El Asnam, 30 ans après le séisme du 10 octobre : Des avancées notables dans la connaissance de l’aléa sismique

Dans le cadre de la commémoration du 30e anniversaire du séisme d’El Asnam du 10 octobre 1980 et de la journée internationale sur la Prévention des Catastrophes naturelles, le Centre de Recherche en Astronomie Astrophysique et Géophysique (CRAAG) organise, depuis hier, au Palais de la culture un colloque international de deux jours sur le thème « Séisme d’El Asnam du 10 octobre 1980, trente ans après ».
PUBLIE LE : 12-10-2010 | 20:32

Dans le cadre de la commémoration du 30e anniversaire du séisme d’El Asnam du 10 octobre 1980 et de la journée internationale sur la Prévention des Catastrophes naturelles, le Centre de Recherche en Astronomie Astrophysique et Géophysique (CRAAG) organise, depuis hier, au Palais de la culture un colloque international de deux jours sur le thème « Séisme d’El Asnam du 10 octobre 1980, trente ans après ».
Cette importante rencontre scientifique, qui regroupe des experts nationaux et internationaux dans le domaine de la sismologie, s’attelle à dresser un large spectre de questionnements sur cet événement marquant, mais, néanmoins, douloureux, de faire une rétrospective rigoureuse sur les enseignements qui ont été tirés, d’élaborer un bilan des actions entreprises dans le champ de la prévention et de la réduction du risque sismique et d’établir un débat sur les perspectives en matière de recherche sismologique dans notre pays. C’est ce qu’a indiqué M. A.K. Yelles-Chaouche, directeur du CRAAG, dans son allocution d’ouverture des travaux.
Trente après l’occurrence de ce puissant tremblement de terre qui a dévasté la région d’El Asnam, il apparaît utile de rappeler que devant la catastrophe, le pays se mobilisa immédiatement pour en faire disparaître progressivement les stigmates et parvenir à réussir à en éliminer les conséquences néfastes qui en découlèrent.
Du point de vue scientifique, ce séisme a déclenché tout un processus de recherches en sismologie car il fallait comprendre impérativement ce qui s’était passé et d’en déduire des informations pour appréhender scientifiquement la compréhension de la sismicité dans le nord de notre territoire. Le directeur du CRAAG a souligné que des travaux multiples ont été menés et ont permis d’accomplir des avancées appréciables dans la connaissance de l’aléa sismique à telle enseigne qu’aujourd’hui, beaucoup de réponses sont possibles pour cerner l’origine de la sismicité dans le nord de l’Algérie. C’est un phénomène continu, entretenu par le rapprochement des deux plaques africaine et eurasiatique avec un taux de convergence d’environ 0,5 cm par an. Cette sismicité décroît du Nord au Sud et que les séismes les plus importants se localisent dans la région tellienne. Pour M. Yelles-Chaouche, ce colloque coïncide avec plusieurs autres événements. En effet, cette année est aussi celle de la commémoration du trentième anniversaire de la création du CRAAG. Cela démontre que quelques mois avant ce tremblement de terre, une prise de conscience existait à propos du phénomène sismique. Le centre célèbre un siècle de recherche en sismologie en Algérie puisque la première station fut implantée en 1910 à Bouzaréah. Enfin, il coïncide avec la journée mondiale sur la Prévention contre les Catastrophes naturelles. C’est l’opportunité de signifier à aux citoyens qu’on n’est jamais à l’abri d’un risque majeur et qu’une politique sérieuse en matière de prévention et d’implication de toute la population permettra d’atténuer les retombées néfastes des catastrophes dans notre pays.
Pour ce qui le concerne, M. Oud Amer, wali hors cadre, a déclaré dans son intervention devant l’assistance, que le séisme d’El Asnam a fait émerger aussitôt la nécessité d’élaborer une stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes. Cela s’est matérialisé par l’adoption le 29 mai 1985, d’un Plan national de prévention des catastrophes et d’organisation des interventions et secours qui se renforça par deux décrets. Suite aux deux catastrophes de Bab El Oued en 2001 et le séisme de Boumerdès en 2003, il y a eu promulgation de la loi 04-20 du décembre 2004 qui s’inscrit dans le cadre du développement durable. Un nouveau dispositif est donc mis en place pour constituer un système global initié et conduit par l’Etat pour prévenir les risques majeurs et gérer les catastrophes naturelles.
Le programme de travail de ce colloque auquel prennent part de nombreux spécialistes algériens et étrangers en particulier des hommes de science originaires des pays du Maghreb, d’Europe et du Bassin méditerranéen, s’articule autour de plusieurs axes de recherche. Il traite notamment du séisme d’El Asnam et de ses enseignements, des systèmes de gestion des risques en Algérie, de la surveillance sismique et tectonique active, des aléas sismiques au nord de l’Algérie, du génie parasismique, des risques majeurs naturels. Un débat général est prévu et des recommandations seront faites à l’issue de ce colloque.
L’expérience algérienne en matière de connaissance des aléas sismiques, d’ailleurs fortement reconnue et appréciée par la communauté scientifique internationale, selon les propos de M. Yelles-Chaouche est donc appelée à se renforcer et à se fortifier à l’effet d’accroître les perspectives de recherche sismologique en Algérie.
M. Bouraïb

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A retenir

l Le choc engendré par le séisme du 10 octobre 1980 fut terrible, au vu de l’importance des pertes en vies humaines (2.633 victimes) et des dégâts enregistrés (près de 2 milliards de dollars de pertes).
l Une année avant le séisme de Boumerdès, un réseau géodésique GPS a été construit autour de la faille de Thénia. Ce réseau a permis de quantifier les mouvements co-sismiques générés par le séisme du 21 mai 2003.
l La région de Chlef est considérée comme l’une des régions sismogènes les plus actives de la Méditerranée occidentale. Elle a été le siège de nombreux événements sismiques.
l Le tremblement de terre d’Agadir est considéré comme le plus grand événement sismique qui a été ressenti et enregistré au Maroc. Il a soulevé un grand intérêt à l’échelle nationale et mondiale. Ce tremblement de terre a suscité l’intérêt des journalistes nationaux et internationaux en réalisant des reportages riches en informations au point qu’ils sont devenus des sources de renseignements incontournables.
l La sismologie instrumentale en Algérie a débuté en 1910. La première station installée à cette même date, fut celle de Bouzaréah avec comme instrument un sismographe courte période de type Bosch Mainka.
l En 2003 eu lieu le séisme de Boumerdès. Après ce tragique événement, le CRAAG décida de se doter d’un réseau numérique de haute qualité. C’est ainsi que débuta l’installation de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ADSN (Algerian Digital Seismic Network). Ce réseau comporte à la date de juillet 2009, une cinquantaine de stations en temps réels.
l Le domaine marin est resté longtemps méconnu en Algérie. Deux campagnes marines ont eu lieu en 2003 et 2005 et ont permis de faire un saut qualitatif en ce qui concerne la structure géologique sous-marine et la qualité des données, non seulement pour le domaine marin algérien mais aussi pour toute la Méditerranée occidentale.
l L’Algérie participe avec la Tunisie et le Maroc à la mise en œuvre au prototype d’un système d’alerte précoce à la sécheresse, basé sur les techniques spatiales (partenariat OSS).
l Les catastrophes naturelles les plus fréquentes et les plus dévastatrices en Algérie sont dues aux inondations. Le risque d’inondation est un croisement entre la vulnérabilité et l’aléa. La vulnérabilité est la prédisposition à l’inondation accentuée par certains facteurs favorisants telles la déforestation intensive ou l’urbanis.
M. B.

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Bon à savoir

l Le directeur du Centre de recherche  en astronomie astrophysique et géophysique (CRAAG), M. Abdelkrim Yelles-Chaouche  a appelé à "discuter des perspectives en matière de recherche sismologique en  Algérie".          
Evoquant le séisme qui avait frappé la ville d’El Asnam et ayant fait  2633 morts et près de deux milliards de dollars de dégâts, le directeur du CRAAG  a fait observer que l’attention particulière accordée à ce triste événement  par la communauté scientifique nationale et internationale a amené à réaliser  une étude dont les  retombées ont permis de faire un "saut qualitatif" dans  la compréhension de la sismicité du Nord de l’Algérie et les mécanismes de déformation  de la région méditerranéenne.          
l "L’ampleur du séisme a imposé à l’époque à notre pays la nécessité de  se doter d’un réseau de surveillance sismologique et de lancer des investigations  sismologiques dans la région Nord de l’Algérie".           
l Le séisme de 1980 a servi de "repère" puisqu’il  a jeté les jalons de la sismologie moderne en Algérie et a été à l’origine de  la création du CRAAG en 1980 en tant que structure de recherche mais aussi de  toute politique de prévention menée depuis lors par l’Algérie.          
l Le DG du CRAAG a indiqué que la sensibilisation des  populations au risque sismique a été défini "stratégiquement" en 1985, expliquant  que la connaissance scientifique a permis d’établir que la région Nord est sismique  et que le phénomène qui s’est produit par le passé se reproduira sans aucun  doute dans le futur dans ces régions.
l "Les actions de sensibilisation ont amené le ministère de l’Education  nationale à introduire dans les manuels scolaires des leçons sur les risques  majeurs et le Croissant  rouge algérien a également engagé des actions pilotes",  a ajouté le directeur du CRAAG, estimant que ces expériences restent  une "étape  importante dans la réduction du risque sismique en Algérie d’où la nécessité  de les pérenniser dans le temps et les étendre à l’ensemble des wilayas du Nord".          
l De son côté, le wali hors cadre au ministère de l’Intérieur et des Collectivités  locales, M. Rabah Ould Amer, a relevé que la " prise de conscience" après le  séisme d’El Asnam s’est traduite par l’adoption en 1985 d’un Plan de prévention  des catastrophes et d’organisation des interventions de secours".           
l "Si la planification des secours existe depuis 1985 au  niveau local  (wilayas et communes), la nouveauté du dispositif réside dans l’institution  des plans ORSEC nationaux et régionaux et de sites sensibles ainsi que des plans  particuliers d’intervention pour les risques technologiques ", a souligné le  représentant du ministère de l’Intérieur.           
l Se référant à la stratégie de prévention des catastrophes lancée par les Nations Unies en 2000, M. Ould Amer a noté notamment qu’une loi a été adoptée  en Algérie en 2010, validant le Schéma directeur de l’aménagement du territoire  dans le cadre du développement durable SNAT 2010-2030.           
l Il a relevé que la réduction du risque des  catastrophes est incluse  dans les plans et stratégies de développement ainsi que les plans d’aménagement  régionaux et urbains.           


 


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