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Patrimoine forestier : Le genévrier thurifère, une espèce rare menacée dans les Aurès

Le genévrier thurifère ou genévrier à encens (juniperus thurifera), est une espèce d’arbre de la famille des cupressacées que l’on rencontre dans quelques pays méditerranéens et dans les Aurès où il est aujourd’hui menacé car, selon des spécialistes, sa protection y pose une multitude de difficultés.

PUBLIE LE : 22-08-2012 | 0:00
D.R

Le genévrier thurifère ou genévrier à encens (juniperus  thurifera), est une espèce d’arbre de la famille des cupressacées que l’on rencontre dans quelques pays méditerranéens et dans les Aurès où il est aujourd’hui menacé car, selon des spécialistes, sa protection y pose une multitude de difficultés. Le nom arabe de cet arbre qui persiste dans quelques forêts fossiles de la région des Aurès est "âarâar el boukhari". En berbère chaouia, il est  appelé "Ayoual Azenza".          

De beaux spécimens de cette espèce aux feuilles pérennes sont les témoins  vivants des époques les plus éloignées de l’histoire naturelle de ces montagnes où de nombreux riverains lui vouent un respect quasi sacré. Cela n’empêche pas que la menace pèse constamment sur ce genévrier du fait de braconniers, mais  également des changements climatiques affectant le patrimoine sylvestre depuis plus d’une décennie.          
Selon le chef de service protection du patrimoine végétal et animal  de la Conservation des forêts de la wilaya de Batna, M. Othmane Briki, 80 % des arbres de cette espèce se situent sur des terres appartenant à des particuliers. Ce responsable souligne que le genévrier thurifère se rencontre dans  les communes d’Oued Taga, de Theniet El Abed, de Bouzina, de T’kout, d’Arris, d’Ichemoul et d’Inoughissen, dans la partie occidentale du massif des Aurès.  Le bois du thurifère est très prisé par les charbonniers, car il est extrêmement dur et parfumé. Il donne un genre de charbon que les gargotiers  recherchent pour griller des brochettes.                  

Protéger et assurer la multiplication du genévrier thurifère            
Au début des années 1980, le secteur des forêts a pris conscience de  la nécessité de préserver le genévrier thurifère. Une fiche technique a été établie, recommandant la création d’une pépinière pour expérimenter la reproduction  de cette espèce.          
En 2007, 14 hectares de genévrier thurifère ont été clôturés en réserve  intégrale près de Zana, dans la commune d’Oued Taga, pour suivre son comportement naturel, hors de l’influence de l’homme.          
La conservation des forêts a proposé, en 2012, la création d’une réserve protégée abritant des genévriers thurifères sur une superficie de 360 hectares  dans cette même région de Zana. Le coût de cet aménagement est estimé à plus de 27 millions de dinars.          
La difficulté de reproduire le genévrier thurifère était si grande qu’on a fini par la croire impossible, jusqu’à ce que l’on découvre de jeunes pousses  spontanées au djebel El Mehmel, à 2.321 mètres d’altitude.          
Une vieille légende conservée dans les Aurès veut que la reproduction du genévrier thurifère soit tributaire du passage de la semence par l’appareil digestif du bouvreuil à ailes roses à pas moins de sept fois ! Cette légende  rapportée par les anciens dans les communes de T’kout et de Theniet El Abed  reflète simplement les difficultés de reproduction que rencontre cette espèce menacée de disparition.                   

Mettre le genévrier à l’abri des maraudeurs           
Selon les techniciens de la Conservation des forêts, la variété de genévrier thurifère que l’on rencontre dans les Aurès, se rapporte à la variété africaine. Elle diffère par bien des aspects de celle que l’on rencontre en Espagne et dans le sud de la France.          
Il y a de cela plusieurs mois, un genévrier thurifère plusieurs fois  centenaire a été la cible d’incendiaires dans la localité montagneuse de Djarallah,  à 15 km au nord-est de T’kout, un forfait commis par des maraudeurs dans cette  zone inhabitée où ils se sont également attaqués au chardonneret, y compris  pendant la saison de reproduction. Cet acte de vandalisme, qualifié de "crime écologique grave", avait  jeté l’émoi parmi la population de la commune de T’kout où plusieurs citoyens,  des moudjahidine et des membres d’associations locales, avaient demandé des  mesures sévères pour la protection du patrimoine naturel dans la région.


 

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