samedi 07 dcembre 2019 16:50:59

Hommage à Francis Jeanson et aux porteurs de valises : La résistance au cœur de la France gaullienne

Le deuxième front déclenché par le Front de libération nationale en France métropolitaine a mobilisé tous ceux qui, de près ou de loin, ont joué un rôle mémorable au sein de l'organisation de la Fédération du F.L.N en France. Ils ont été nombreux à répondre à l’appel du devoir.

PUBLIE LE : 27-08-2012 | 0:00
D.R

C’est l’occasion, en cette commémoration bénie, de rendre un vibrant hommage particulier aux membres du  réseau Jeanson, appelés communément «les porteurs de valises», dont le procès s'est déroulé à Paris au tribunal militaire en septembre 1960 et qui dura 25 jours. Les compagnons du regretté Francis Jeanson ont été condamnés à des peines maximales de 10 années d'emprisonnement, 70.000 N.F. d'amendes et 5 années d'interdiction de séjour chacun. C’étaient,  on s’en souvient, Hélène Guenat,  Francis Binard,  Jean-Claude Paupert, Gérard Meier, et Micheline Pouteau. Un  procès que la France gaullienne a transformé en violente et haineuse cabale contre «les traîtres à la patrie», un procès qui a défrayé la chronique. C’était la France coloniale contre celle de Charles Dreyfus et de la philosophie des Lumières.  C’était le réquisitoire implacable de la sale guerre d'Algérie.
A ce procès, d'autres valeureux défenseurs de la  cause algérienne écopèrent de 5 années à 8 mois de prison. Francis Jeanson et certains de ses compagnons qui ont échap-pé à  l'arrestation  ont été condamnés à la peine maximale de 10 ans d'emprisonnement et ce, par défaut. Ce furent Danielle Sabret, Cécile Regagnon et Jacques Vignes,  tous en fuite et recherchés par tous les services de police.
Dehors et plongé dans la clandestinité la plus opaque, Francis Jeanson réussit l'exploit de convoquer les médias et de tenir une conférence pour défendre ses positions et c'est également au même moment qu'il publie un ouvrage  qui fut aussitôt interdit intitulé  «Notre Guerre»,  paru  aux éditions de  Minuit, un document dont la dédicace a été dédiée à ses camarades emprisonnés. On peut lire les mots suivants : «A tous ceux qui partagent déjà notre lutte et qui auraient mérité un meilleur porte-parole, à ceux et à celles, tout particulièrement, qui sont aujourd'hui emprisonnés quand j'ai l'injuste avantage de ne point l'être, à mon frère Georges Arnaud,  qui  a payé pour notre liberté d'expression, et à tous nos camarades algériens, Je dédie ces pages, en signe de gratitude et de profonde affection».
On ne peut se priver de citer son premier ouvrage écrit juste après son séjour en Algérie en 1955,  où les Chaulet lui firent découvrir les immondes bidonvilles d'Alger et le racisme abject des pieds-noirs, un livre  publié aux éditions du Seuil et titré  «L'Algérie hors la loi».
C'est toujours en 1960, après le procès et la conférence de presse et la publication du livre «Notre guerre» que bon nombre d'intellectuels, cinéastes, hommes de culte signèrent avec le philosophe Jean-Paul  Sartre,  la fameuse «déclaration  des 121».

Lors de ce procès,  un des responsables du F.L.N,  Haddad Hamada, arrêté dans le même groupe, et face à ses juges, dit ceci :

«  Nous, Algériens, nous entrons bientôt dans la septième année de guerre, nous avons souffert et souffrons encore des méfaits de la domination étrangère. Le Front de libération  nationale, auquel j'ai l'honneur d'appartenir, est un mouvement libérateur. C'est un vaste rassemblement de tout le peuple algérien. La présence dans ses rangs d'Algériens, d'Israélites, sans distinction  de race ni de religion ou d'opinion philosophique, en est un témoignage. Nous ne sommes ni des racistes, ni des chauvins et encore bien moins des fanatiques. S'il est exact que nous sommes les ennemis de l'envahisseur colonial, nous n'avons pas de haine pour le peuple français. Je salue très fraternellement tous ces Français qui ont poussé leur amour de la liberté jusqu'à nous aider. Nous n'oublierons jamais qu'ils ont accepté de souffrir pour notre liberté, et quand l'Algérie sera enfin indépendante, c'est le souvenir que nous emporterons de la France et non pas la haine de nos tortionnaires».
Francis Jeanson a joué appréciable avec  l'ensemble des éléments de son réseau dont nombre d’entre eux, vivent  dans l'anonymat. Mais leurs faits d'armes sont gravés à jamais et en lettres d'or, dans notre histoire. Au réseau de soutien, on peut citer l’apport précieux du collectif des avocats défenseurs des militants du F.L.N, en l’occurrence Mourad Oussedik, Abdessemad Benabdallah, et Jacques Verges,  Stibbe et d’autres hommes du barreau.
Cinquante longues années nous séparent de cette époque glorieuse et il y a certainement un devoir de mémoire et une obligation à transmettre aux générations mon- tantes  ce  militantisme pour le recouvrement de notre indépendance et notre souveraineté spoliée.  
Pour les  Algériens toute mémoire est sacrée pour évoquer en ce cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, ceux qui ont été du bon côté de la barrière  et qui ont risqué leur vie  et à qui nous rendons hommage et reconnaissance. Dire cela, c’est évoquer  le rôle du réseau Jeanson ou «Les porteurs de Valises», qui a vu le jour le 2 octobre 1957, au Petit-Clamart.  Lorsque l’on parle ce  réseau,  des noms  viennent à l'esprit tels que : l'aspirant Maillot, qui avait déserté avec son camion d'armes, ou Rousset, qui aida le FLN en métropole,  Etienne et Paule Bolo, le couple Chaulet et d’autres partisans de l’indépendance de l’Algérie. Toutes ces per- sonnes étaient des intellectuels imprégnés de  l'esprit de résistance à l’oppression et à la colonisation. Pour le réseau Jeanson, l’aide consistait tout d’abord à héberger ceux qui étaient recherchés par les autorités françaises, à savoir la prise en charge totale des éléments impliqués dans la lutte. Il  devait aussi organiser le franchissement des frontières, du transport, du transfert de fonds et du recrutement. Comme l'ont rapporté Hervé Hamon et Patrick Rotman, qui ont écrit un ouvrage sur les «porteurs de valises»,  héberger un Algérien, ce n'est pas obligatoirement aider le FLN, c’est pour soustraire un homme à l'arrestation, et à la torture.  

Le  passage des frontières

Francis Jeanson joua  le rôle du chauffeur-livreur-passeur.  Il organisait  de véritables filières, avec des amis dévoués à la cause qui deviennent des spécialistes. Jacques Vignes, un proche compagnon de Jeanson. Ce dernier sera d’un atout majeur quant au passage des frontières entre la France et l’Espagne. Pour les membres du FLN, le soutien était capital  dans la mesure où il  évitait de se faire remarquer surtout au niveau des zones frontalières, car après avoir franchi la frontière ils sont pris en charge par  Etienne Bolo, Davezies ou Vignes.  Si le transport des cadres du FLN était  important, le convoyage des fonds l'était plus encore. Il s'agissait de sommes énormes brassées auprès de notre communauté émigrée dans l’Hexagone.

Le transfert d’argent

Les porteurs de valises se chargeaient de  l'argent collecté et se rencontraient dans des appartements parisiens prêtés par des sympathisants.  Par la suite cet argent était compté et envoyé en Suisse. Le réseau Jeanson comptait aussi dans ses  rangs Henri Curiel, un autre grand soutien à notre résistance et dont on ne souvient  que rarement de ses services, qui s’occupera de passer la majeure partie de l'argent en Suisse. Henri Curiel, pour l’histoire, était mort assassiné devant son domicile parisien, rue Rollin,  le 4 mai 1978. Les commandos Delta de l’OAS et les groupes Charles Martel, revendiquèrent cet attentat mortel.
 D’autres personnes seront utiles à ce réseau, tels  Jacques Charby, Daniel Sorano, qui sont  chargés  de trouver des «planques». Ce  sera une tâche facile du fait qu’ils faisaient partie du milieu artistique. Jean-Louis Hurst, dit «Maurienne», un déserteur de l’armée française, fils d'un notable alsacien, rejoindra aussi le réseau en juin 1958,  le deuxième classe Gérard Meier qui se réfugiera à Yverdon, en Suisse. En mai 1959, Gérard Meier, Louis Orhant, et Jacques Berthelet, principal correspondant à Lausanne de Jeanson, formeront le noyau «vétérans» de Jeunes  Résistants.
 
De la condamnation à mort aux arrestations

Abdel Cherrouk et Mouloud Ouraghi sont condamnés à mort à l'aube de 1959, l'année où le réseau tournait  à plein rendement. Mouloud Ouraghi reçut l’ordre de tirer sur Jacques Soustelle. L’événement eut lieu le 15 septembre à Paris, rue Friedland,  mais Soustelle échappa de justesse à la mort.
Au siège de leur société de production cinématographique, aux Champs-Elysées, Serge Reggiani et Roger Pigaut abritent des rencontres entre les chefs de wilaya. Charby avait aussi recruté André Thorent. Haddad Youssef, dit Haddad Hamada, coordonnateur du FLN en France, logeait souvent chez l'acteur Paul Crauchet et le réalisateur de télévision Jacques Trebouta. Des enseignants et enseignantes faisaient aussi partie du réseau tels que Janine Cohen  et Micheline Pouteau, professeur d'anglais à Neuilly. Le réseau qui était d’une grande utilité pour les combattants du FLN, était aussi passé maître dans la falsification des pièces d’identité et autres documents administratifs.
    M. Bouraib

DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions