mercredi 24 juillet 2019 10:38:14

Forum géostratégique d’El Moudjahid : Manipulations médiatiques des “révolutions” arabes

Mme Saida Benhabyles, ancienne ministre : “L’histoire nous a donné raison”

PUBLIE LE : 10-01-2013 | 0:00
Photos :Wafa

Le Forum géostratégique d’El Moudjahid a réuni hier, un panel d’experts, à l’origine de l’intéressant ouvrage collectif intitulé Les faces cachées des révolutions arabes, pour débattre de cette thématique qui a bouleversé si ce n’est complètement déstabilisé certains pays arabes, la Tunisie, l’Egypte, la Libye et la Syrie.

Deux années après ce qui a été qualifié prématurément de «Printemps arabe», il est aisé de constater malheureusement que la désillusion est totale. La situation politique, sociale et économique de ces pays s’est totalement détérioré et leur avenir est des plus incertains.
Dès l’entame de cette rencontre, il était question de présenter l’ouvrage La face cachée des révolutions arabes et c’est Mme Saida Benhabyles qui s’est acquitté de cette mission en rappelant à l’assistance, la genèse de l’édition de ce livre collectif, à savoir que c’est une initiative du Centre de recherche et d’études sur le terrorisme que dirige Yves Bonnet. «C’est lui qui a eu l’idée au regard de la guerre médiatique et de la campagne de désinformation», affirme Mme Benhabyles. Une délégation a été constituée et il y a eu déplacement sur le terrain des révolutions aux fins de vérifier les informations et établir une évaluation objective de la situation. La chaîne qatarie au banc des accusés en flagrant délit de désinformation, est épinglée. «Lorsqu’El Djazira parle de bombardement des populations par l’armée libyenne, c’était une fausse information. En réalité après vérification, nous nous sommes rendus compte qu’il s’agit de bombardement des forces de l’OTAN» souligne Mme Benhabyles. La même mission a été accomplie en Syrie apprend-t-on. Elle ajoutera que les rapports établis ont été mal appréciés et que la presse ne s’est pas gênée de nous accuser de soutien au secours des dictateurs. «Nous sommes partis au secours de la vérité», conclut-elle.
Lui succédant, Yves Bonnet axera son intervention sur une des caractéristiques des guerres modernes, le volet manipulation médiatique. «Les moyens d’information sont devenus superpuissants» tenait-il à expliquer avec deux précédents comme argumentaire, la guerre du Golfe et les pseudos témoignages d’une Koweitienne qui aurait subi des sévices. «Des témoignages truqués» pour manipuler les opinions. Il parle du rôle négatif d’El Djazira. «Cette chaine» qatarie ce n’est pas uniquement de la manipulation, c’est du mensonge».
De son côté, Richard Labevière, écrivain et spécialiste des Proches et Moyens Orients, plus direct, met l’index sur les Etats-Unis et ses alliés stratégiques dans la région. «On a coopté des sociétés contre des Etats pour les fragiliser et les déstabiliser » tranche-t-il, avant de souligner que l’épicentre de cette crise dans les pays arabes est le conflit israélo-palestinien.
Les commanditaires ont-ils réussi demande un confrère lors du débat. Yves Bonnet s’est chargé de lui répondre en soulignant que si  leur objectif était de déstabiliser ces pays, le oui est catégorique mais si on veut parler de démocratisation, là aussi, c’est sans équivoque, la réponse est négative.
Abdelkrim Tazaroute

Mme Saida Benhabyles, ancienne ministre
“L’histoire nous a donné raison”
«Quoique je ne sois pas géo-stratège — Moi, je suis pédagogue et femme de terrain —, ma lecture des printemps arabes, est la conclusion des deux missions que j’ai faites en Libye et en Syrie. En fait, c’était une mission d’évaluation et de constatation. Ce n’était pas pour lancer des jugements.
On avait fait un rapport et il y avait des analystes et des experts des domaines géostratégiques et sécuritaires. Et, malheureusement, l’histoire nous a donné raison sur tout ce qui a été dit dans ces deux rapports concernant la situation en Lybie et en Syrie.
Comme tout le monde le sait, une révolution c’est fait pour un changement positif, pour le renforcement de l’Etat et des institutions de l’Etat et pour un bien être pour la population (liberté d’expression, droit de l’homme, amélioration du statut de la femme, etc). Or, depuis deux ans, le résultat est là : Quelle est la situation en Lybie? Quelle la situation en Tunisie? En Egypte? Au Yémen?
L’Irak a donné l’exemple puisque depuis 2003, l’on a lancé le ton, déjà, avec l’Irak. On a enlevé un dictateur. Je ne suis pas pour les dictateurs. Bien au contraire. Je comprends les préoccupations de ces populations qui sont légitimes. Mais, malheureusement, cette volonté populaire pour l’amélioration de la situation de toutes ces populations qui ont exprimé leurs ras le bol à travers des manifestations a atteint un objectif contraire a celui qui a été assigné, dés le début. J’allais dire : ils ont été quelque part manipulés. Quelque part, on les a trompés et on a confisqué leur volonté de liberté.  On voit aujourd’hui, quel est le statut des femmes actuellement, quelle est la situation des droits de l’homme, la situation socio-économique des populations, et on se demande à qui a servi cette révolution ? Est-ce que c’est logique et c’est bénéfique, pour les populations, de remplacer une dictature politique par une dictature religieuse ? Je pense que les Algériens sont assez mieux placés que quiconque pour savoir quel est le danger de l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques par des extrémistes comme les Salafistes. Nous avons payé 200.000 sinon plus victimes de terrorisme. Nous avons résisté tous seuls contre le terrorisme. Et nous savons de quoi nous parlons. Et c’est pour cela que nous avons personnellement en tant qu’Algérienne soutenu par ces experts et maintenant par l’opinion régionale que ce qui est appelée révolutions arabes, ces révolutions sont loin  d’être arabes. En effet, on a démontré hier (mardi dernier, NDLR) lors d’une journée d’études, quelles sont les laboratoires qui ont préparé cette nouvelle stratégie qui est loin de servir les populations arabes ou les pays arabes. Elles servent les intérêts de l’Occident, des Américains et de l’Europe. C’est pour des raisons d’ordre géo-stratégique, des raisons d’ordre économique ». 

M. Richard Labevière, consultant international
“Les mal nommées révolutions arabes”
J’ai trois remarques à formuler. La première concerne le sens de la notion de Révolution. Les grandes révolutions de l’histoire, on les connait. Il y a la Révolution française de 1789, la Révolution russe, la Révolution algérienne qui a donné l’indépendance, il y a la Révolution du Nicaragua sur laquelle j’ai pu travailler et que j’ai eu à couvrir en tant que jeune journaliste à l’époque. Et souvent, la plupart de ces révolutions importantes consolident, assurent la promotion du fait national. Aujourd’hui, dans les mal     nommées révolutions arabes, on assiste à une accélération de soulèvements. La plupart sont anciens, que ce soit, en Tunisie, en Egypte, en Lybie ou ailleurs, qui ont débouché non pas sur la consolidation du fait national mais sur leur affaiblissement, à savoir que dans l’accompagnement de ces révoltes par des puissances occidentales, on a joué les sociétés contre l’Etat, ce qui est l’inverse des révolutions nationales traditionnelles. On a copté des sociétés contre l’Etat pour affaiblir, pour casser les Etats du monde arabe, dans la mesure où les Etats-Nations arabes étaient perçues par ces anciennes puissances coloniales ou les puissances coloniales actuelles, on assiste à des mouvements qui cassent les Etats qui ne les consolident pas.
La deuxième remarque c’est que ces mouvements, mal nommés révolutions arabes, ont la plupart du temps copté une formation politique issue de l’histoire de la confrérie égyptienne des frères musulmans. Je souligne ici que la confrérie des frères musulmans était depuis les années cinquante, l’allié stratégique permanent des politiques américaine dans le Proche et le Moyen Orient.
D’une certaine façon, à travers ces révolutions arabes, il fallait tout changer pour que ne rien change. C’est-à-dire qu’il fallait moderniser des régimes anciens et les changer pour proroger et prolonger le suivi et l’avenir des intérêts énergétiques, économiques, stratégiques, militaires et politiques des anciennes puissances coloniales les plus proches des Proche et Moyen Orient.
La Troisième remarque concernera la crise syrienne qui n’est pas une révolution mais une guerre civile qui a largement été fabriquée par un certain nombre de puissances du Golfe de la région soutenues par les puissances occidentales, avec en suivisme les pays européens, avec  le financement massif de certaines monarchies du Golf.
Ce qui nous amène à dire dans notre rapport : Syrie : une libanisation fabriquée? C’est-à-dire encore, de la même manière, une volonté de casser les Etats, de fragmenter politiquement et territorialement les derniers Etats-Nations arabes constitués. Et aujourd’hui, c’est la Syrie. Donc, la volonté est de casser et de fragmenter territorialement la Syrie pour affaiblir l’Iran ».
Propos recueillis par Soraya G.

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