mardi 12 dcembre 2017 05:43:25

«Nos enfants iront à l’école»

hommage À ABDERRAHMANE BENHAMIDA, premier ministre de l’Education nationale de l’algérie indépendante

PUBLIE LE : 09-09-2012 | 0:00
Ph. : Hammadi

En ce 16 octobre 1962, la rentrée scolaire est riche en significations. Elle a montré au monde que l’Algérie qui venait d’arracher son indépendance n’était pas vouée à l’échec. Après la longue nuit coloniale, des milliers d’enfants algériens ont découvert pour la première fois le chemin de l’école. En dépit de tout, la rentrée scolaire a eu lieu, avec la ferme décision «Nos enfants iront à l’école» grâce à des hommes, à l’image du regretté Abderrahmane Benhamida, premier ministre de l’Education nationale de l’Algérie indépendante.

En ce cinquantième anniversaire de l’Indépendance, le journal El Moudjahid et l’association Machaal Echahid, ont voulu consacrer le Forum de la Mémoire au 50e anniversaire de la première rentrée scolaire après 132 ans de colonisation et rendre hommage au moudjahid Abderrahmane Benhamida, premier ministre de l’Education nationale. Parmi les conférenciers Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives nationales, qui a occupé le poste d’enseignant à l’aube de l’Indépendance. M. Chikhi a réussi à emporter les présents dans un véritable voyage dans le temps pour montrer ce que le peuple algérien était en 1830. Le taux d’alphabétisation était de 80%. Les écoles fleurissaient un peu partout sur le territoire algérien. Mais avec la colonisation, tout a basculé. En l’espace de trente ans, sept millions d’Algériens ont été tués, dont la majorité était intellectuelle.
En 1860, le taux d’analphabétisme  a atteint 80 %.  Abdelmadjid Chikhi n’est pas le seul à dire cela. Les conquérants eux-mêmes reconnaissent ce que nous étions en 1830. «Ils sont tous instruits».  Un constat qui revient systématiquement dans les récits des voyageurs.    Les témoignages sont formels, écrit l’historien  Michel Habart.  «En 1830, tous les Algériens savaient lire, écrire et compter».   Des propos appuyés par un rapport de la commission d’enquête de 1833 qui note que «la plupart des vainqueurs avaient moins d’instruction que les vaincus».  Les historiens, les évêques n’ont pas été les seuls à témoigner. Les généraux aussi ont rapporté, à l’image de Rovigo qui reconnaissait notre seule supériorité sur eux, c’est notre artillerie, et le savent. Ils ont plus d’esprit et de sens que les Européens, et on trouvera un jour d’immenses ressources chez ces gens-là, qui savent ce qu’ils ont été, qui se croient destinés à jouer un rôle».  Mais la colonisation, tel un rouleau compresseur, écrase tout sur son chemin. L’école est la première cible. La France coloniale a réussi son objectif. «En 1962, le nombre de lettrés est faible. Une seule université où une dizaine  d’étudiants algériens sont inscrits dans des spécialités qui ne sont pas d’un grand service dans la vie d’une nation». Abdelmadjid Chikhi raconte qu’en ce mois d’août 1962, il était chargé de  recenser des Algériens «en mesure de former une phrase correcte, dans la langue arabe, pour les recruter comme enseignants».  C’était le point de départ. Il fallait réussir le pari d’or- ganiser la rentrée des classes. Et puis il fallait revoir le contenu du livre d’histoire qui faisait croire aux Algériens qu’ils étaient les descendants des Gaulois. C’est ainsi qu’est née l’école algérienne. Aujourd’hui, dira-t-il, beaucoup font son procès, mais ils ne savent comment en 1962, après une longue nuit coloniale, et avec peu de moyens et avec l’objectif d’algérianiser l’école  des enfants ont pris le chemin des classes (parfois des garages). Le signe de l’indépendance et de la souveraineté.    

Rescapé de la guillotine

Les compagnons du regretté  Abderrahmane Benhamida sont venus nombreux lui rendre hommage. En présence de son épouse et de ses enfants, ses amis ont, avec des mots simples, évoqué le parcours exceptionnel d’un homme exceptionnel. Salah Belkobi est revenu sur sa première rencontre, en ce mois de novembre 1954,  avec cet enfant de Dellys. Militant de la première heure,  il s’engage dans la Révolution en tant que fidai à Alger. Il sera arrêté le 15 octobre 1957 à Alger. Jugé et condamné à mort le 3 juillet 1958 par le tribunal militaire d’Alger, il échappera à la guillotine suite à une grâce présidentielle en 1959. Il ne sera libéré qu’au mois d’avril 1962, après la signature des accords d’Evian.
Le moudjahid Larbadji, qui a eu à le connaître dans les cellules de la prison Barberousse, se souvient de cet homme, ami de Moufdi Zakaria, très proche des détenus. De son côté, le président de la Fondation Casbah, Belkacem Babaci, a tenu à rappeler que le défunt moudjahid a participé à la protection de la Casbah. Et à chaque fois qu’il était sollicité pour aider ou soutenir une association, il le faisait avec beaucoup de cœur. Son ami de toujours, Mustapha Khettal,  a eu beaucoup de mal à retenir son émotion. Les larmes difficilement retenues, il dira : « Cet homme avait de la prestance, et savait écouter les autres ».  Cet intellectuel ouvert sur l’universel est décédé le 5 septembre 2010 a l’âge de 79 ans.  Le président de l’association Machaâl Echahid a appelé à ce qu’un établissement scolaire porte le nom de Abderrahmane Benhamida en hommage à cet homme au parcours exemplaire.
Nora Chergui
   


Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives Nationales
« Abderrahmane Benhamida est le pionnier de l’école algérienne »

Nous nous inclinons devant la mémoire de notre ami, M. Abderrahmane Benhamida, le moudjahid et le premier ministre de l’Education nationale. C’est le pionnier de l’école algérienne depuis 1962. C’est un homme inoubliable.  Un homme  d’une dimension exceptionnelle qui  a  consacré sa vie durant à son pays. Il faut rappeler que la situation à l’époque était catastrophique, puisqu’il fallait pratiquement démarrer de zéro. M. Benhamida a fait ce qu’il a pu, le nombre d’élèves était très important par rapport au nombre insignifiant d’enseignants.
Il faut rappeler également que beaucoup d’écoles avaient été détruites à l’époque. Il avait une mission très importante à accomplir, une mission qui n’était pas aussi facile pour lui dans le contexte particulier que vivait notre pays. Il a grandement contribué à faire scolariser le maximum d’enfants qui n’étaient pas encore à l’école. Pour lui, l’enseignement est une vocation et non un métier comme les autres.  
 Wassila Benhamed
 


M. Abderahmani Ali, un des premiers cadres de l’éducation nationale :
« La rentrée de 1962 était héroïque »

On était une quinzaine de fonctionnaires à l’époque. La rentrée scolaire de 1962 était héroïque grâce à M. Benhamida et à l’équipe de cette période qui était bien soudée : huit fonctionnaires dont deux femmes.
C’était un homme de terrain. M. Benhamida a eu l’esprit de faire un projet de l’éducation nationale algérienne afin de lancer l’arabisation en Algérie. Sur les 2 101 instituteurs qui étaient sur la région d’Alger, on a décidé d’orienter  la moitié d’entre eux en stage à l’Ecole normale et leur apprendre la langue arabe de façon intensive à la manière des pays du Moyen-Orient car on avait l’art d’enseigner mais on ne connaissait pas bien la langue.  
W. B.

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions