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Livre « Français par le crime, j’accuse ! » de Mohamed Garne : Effroyable témoignage

• « Français par le crime, j’accuse » est un livre autobiographique de Mohamed Garne, né d’un viol collectif de militaires français durant la guerre de libération, en 1959.

PUBLIE LE : 12-10-2010 | 20:50
D.R

Edité à compte d’auteur, le livre rouvre la page hideuse des crimes français commis durant la guerre d’Algérie. Le témoignage de Mohamed Garne est bouleversant, effroyable tant l’évocation rappelle que dès qu’un silence se brise sur cette période de la guerre, ce sont autant de preuves qui se dressent sur le passé colonial de la France. Le livre est saisissant, se lit d’une seule traite pour tracer l’histoire d’une vie brisée, rappeler des douleurs tues, des plaies encore béantes que même le temps n’arrive pas à cicatriser tant le mal est profond. En écrivant le récit de sa vie, Mohamed Garne réussit l’exploit de déterrer le passé colonial français en Algérie et partant de parler au pluriel des crimes commis et des souffrances devinées des autres victimes. Le cas Mohamed Garne ne pouvait effectivement être unique tant la pratique des viols des militaires français s’était érigé, tout comme la torture, en véritable système de répression contre toute forme de rébellion et de résistance des Algériens.
Mohamed n’a pas la prétention d’écrire un livre d’histoire sur la guerre d’Algérie, ni sur les crimes de guerre mais le contexte oblige, son récit y fait référence. Ce passé colonial sans qu’il soit transcrit directement, occupe le cadre pour en constituer en quelque sorte, le personnage central. La vie de Mohamed Garne, son histoire, les péripéties et les souffrances de son parcours, tissent la toile de ce livre réquisitoire. Mohamed, en parfait symbole de victime des crimes coloniaux, découvre au cours de sa quête de la vérité de son identité et de son histoire, les souffrances et les blessures des autres, le sacrifice et l’héroïsme de sa mère, l’inconsolable mère qu’il a retrouvé 28 ans après sa naissance, réfugiée dans un cimetière pour fuir son passé et fuir l’ingratitude des siens et la méchanceté des autres.
Mohamed Garne a souffert depuis son enfance mais a eu ce courage et cette force d’aller de l’avant pour chercher la vérité et de l’affronter aussi hideuse soit-elle pour se libérer d’un poids,  de sa souffrance.
Dans la préface signée par la moudjahida Louisa Ighilahris, le combat contre l’amnésie coloniale de la France, mené par Mohamed Garne est mis en relief tout comme elle soulignera le mérite de l’auteur : «  La chape de plomb est tombée et nous interpelle. Témoignage déchirant, douloureux, il est d’une profondeur abyssale ». Mohamed Garne mérire désormais notre profonde gratitude, sympathie et notre solidarité. Nous avons le souffle coupé en parcourant  les pages de son livre…Va-il survivre ? Sortira-t-il indemne de cette tragédie ? Né d’un viol collectif donc d’un père inconnu. Cette pratique était courante durant la guerre d’Algérie. Avilir, humilier c’est le sort réservé à Kheira sa mère biologique âgée alors de 16 ans, mariée au martyr oublié Abdelkader Bengoucha dit El Fartas, mort au champ d’honneur dans l’Ouarsenis, Wilaya 4 historique durant la guerre de libération. »

Dans un récit à la fluidité avérée, Mohamed Garne entame son livre avec un réquisitoire « J’accuse ».
« J’accuse l’Etat français d’avoir torturé, violé et tué des Algériens et des Algériennes innocents. J’accuse l’Etat français d’avoir brûlé et détruit des villages et des récoltes en Algérie. J’accuse l’Etat français d’avoir déplacé et enfermé près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants dans des camps de concentration. J’accuse les gouvernements successifs de 1954 à  1962 d’avoir couvert et encouragé la torture, d’avoir donné et exécuter sans jugements des Algériens.
Garne plante ainsi le décor pour commencer son terrible et effroyable témoignage avec une écriture sans fard, soucieuse du moindre détail. Il en résulte au fil des pages, une forte charge émotionnelle. Depuis sa petite enfance, Mohamed Garne cerne son destin. De l’orphelinat à la prison en passant par l’adoption, sa vie n’aura été qu’une série d’épreuves. Une vie tumultueuse. Mais c’est sans doute la rencontre avec sa mère, retrouvée, 29 ans après sa naissance qui bouleversera le lecteur. Mohamed Garne abaisse tous les interdits et tous les obstacles pour le seul besoin de la vérité et pour ce faire, il fera endurer à sa pauvre mère, l’épreuve de la dure réalité à révéler. « Tout cela est la faute de mon fils¸ il s’est entêté
Alors que je ne veux qu’une chose : qu’on me laisse tranquille. »
Le Juge reprend la parole :
« Justement, vous allez nous dire enfin si c’est l’enfant de Bengoucha, ce fils. Je vous préviens que vous risquez la prison, si vous faites une fausse déclaration. »
A ce mot de prison, ma mère tombe à genoux :
« Et vous voulez me faire honte devant cette salle, monsieur le juge ? Si vous le savez. »
Et après un instant, elle poursuit :
« Vous voulez savoir ce que vous savez, monsieur le juge. Ce que vous avez tu pendant tant d’années. Que les Français violaient. J’ai été violée par les soldats, violée, violée. »
Je vois ma mère, à genoux, cheveux dénoués, entamer le « chant de la mort », une sorte de danse extatique, incantation rythmée par une tête qui va de droite à gauche et revient. »
 C’est un effroyable témoignage que signe dans « Français par le crime, j’accuse », Mohamed Garne.
Abdelkrim Tazaroute
 

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