé moins les individus se hasarderont à transgresser impunément la loi censée, pour rappel n’est-ce pas, être générale, neutre et impersonnelle. Bien entendu l’école devrait également dispenser des cours spécifiques aux enfants les invitant à éviter tout contact avec les inconnus tout en obligeant les parents à venir récupérer leur progéniture à la sortie. Ceci dit surtout pas de dérapage incontrôlé car les autorités ont pris leurs devants en arrêtant un train de mesures draconiennes. Alors tous les pervers n’ont qu’à bien se tenir…
Amar Zentar
 

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions