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Egypte : Qui perdra son souffle le premier ?

La tenue du sommet islamique au Caire a été une réussite incontestable du Président Mohamed Morsi, une réussite qui a poussé au deuxième plan, dans un certain sens, la scène honteuse du lynchage télévisé et en direct d’un citoyen, en plein rue du Caire et aux grandes heures d’écoute.

PUBLIE LE : 11-03-2013 | 0:00
D.R

La tenue du sommet islamique au Caire a été une réussite incontestable du Président Mohamed Morsi, une réussite qui a poussé au deuxième plan, dans un certain sens, la scène honteuse du lynchage télévisé et en direct d’un citoyen, en plein rue du Caire et aux grandes heures d’écoute.

Les malheurs de certains peuvent faire le bonheur des autres, et l’opposition du régime égyptien a bénéficié, par l’acte criminel de policier, d’une chance inattendue, voire, inespérée, dans sa lutte acharnée contre le président islamiste, qu’elle cherche à abattre par tous les moyens.

Commençons par le commencement
Il était bien clair que le chef d’Etat a réussi son pari sur le facteur « temps » et a pu arracher, bien que difficilement, une bénédiction populaire de « sa Constitution ».
L’opposition a joué d’une façon hypocrite, pour ne pas dire malhonnête, faisant un abcès de fixation du pourcentage faible de votants, qui n’a pas dépassé 32% des inscrits. Les ténors de l’opposition ont crié sur tous les toits que le nombre d’abstentionnistes, 68%, doit s’ajouter au vote négatif. Ce qui est ridicule, car un refus populaire ne peut être pris en considération que par un « non », direct, clair et sans équivoque.   
L’opposition critique Morsi prétendant qu’il met ses partisans aux postes clés de l’Etat, bien que les portefeuilles de souveraineté, tels que la Défense, les Affaires étrangères, la Justice, les Finances et  l’Intérieur ne soient pas occupés par des « frérots ». La critique la plus ridicule était l’accusation du mouvement des Frères musulmans d’avoir constitué, sous la présidence de son chef, « El Mourched » une cellule qui prépare les données des décisions qui seront prises par le président de la République. Bien que ce soit la règle adoptée par tous les partis au pouvoir, et que Morsi essaye d’éviter toute dépendance au mouvement, l’opposition ne cesse de crier : à bas le diktat de « El Mourched ». Le fait que Morsi n’ait pas critiqué Camp David est utilisé par certains opposants comme une infirmité du régime. Une surenchère bien gratuite.
Avec l’approche des élections législatives, l’opposition a paniqué, par crainte d’une perte imminente de son statut prestigieux de porte-parole de la nation militante, par des résultats médiocres qui ne correspondent pas à son agitation médiatique, assourdissante et éblouissante.

Un petit flash-back nécessaire
Bien qu’au temps de Gamal Abdel Nasser, l’opposition égyptienne, et notamment sa constituante islamiste, ait subi la répression féroce du régime, elle a beaucoup moins souffert sous Sadate. Le régime de Moubarak a agi comme si elle fut une garniture nécessaire pour sa légitimité.
Mis à part certains « islamisants », considérés comme les accusés principaux de l’assassinat de Sadate, le reste de l’opposition, gauche et droite confondues, faisait un complément du décor politique bien qu’il ait son quota d’oppression, qui semblait être un besoin pour la crédibilité de sa tâche planifiée. D’ailleurs, des formations de « Soufis » étaient considérées comme des alliés du régime. Ils n’hésitaient pas, à la veille du 25 janvier 2011, à condamner toute révolte contre le pouvoir. Beaucoup pensent qu’ils étaient infiltrés, voire manipulé par la police politique. Ils devineront plus tard plus royaliste que le roi.

Les chaussures japonaises
Il y a des siècles, les très jeunes filles japonaises étaient contraintes par leurs mères de mettre des chaussures métalliques qu’elles devaient garder nuit et jour, mois après mois, jusqu’à la maturité. Le but était de garder les pieds des filles bien petits, étant un des signes de beauté. Mais à quel prix ?
S’ajoutant à la souffrance quotidienne et les douleurs persistantes, les jeunes filles se trouvaient, à l’adolescence, avec des pieds déformés. Ces organes, œuvre génial du Créateur, prenaient une forme particulière qui faisait perdre la capacité à la jeune fille de se maintenir en équilibre, avec des difficultés de marche, et des signes d’arthrose précoce.
C’est l’image que j’ai trouvée quand j’ai essayé d’étudier le comportement déséquilibré de la gauche égyptienne, les Nasséristes inclus, sur la scène politique en Egypte.
Les contraintes, la répressions et la manipulation par la police politique pendant plus de trois décennies ont déformé l’opposition, au point où elle se trouve dans l’incapacité de marcher normalement, encore moins, de courir à la vitesse exigée par les événements.
Les erreurs se multiplient. La plus grave était l’alliance de fait avec les éléments de l’ancien régime. C’est ainsi que le « Front de Sauvetage National » (Al Inquaze El Watani) a vu le jour avec un mot d’ordre, refaire, en 2013, le 25 janvier 2011.
Les manifestations mobilisées par le  « F.S.N » à travers les grandes villes égyptiennes devaient être une expression pacifique de mécontents contre le gouvernement des Frères musulmans, une condamnation politique des agressions présumées de leurs adeptes, mais avant tout, une manifestation musclée qui fait de « El Inquaze » un partenaire incontournable, et, pourquoi pas, le remplaçant automatique du régime en place.
Mais lancé une manifestation exige le préalable de pouvoir la maîtriser, nécessitant, en premier lieu, l’harmonie totale des participants, des militants nationalistes désintéressés.
Cela n’a pas été le cas, et le nombre recensé de harcèlements sexuels à la place « Al Tahrir » est indicatif de la nature des personnes injectées dans les manifestations pour gonfler le nombre. La place historique a perdu son caractère, presque divin, des dix-huit jours de janvier et février 2011, et la contre-révolution a réussi à salir le sanctuaire de la révolution
L’âge et le comportement de bon nombre de manifestants montrés par les chaînes de télévisions n’indiquaient pas qu’il s’agissait de jeunes révolutionnaires enthousiastes. Bien au contraire, c’était, en général, l’image typique de délinquants des banlieues, certainement payés par les ténors de l’ancien régime, qui se sont mis à la disposition de l’opposition, après sa perte dans le dernier référendum sur la Constitution.
Les figures et les agissements d’une bonne majorité de manifestants n’avaient aucune comparaison avec les jeunes manifestants de janvier 2011. Certains étaient cagoulés, provocateurs, et d’une agressivité flagrante. C’est ainsi que les « black blocs », créés et financés par la contre-révolution ont joué le rôle de détonateur.

La nouvelle alliance
La direction hétéroclite de l’opposition a manquait de vision nationaliste et de conception stratégique de la situation, elle a donc conclu une alliance malsaine avec les aigris de l’ancien Haut Conseil des Forces Armées, destituée par le président « El  Ikhouandji ». Le rassemblement regroupe aussi  les bribes des dirigeants de la police politique qui craignaient un châtiment à l’image de celle de Port-Saïd, et les hommes d’affaires archi-milliardaires, qui voyaient la fin de leur hégémonie politico-financière et la menace prochaine de la question embarrassante : D'où détenez-vous ce que vous avez ?
L’élite intellectuelle, ignorée puis marginalisée bêtement par l’équipe de Morsi, a essayé de trouver une place sur la scène politique. Sans mettre en doute sa sincérité, elle a oublié les séquelles malheureuses des pactes inspirés par la cupidité et le soif de pouvoir. Bien que chaque intellectuel a lu Faust de Goethe, immortalisé par Wagner, et chaque cinéphile se rappelle de Frankenstein de Mary Shelley, et de l’image de Boris Karloff, qui a joué son rôle. Cette élite a cru que les accidents n’arrivaient qu’aux autres.

L’erreur stratégique des adversaires politiques de Morsi
Au lieu de dénoncer haut et fort les agressions de « baltagueyas », et notamment après plusieurs morts abattus par des balles tirées de directions douteuses, les porte-parole de l’opposition se sont mis à justifier les actes barbares de certains manifestants, donnant ainsi l’impression qu’ils craignaient que les mercenaires ne dévoilent leur complicité. A part des condamnations creuses, sans pour autant exiger des châtiments exemplaires, l’opposition a accusé le chef de l’Etat d’être le responsable de la violence, en prétendant que l’agressivité des manifestants est la suite logique de la violence des milices des « Islamisants », puis de la l’agressivité des forces de l’ordre qui protégeaient le palais présidentiel, assailli par un ensemble de populace, de canaille et même de la pègre, qui enflammaient une population innocente en essayant de créer un clonage idiot du 11 février 2011.
Le niveau de certains opposants devint si bas, au point qu’un intellectuel comme Halim Qandil s’est permis, dans le cadre de son attaque virulente contre les F.M., de faire l’amalgame, menaçant ses partenaires d’une fin comme celle du militant tunisien de gauche, Chokri Belaïd.  
Les erreurs des islamistes ont créé une ambiance réfractaire à toutes les mesures prises par le président égyptien.
Une des fautes stratégiques de Morsi était sa conformité stupide avec la haine viscérale des caciques de F.M. contre le président Nasser, oubliant que la rue en Egypte est en majorité nassériste, par nostalgie ou par méfiance à l’égard des islamisants. C’est ainsi que le président a perdu un courant essentiel de la gauche égyptienne.
Une faute du même calibre, c’est son échec de traiter avec les Coptes (chrétien d’Egypte), qui constituent environ 10% de la population, et maintiennent une main haute sur l’économie et des liens privilégiés avec l’Occident.
De surplus, les impaires des membres F.M. se poursuivent. Les déclarations d’un extrémisme maladroit et provocateur se sont succédé, au point que certains barbus ont appelé à la destruction du Sphinx, et autres statues de civilisation égyptienne millénaire, considérés par ces sous-développés comme « Al Asnams », détruit par le Prophète à La Mecque, presque quinze siècles auparavant. Les médias n’ont pas raté l’occasion pour rappeler la destruction des statues de Bhuda par les Talibans en Afghanistan.

Où sont partis les fans de Moubarak ?
En suivant les manifestations houleuses, les observateurs se sont interrogés sur la disparition de la scène de fameux groupes de « Asfine ya Raës » (Nous le regrettons, président) et les chameliers qui ont attaqué les jeunes révolutionnaire à la place « Al Tahrir ». Ces éléments, manipulés et financés par la contre-révolution, étaient toujours-là, mais avec d’autres slogans et d’autres banderoles.
La majorité des médias égyptiens privés, trop bien connus par nous depuis l’affaire du football, ont jeté l’huile sur le feu. La liste comporte les cinq chaînes « El Hayat », possédées par le président du parti El Wafd, El Badaoui, imminent dirigeant de « El Inquaze ». On trouvera également les deux chaînes « Dream » possédée par le milliardaire Bahgat, alliés de l’ancien HCFA, des autres chaînes animées par le fameux Amr Adib, Ibrahim Aissa et des dizaines d’autres, tous tiraient sur Morsi et son régime à boulets rouges. Les unes de la presse écrite privée étaient des appels flagrants aux émeutes. S’ajoutant à cet orchestre de malheurs des politiciens qui n’ont pas trouvé un strapontin dans le décor politique, des magistrats qui aspirent à un rôle politique, des intellectuels qui veulent façonner le monde à leur vision, et des journalistes ratés comme Hocine Ghani, l’ancien haut-parleur de « Al Jazeera ».
La faute la plus coûteuse de Morsi était la négligence du rôle de l’information dans un pays comme l’Egypte, et de ne pas réussir à avoir un Hamdi Kandeel, une Mouna Shazli et autres sopranos à ses côtés.
Mais d’une façon générale, la situation du pouvoir n’était pas catastrophique.

L’opposition a reçu son ballon d’oxygène inespéré
Des policiers ont lynché un citoyen dans un coin isolé aux alentours de la présidence. Les séquences filmées avaient donné l’impression d’une scène prise dans un studio professionnel. Une caméra, en contre-plongé, était là pour filmer la scène honteuse qui ne peut s’expliquer, encore moins se justifier.
La police politique a été toujours la honte de l’Egypte. Cela explique pourquoi les jeunes révolutionnaires ont choisi pour manifester  leur colère contre Moubarak la date du 25 janvier, qui correspondait à la fête annuelle de la police.
Le « Haut Conseil des Forces Armées », qui dirigeait le pays après la chute du Moubarak, n’a pas pris la même mesure que Gamal Abdel Nasser après la défaite de 1967. A l’époque, le président a décapité l’armée, en limogeant les grands chefs, responsables de la débâcle, en donnant l’occasion à une nouvelle génération d’officiers nationalistes qui réalisera la victoire de 1973. C’est là que le monde a connu les noms de généraux Shazl, Gamassi et Riad.
Le « HCFA » devait opérer à chaud dès la chute de Moubarak et procéder à l’élimination de tous les officiers supérieur de la police connus par leur allégeance inconditionnelle au système, de leur pratique malsaine de fraude électorale et de répression criminelle, modèle Bigeard et Pinochet.
Ce sont les mêmes officiers qui ont conçu et exécuté la mise en scène de l’attaque de notre équipe de football en novembre 2009.

Le pourquoi
Les mauvaises langues prétendent que ça n’a pas été ni un oubli ni une clémence mal conçue, mais au contraire, la junte militaire estimait qu’elle aurait besoin des services des anciens tortionnaires de Moubarak, qui eux-mêmes auraient besoin de la protection des militaires. Ce serait un donnant-donnant : le roi est mort, vive le roi.
Le président Morsi avait compris le manège, il a vite fait pour avoir la haute main sur l’armée, en mettant fin à la mission de l’ancien commandement présidé par l’octogénaire Tantaoui, rajeunissant ainsi la direction de l’armée par la promotion d’une nouvelle équipe, donnant l’espoir aux jeunes officiers cloués aux grades inférieurs pendant des décennies. Ainsi garantir leur loyauté au nouveau commandant en chef des forces armées. Ceci fait, Morsi a négligé le nettoyage indispensable du ministère de l’Intérieur.
Certes, il a agi avec une sérénité remarquable, une volonté de fer, et surtout, avec une série de mesures pour rétablir la démocratie, en œuvrant pour l’adoption de la Constitution, et en préparant les élections de la chambre basse.

L’affaire est loin d’être classée
Les adversaires de Morsi perdent, malheureusement, la raison. Ils poussent l’Egypte vers l’impasse. Le pays est presque paralysé par l’agitation de la rue, mais Morsi mène le jeu avec un sang-froid étonnant. Il compte sur la majorité silencieuse, le parti de « El Kanaba » (la chaise longue de laisser-aller) comme dit l’homme de la rue.
C’est que la population ne cache pas son inquiétude, car c’est son pain quotidien qui est en jeu. Les gens commencent à réaliser que la contestation orchestré signifie tout simplement que celle-ci est sûre de perdre les élections législatives. Son alliance avec les ténors du régime déchu confirme que ses cris pour la démocratie n’est qu’une hypocrisie méprisable.
Le malheur c’est que des révolutionnaires aigris, à tort ou à raison, se retrouvent dans la même tranchée que des bribes de l’ancien régime. L’extérieur, notamment arabe, n’est pas étranger à ce qui se passe en Egypte, et les Israéliens se frottent les mains, en espérant le pire.
Morsi aura besoin de beaucoup de courage, d’agilité, de lucidité, et de patience pour réussir son pari. Il doit, surtout, ne pas confondre entêtement et fermeté, obstination et détermination. Jusqu’à preuve du contraire, il n’a pas le portrait classique des islamisant de Kandahar et de Tora Bora, peut-être grâce à son séjour et travail aux Etats-Unis. D’ailleurs, le danger qui le menace viendra des caciques des F.M., et des extrémistes islamisants (je n’ai pas dit… islamistes).
Pour le moment, l’opposition est en chute morale libre. Son image de marque populaire est en contradiction avec sa présence médiatique. En essayant  d’imposer politiquement par les alliances malsaines elle commet un sacrilège impardonnable, car elle joue le jeu de la contre-révolution. D’ailleurs, nous avons tous sous-estimé le pouvoir des bribes de l’ancien régime, avec sa richesse colossale, qui mise sur le recrutement de toutes les forces déchues ou marginalisées, à tort ou à raison, depuis le 11 février 2011, y compris des révolutionnaires et des patriotes sincères.
C’est malheureux de constater qu’El Inquaze est devenu la voix de la contre-révolution et son mot de passe. Elle est donc comptable de chaque vie humaine perdue. Peu importe les bonnes intentions de certains de ses dirigeants, car l'enfer est pavé de bonnes intentions.     
    M. A.


La police en grève pour dénoncer son instrumentalisation
La police égyptienne, secouée par un mouvement de contestation sans précédent, a décidé de ne plus obéir aux ordres, ayant le sentiment d'être instrumentalisée par le pouvoir en place. Accusés d'usage excessif de la force par l'opposition et les jeunes manifestants hostiles au président Morsi et aux Frères musulmans, les policiers se sentent détestés par leurs concitoyens alors qu'ils assurent simplement respecter les consignes. "Nous suspendons notre travail sine die car nous refusons d'assumer la responsabilité des erreurs du gouvernement qui veut nous impliquer dans le conflit politique", affirme à l'AFP Hassan Mostafa, un colonel de police à Port-Saïd. "Toute la société est contre nous, elle considère les manifestants (tués dans les heurts) comme des martyrs, alors que nous n'avons même pas le droit de nous défendre", ajoute-t-il.


 

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