mercredi 22 mai 2019 19:03:31

Les fondements de la reconstruction de l’État algérien

Commémoration du 54e anniversaire de la création du GPRA et hommage à Abdelhamid Mehri au Forum d’El Moudjahid

PUBLIE LE : 16-09-2012 | 0:00
Photos : Nacéra

Le 19 septembre 1958, quatre ans après le déclenchement de la Révolution de Novembre, l’Algérie formait son premier gouvernement : le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Cette action politique visait le parachèvement de l’installation des institutions de la Révolution et la mise en place des fondements de la reconstruction de l’État algérien. Lamine Khène, qui a fait partie du premier exécutif, est revenu, hier, au Forum de la Mémoire, sur les raisons et les conséquences de la création de cette instance qu’il considère, en importance, la cinquième, après le déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954, l’offensive du  Nord-Constantinois le 20 août 1955, la grève des étudiants le 19 mai 1956 et le congrès de la Soummam le 20 août 1956.
Le docteur Lamine Khène, co-fondateur de l’UGEMA, officier de l’ALN et secrétaire d’État du GPRA, a été invité, hier, par l’association Machaâl Echahid, dans le cadre du Forum de la Mémoire organisé conjointement avec le quotidien El Moudjahid, à évoquer les circonstances et les objectifs de la  constitution du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Et ce à l’occasion de la commémoration du 54e anniversaire de la naissance du premier gouvernement algérien. Ce témoin discret de la révolution de Novembre  a  tant  de choses à dire et à nous apprendre. Affable, il a tenu  à rappeler que la mobilisation populaire, l’engagement du mouvement nationaliste à sa tête Messali El Hadj sont des facteurs essentiels   qui ont permis le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954 qui a mené  le pays à l’indépendance. Pour l’anecdote, il raconte qu’il avait appris que les dirigeants de la Révolution avaient constitué un gouvernement provisoire et qu’il était désigné secrétaire d’État du GPRA, grâce à la radio, alors qu’il était au maquis de la Wilaya II.  Après, il avait  été informé qu’il a été désigné, avec Mustapha Stambouli et Omar Oussedik, pour représenter l’intérieur du pays. C’est avec un large sourire qu’il insiste pour dire que Hocine Aït Ahmed et lui-même sont les deux seuls membres du premier gouvernement encore en vie. C’est dire qu’ils sont parmi les  derniers survivants d’une époque pas comme les autres. Évoquant l’âge des ministres du GPRA, il dit : «J’avais à l’époque 27ans. J’étais le plus jeune de l’exécutif. Hormis Ferhat Abbès et Tewfik Madani, la moyenne d’âgé oscillait autour de 35 ans. Le GPRA comprenait d’anciens du CRUA, des militants arrivés aux responsabilités pendant la guerre de libération, d’anciens membres du comité central du MTLD, d’anciens de l’UDMA et un membre de l’Association des oulémas.»
Dans son intervention, le moudjahid Salah El Kobi a rappellé que l’État algérien existe depuis la Numidie. Et le GPRA n’est pas l’acte de naissance de l’État algérien, mais un point de départ de sa reconstruction. Et l’une des raisons qui ont poussé les dirigeants du FLN à opter pour la formation d’un gouvernement était d’obliger la France à reconnaître la souveraineté de l’Algérie. Le conférencier a par ailleurs passé en revue les activités du GPRA depuis sa création. À ce sujet, il dit que «le GPRA avait pris en charge le volet diplomatique pour faire connaître la cause algérienne et gagner le soutien et la solidarité de l’opinion publique internationale à travers sa participation aux forums internationaux, notamment aux niveaux africain et arabe, et des visites à des pays frères solidaires de la Révolution algérienne. D’ailleurs, les représentants du FLN dans les pays amis ont été promus au rang d’ambassadeurs». Le conférencier a tenu à souligner que l’idée de constituer un gouvernement remonte au mois de septembre 1957. Il ajoute que la constitution du GPRA  est survenue  à un moment extrêmement délicat pour la Révolution algérienne. Elle a surtout été  une réponse à la politique d’intégration qui clamait que l’Algérie était la France et ne pouvait exister en dehors d’elle. Mais avec la création du GPRA, la France se trouvait devant un fait accompli. Elle qui prétendait qu’elle n’avait pas d’interlocuteurs.

Hommage à Mehri
Cependant, elle n’a jamais reconnu cette instance, et lors des négociations d’Evian, elle a préféré annoncer que les pourparlers se déroulent avec la délégation FLN. Le Forum de la Mémoire, en marquant la commémoration du 54e anniversaire de la création du GPRA, a voulu par la même occasion rendre hommage un moudjahid et géant de la politique, en l’occurrence Abdelhamid Mehri, décédé au mois de janvier 2012.  Son fils Souhil a assisté à la conférence et écouté les amis de son défunt père qui se sont succédé à la tribune pour évoquer la mémoire d’un homme qui mérite le respect et l’admiration. Un homme qui a toujours milité pour que la date du 19 septembre 1958 soit retenue car elle correspond à la restauration de l’État algérien. Son ami Salah Goudjil a tenu à rappeler le rôle joué par le défunt moudjahid à Tanger, à la veille de l’annonce de la naissance du GPRA. Après l’indépendance, dit-il, il a occupé de hauts postes. Après les événements d’octobre 1988, il a eu à gérer les rênes du FLN. Et là aussi, il a réussi, dit-il, dans sa mission, car il est parvenu à rassembler tous les membres du parti. Homme de dialogue, il l’a été toute sa vie.
Nora Chergui


Les membres du premier GPRA

- Président : Ferhat Abbas
- Vice-président et ministre des Forces armées : Belkacem Krim
-Vice-président : Ahmed Ben Bella
- Ministres d’Etat : Hocine Aït Ahmed, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider
Ministre des Affaires extérieures : Lamine Debaghine
- Ministre de l’Armement et du Ravitaillement : Mahmoud Chérif
- Ministre de l’Intérieur : Lakhdar Bentobbal
- Ministre des Liaisons générales et des Communications : Abdelhafid Boussouf,
-Ministre des Finances : Ahmed Francis
-Ministre des Affaires nord-africaines : Abdelhamid Mehri
-Ministre de l’Information : M’hamed Yazid
-Ministre des Affaires sociales : Benyoucef Benkhedda
-Ministre des Affaires culturelles : Tewfik el Madani
- Secrétaires d’Etat résidant à l’intérieur : Lamine Khène, Omar Oussedik, Mustapha Stambouli


M. Kamel Bouchama :
“Pour moi, M. Mehri incarne le respect”

M. Kamel Bouchama, vous êtes ancien ministre, homme de lettres et militant fidèle du FLN. La rencontre d’aujourd’hui qui est consacrée à la commémoration du 54e anniversaire de la création du GPRA se veut un hommage appuyé à Abdelhamid Mehri, figure emblématique du mouvement nationaliste et du Front de libération nationale. Si vous aviez à définir M. Mehri en quelques mots, ils seraient les- quels ?
Abdelhamid Mehri fut un grand homme à travers toutes les étapes qu’il a vécues en même temps que l’Algérie. À vrai dire, on ne peut parler des dirigeants de la Glorieuse Révolution, de l’histoire du nationalisme algérien, sans évoquer M. Mehri. Ce fut un homme très circonspect, un homme qui avait de la logique dans le propos, qui était sincère dans ces actes et courageux dans ses décisions.
On ne peut pas dire que Abdelhamid Mehri est un militant de circonstances parce qu’il a vécu toutes les étapes en leur donnant le meilleur de lui-même et en y mettant toute sa volonté.

Pourrait-on connaître votre appréciation personnelle sur cet homme hors du commun ?
Ce que je connais de Abdelhamid Mehri, personnellement, c’est qu’il était d’un abord très agréable, malgré ce que d’aucuns disent de lui en le peignant par d’autres couleurs maussades, alors que lorsque vous abordez avec lui le dialogue, il vous montre un autre visage autrement plus jovial, plus convivial. Pour moi, Mehri incarne le respect. J’ai eu énormément de rencontres avec lui qui m’ont beaucoup marqué, tant en Algérie qu’à l’extérieur du pays. Nous avons effectué  certaines missions ensemble, et j’ai apprécié le responsable ; nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur le plan amical où j’ai découvert  l’homme.
Le décès de Mehri, qui est le destin de l’homme, reste une grande perte pour l’Algérie parce que rares sont les hommes comme lui qui se sont beaucoup sacrifiés et ont beaucoup donné à leur pays.
Propos recueillis
par Soraya G.

M. Mustapha Nouisser, ami du défunt Abdelhamid Mehri :
“Ses publications  seront consignées dans un livre”

Dans un bref témoignage, M. Mustapaha Nouisser, ami de M. Abdelhamid Mehri, a mis en relief tout «le génie de l’homme». Aussi, M. Nouisser qui rappelle à l’assistance que Mehri compte à son actif plusieurs écrits rédigés, notamment au quotidien El Moudjahid et au journal hebdomadaire qui porte le même nom, souligne que M. Mehri était «le rédacteur en chef réel du quotidien national El Manar». En outre, il apprend aux présents que M. Mehri collaborait avec «beaucoup de journaux de l’Orient», et a signé des dizaines d’articles sous le pseudo : «citoyen arabe, traduction de la rédaction, NDLR».
Après la collecte de tous ces articles, les publications de M. Mehri seront consignées dans un livre, annonce M. Nouisser.
S. G.
 

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