D.R
Djo Munga, le réalisateur de Viva Riva, un film policier africain sorti avec succès à Paris au printemps dernier, a monté une école de cinéma à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, qui forme des techniciens et assure la production de courts ou de longs métrages. «Avec ce film qui a fait 17.000 entrées la première semaine à Paris, des portes s'ouvrent, des gens viennent me voir», explique à l’Afp, avec bonhomie Munga, 39 ans, dans une chambre de passage de la villa qu'il loue pour ses étudiants dans le quartier «Ma campagne». Les Ateliers Action de Kinshasa, après des sessions de 45 jours les trois premières années, étalent désormais leurs cours sur toute l'année scolaire. Sur plusieurs centaines de candidats, un professeur de l'Institut national des arts et spectacles de Bruxelles en sélectionne 16, âgés de 29 ans maximum. L'école de cinéma belge envoie toute l'année des professeurs. Opérateurs, preneurs de son, monteurs se succèdent pendant que chaque jour les élèves étudient le cinéma et l'anglais. L'essentiel du financement, 300.000 euros environ, vient également de Bruxelles notamment grâce à la fondation roi Baudouin. La Femis, principale école française de cinéma, envoie aussi des professeurs et a accueilli un stagiaire sorti de Kinshasa. «Il faut d'abord absorber les classiques», explique Munga. Les documents détaillés concernant un film classique, édités par la revue Les cahiers du cinéma constituent le fond de la bibliothèque de l'école. Puis devant un écran fait d'un drap blanc, le groupe décortique chaque matin Hitchkock, Kurosawa, René Clair, Tim Burton, Wooddy Allen et d'autres. Actrices, techniciens de télévision, passionnés, les élèves, tous sortis d'universités, se voient attribuer un pécule de 200 USD (160 euros) mensuel pour vivre. Ils sont ponctuels et attentifs. Chaque matin l'un d'entre eux se charge de l'entretien, un autre assure le service du déjeuner, collectif et gratuit. « On essaie aussi de les suivre dans leurs petits projets (...) nous sommes restés ouverts à tous et nous les avons fait participer aux grands projets », explique Arly Kozi, la responsable de l'école. ONG, institutions, ambassades viennent parfois demander un film dont la réalisation est aussitôt intégrée dans le cursus. «On tire parti de ce qui existe», explique le cinéaste dont le film a été tourné en décor naturel dans les rues chaudes de Kinshasa.
Mais «à l'arrache, c'est trop dur, il faut stabiliser les étudiants», dit Munga qui semble avoir une certaine expérience des conditions de tournage difficiles. «Dans un monde idéal, on aurait un conseil d'administration», reconnait-il, mais il voudrait surtout que l'esprit de production cinématographique renaisse au Congo. Un étudiant coûte en moyenne 20.000 euros. «Pas sûr qu'ils vont chômer», ajoute-t-il. A Kinshasa, plusieurs dizaines de chaînes de télévisions privées, souvent médiocres, se sont établies. Lumière Nyola, 23 ans, était étudiante à Lubumbashi. Actrice, elle a découvert le montage. «Ici, je peux créer», dit-elle. La dernière salle de cinéma de Kinshasa a été fermée en 2004. Elle s'appelait Cinepolis, «avant c'était Cinemax», disent-ils tous en chœur. «J'ai vu là-bas Illusion mortelle de Tshitenge N'Sana» lance un étudiant avec ferveur.
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