dimanche 18 novembre 2018 03:41:55

20 AoûT 1956, Ifri : Un village dans la légende

Youcef Khatib : « Faire connaître l'histoire de l'Algérie est la meilleure réponse aux mensonges du colonisateur. »

PUBLIE LE : 21-08-2012 | 0:00
D.R

2O AOUT 1955 :
Le Nord-Constantinois s’embrase

Un peu moins d’une année après la Déclaration du 1er novembre 1954 et le déclenchement de la guerre d’Algérie, le Nord-Constantinois s’embrase d’une façon particulière pour apporter, diront plus tard les historiens, un souffle nouveau à la révolution et ancrer définitivement le concept du combat et de la révolution armée dans l’esprit des Algériens. C’est le 20 août 1955… Une année plus tard, jour pour jour, se tient le Congrès de la Soummam.  La Révolution algérienne est dotée de textes qui lui donneront à la fois une assise idéologique et institutionnelle. La synthèse entre une révolution populaire et des textes doctrinaux, à l’image des grandes insurrections de par le monde, est ainsi réalisée.
 

Portée d’abord par une poignée d’hommes visionnaires, inscrite dans la Déclaration du 1er novembre ; la révolution armée est déclenchée à minuit par des braves. Voilà que moins d’une année après, c’est en plein jour (et le choix, encore une fois, de la date et de l’heure n’est pas fortuit) qu’un foyer insurrectionnel dont l’onde de choc va signer l’irruption de la paysannerie nationaliste, prend naissance dans le Constantinois. La date-anniversaire de la destitution et de la déportation du roi du Maroc Mohammed V deux ans auparavant exprimait de fait la dimension maghrébine qu’entendaient donner les architectes de l’insurrection du Nord-Constantinois à ce soulèvement. Que cette même insurrection se déclenche à midi c’est aussi une symbolique sur cette « nuit coloniale » dont le manteau s’est désormais déchiré : Tous les peuples du monde, tous les gouvernements sont au courant qu’en Algérie une révolution est en cours. En effet, quelques semaines auparavant, en avril, L’Inde, l'Indonésie, le Pakistan, la Birmanie, le Ceylan, ont pris l’initiative d’inviter une trentaine de pays sur l’île de Java. C’est la Conférence de Bandung à laquelle l’Algérie, représentée par Ben Bella, Khider, Aït Ahmed et M'hamed Yazid, participe aux côtés de Nasser, Nehru, Sukarno, Zhou Enlai, Sihanouk, Nkrumah… Des figures de légende pour un évènement inédit au retentissement planétaire… Bientôt, la question algérienne va se poser à la tribune des nations, à l’ONU.
Le FLN émerge sur la scène internationale. Mais il est dit que l’indépendance viendra au prix d’ultimes et innombrables sacrifices. Didouche Mourad, responsable du Nord-Constantinois est tué au cours d’un accrochage en février 1955. Mostefa Ben Boulaïd, responsable des Aurès, est arrêté moins d’une semaine plus tard. Rabah Bitat, en charge de l’Algérois, est également arrêté le mois d’après. La répression coloniale sera terrible. Les camps d’internement, les centres de torture se multiplient, favorisés par la loi sur l’état d’urgence du 3 avril 1955. Les parachutistes vont alors commettre les pires crimes. « A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions vio- lentes.» Dans le Nord-Constantinois, dirigé par Youssef Zighoud depuis la mort de Didouche Mourad, les cadres de la zone II décident d’une stratégie que le génie de Larbi Ben M’hidi a exprimée d’une façon saisissante : « Mettez la révolution dans la rue, vous la verrez reprise par tout un peuple. »
Août 1955, la paysannerie, tel un torrent qu’aucune digue ne peut domestiquer, déferle sur le Constantinois. Les symboles de la spoliation, du colonialisme et du déni de justice sont visés en premier. Les masses rurales s’approprient la révolution. Jusqu’à l’indépendance, cette assise populaire, qui n’a ni la formation militaire des grandes armées de par le monde, ni leur puissance de feu et encore moins leur napalm et leur administration expéditive faite d’exécutions sommaires et de « corvée de bois », signera dans le sang, les larmes et la souffrance l’une des plus grandes épopées de la lutte pour l’indépendance. L’objectif fixé par Youssef Zighoud est atteint. Ses conséquences seront également internationales : le 30 septembre 1955, la « question algérienne » est, pour la première fois, inscrite à l’ordre du jour de l’ONU en dépit des pressions exercées par la France, membre permanent du Conseil de sécurité.
M. Koursi

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Les photos de l’horreur
Les Algériens connaissent tous ces photos extraites de trois séquences filmées de quelques secondes où l’on voit, sur l’une, un militaire tirer à bout portant sur un Algérien, sur une route à l’entrée d’un village, sur une autre..., un nomade abattu près de sa tente d’un coup de fusil par un militaire avant qu’un autre ( celui-là gradé ?) ne s’approche de lui et avec son pistolet lui tire une balle dans la tête. On retrouve ces photos généralement dans les documentaires qui traitent des crimes commis durant la guerre d’Algérie, à l’exemple de celui réalisé par Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois sur le 8 Mai 1945 à Sétif. Pourtant, ces séquences filmées d’où ont été extraites les photos renvoient bien évidemment à un lieu et à un moment particuliers: l’insurrection du Nord-Constantinois du 20 août 1955. Ces trois séquences différentes (deux sur une route et une autour d’une tente de nomades) ont été, parmi d’autres, tournées par le caméraman Georges Chassagne, natif d’Algérie et correspondant permanent dans ce pays pour deux agences d’actualités : Gaumont ( France) et Fox-Movietone ( Etats-Unis).
Le 23 août 1955, il est admis au sein d’une unité militaire qui ratisse la zone de Ain Abid, une commune relevant de Constantine. Les militaires emportés par leur fureur confondent immunité immédiate que leur garantit leur corps d’armée et l’immunité vis-à-vis de l’histoire que le caméraman va leur ôter en filmant plusieurs assassinats que cette unité va commettre durant cette journée. Ce reporter va envoyer ses bobines à ses employeurs aux Etats-Unis qui vont les projeter dans les salles de cinéma comme on faisait dans le temps avec les actualités qui passent avant la projection du film. Largement diffusées aux USA et en Amérique latine, ces images feront le tour du monde.
Cette projection coïncide avec un évènement qui va immédiatement amplifier l’importance du reportage de Georges Chassagne. 15 Etats du groupe afro-asiatique avaient demandé l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour de l’ouverture de la 10e session de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU qui va avoir lieu à l’automne de la même année. A la même période, un rapport est adressé au gouvernement des Etats-Unis: A black paper on french repression in Algeria. Un « livre noir » sur la répression française en Algérie qui intègre les photos en question. Le 5 septembre 1955, soit moins de deux semaines après la formule « embeded » de Chassagne, le magazine américain Life publie une série de photos tirées du reportage filmé en question. L’ambassadeur de France à Washington prévient immédiatement, alors, ses supérieurs.
Le 14 novembre, le ministère de l’Intérieur demanda au Gouvernement général de lui « adresser d’extrême urgence un projet de réfutation du livre noir » et un argumentaire pour remettre en cause
l’authenticité des photos... 10 jours plus tard, le Gouvernement général monte au créneau et dénonce le film de la Fox comme un « montage truqué ». Mais, en France, L’Express du 29 décembre 1955, sous le titre : « Des faits terribles qu’il faut connaître » publie ces images dont toutes les enquêtes, y compris celles pilotées par le gouvernement français ont prouvé la véracité.     
M. Koursi

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IFRI
Un village dans la légende
La commémoration de la tenue du congrès de la Soummam, le 20 Août 1956, à Ifri Ouzellaguen, en plein cœur de la vallée de la Soummam, a été marquée cette année par un programme d’activités élaboré par les Scouts musulmans algériens d’Ouzellaguen avec la participation des groupes de scouts de plusieurs communes de la vallée. Certes, le 20 Août de cette année qui coïncide avec la fête de l’aïd el fitr, a permis aux responsables locaux de cette commune d’anticiper la cérémonie de commémoration de cette date hautement historique par un grand défilé des scouts qui ont sillonné les principales artères de la ville d’Ighzer Amokrane (Ouzellaguen) où des gerbes de fleurs ont été déposées au carré des martyrs, une visite au musée d’Ifri a ensuite été effectuée. Les responsables ont souligné l’importance de cet événement national qui a permis de jeter les premiers jalons de la révolution algérienne et de mettre en place une plate- forme pour mener héroïquement la lutte contre le colonialisme en instaurant une stratégie armée qui a permis à l’Algérie de recouvrer son indépendance et sa souveraineté nationale. Ainsi, la tenue du premier congrès du FLN, plus précisément le Congrès de la Soummam, le 20 Août 1956 dans le village d’Ifri, en plein cœur de la vallée de la Soummam, constitue incontestablement l’une des pages les plus glorieuses de la lutte armée menée par le peuple algérien contre le colonialisme français. Parallèlement à cette préparation secrète et minutieuse de ce congrès, l’ennemi ne se doutait guère qu’à IFRI une réunion pouvait avoir lieu ; car en avril 1956, cette même armée avait farouchement bombardé les villages d’IFRI, Ibouzidène, Timeliouine et Tiouririne où plusieurs maisons ont été détruites. Mais dès l’approche de la tenue du congrès de la Soummam, Ifri et Tiouririne connurent une présence et une activité inhabituelles des troupes de l’Armée de libération nationale (ALN). Une surveillance accrue de tous les villageois était mise en place. La maisonnette de Da Meziane à Ifri a été choisie pour abriter les travaux de ce congrès. Un lieu idéal et sécurisé pour accueillir les organisateurs. Les travaux se sont déroulés du 13 au 22 août (et non le 20 août uniquement) avec la cérémonie d’ouverture au village d’IFRI, puis les travaux se sont poursuivis à TIOURIRINE. La maisonnette de Da Meziane servait de secrétariat du congrès où tous les rapports manuscrits devaient être acheminés pour la frappe avec deux petites machines. Le 22 août, les chefs de la révolution se sont regroupés à nouveau dans cette maison pour parachever les documents. A partir de cette date, le village Ifri est sorti de l’anonymat et devient alors un symbole de la fidélité à la révolution algérienne. Le 28 août, alors que tous les congressistes ont déjà rejoint leurs zones respectives, l’armée française qui a appris à ses dépens qu’un congrès a bien eu lieu,  a lancé une répression infernale qui s’est abattue de nouveau sur les villageois d’Ifri et des douars environnants. Le village d’IFRI est devenu depuis, chaque année, le lieu de pèlerinage des moudjahidines et de la nouvelle génération de jeunes. Tandis que la maisonnette de Da Meziane, qui a marqué cette date historique, est entrée dans la légende, et côtoie le grand musée du moudjahid où sont exposées les archives de la révolution, des photos souvenirs des chefs et militants de la révolution et des tenues militaires, devant lequel se dresse également une stèle commémorative portant les noms des glorieux martyrs de la région, l’histoire témoignant pour toujours du combat héroïque des villageois d’IFRI pour le recouvrement de l’indépendance.
 M. LAOUER

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Un lieu-dit qui abrita le Congrès de la Soummam
Un certain 20 aôut 1955, un lieu-dit quasi inconnu jusque-là, Ifri,  allait entrer dans l’histoire glorieuse de la Révolution algérienne. C’est là, en effet, dans une modeste maison cantonnière plantée au milieu de quelques habitations éparses et d’une école, que se tint le fameux Congrès de la Soummam qui constitua un tournant magistral dans le déroulement de la Révolution et jeta les bases de ce que sera le pays après l’indépendance. Les vingt jours de travaux se déroulèrent dans le plus grand secret, sous la menace ennemie alentour, dans cette masure au toit si bas qu’il fallait se baisser pour y accéder. Ces travaux qui donnèrent lieu à beaucoup de nuits blanches débouchèrent sur la réorganisation complète des structures du FLN et l’érection de l’ALN au rang de véritable armée formée d’unités combattantes dotées d’une  vraie hiérarchie. Le congrès affirma  notamment,  et de manière claire, deux concepts majeurs qui baliseront le tracé révolutionnaire : la primauté du politique sur le militaire et de l’extérieur sur l’intérieur .Le territoire algérien fut redécoupé en six wilayas, elles –mêmes subdivisées en mintaqate (zones) nahiyate (régions) et kasmate (secteurs)et Alger fut érigée en zone autonome. Il s’agissait, comme l’a écrit Belaid Abane, dans son livre « Résistances algériennes », de donner une réalité institutionnelle à la lutte armée et de mettre en conformité les fusils avec les idées et les hommes, unifier les maquis, discipliner les jeunes combattants et les organiser en  une armée structurée, respectueuse de l’éthique et des lois de la guerre.
Cependant, ce n’est pas la hiérarchie militaire qui allait faire la cohésion des combattants, le lien qui les unissait était celui du sang versé, de la noblesse de la cause servie et du danger quotidien : l’infirmier avec des connaissances sommaires sur la médecine n’avait pas toujours les médicaments nécessaires ; seules comptaient l’arme et les munitions. Quelques vivres, où la viande et les fruits frais étaient un luxe, et une couverture complétaient l’équipement.  Les conditions d’existence, très difficiles, sous la menace constante de l’ennemi, différaient suivant le moment de l’année, la configuration du terrain et les contraintes de l’action offensive .Cette action offensive exigeait de se déplacer constamment, rapidement et sans être vu, car en matière de guérilla la surprise est un atout maître .Les déplacements se faisaient surtout de nuit, empruntant les crêtes, les fonds d’oued et les sentiers de chèvre et le gîte s’organisait à la belle étoile quel que soit le climat   C’est dire combien les moudjahidine avaient éliminé tout esprit de retour, affrontant sans cesse les mêmes dangers et les mêmes privations, quel que soit le grade unis dans la fraternité des armes.
 Après l’indépendance, le site historique d’Ifri  fut totalement oublié et abandonné au point qu’un jour de 1982,le colonel Ouamrane , bouleversé par l’état de décrépitude de ce haut-lieu de la Révolution, confia sa peine aux autorités locales lesquelles entreprirent aussitôt des travaux de restauration et de réhabilitation du site dans le respect scrupuleux du cachet historique et doté de commodités pour l’accueil des visiteurs. Le chemin menant d’Ighzer Amokrane à Ifri fut goudronné et, cinq mois après, le même Ouamrane, au cours d’une autre visite, ne put retenir ses larmes.
 K. Oulmane

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TEMOIGNAGES

Aziz Benamor, dit El Chatt (76 ans)
 « Unité et mobilisation pour la libération »

L’offensive de l’Armée de libération nationale (ALN) dans le Nord-Constantinois, le 20 août 1955, en brisant le siège qui menaçait d’étrangler la Révolution du 1er novembre 1954 dans les Aurès, a donné lieu à une véritable mobilisation de jeunes Algériens, raconte à l'APS Aziz Benamor, dit El Chatt (76 ans).
Une grande mobilisation à laquelle ont répondu de très nombreux jeunes qui sont devenus des moudjahidine en armes, après avoir pris part à l’offensive. C’est le cas de Aziz El Chatt, né le 12 janvier 1936 à Skikda. Il avait 19 ans lorsqu’il a pris part à l’attaque du 20 août 1955, un jour qu’il qualifie de "mémorable" et de "déterminant" car il a marqué le début de son enrôlement dans les rangs de l’ALN où il servit jusqu’à l’indépendance.

Des préparatifs effectués dans le secret absolu
Aziz El Chatt précise qu’il avait rejoint les rangs de l’ALN le 15 août 1955. L’on parlait alors vaguement de soulèvement en perspective. A cette époque, il venait de recevoir l’ordre d’appel pour accomplir le service militaire dans les rangs de l’armée française. Mais son choix était déjà fait : il allait effectivement s’enrôler, mais dans les rangs de l’armée de libération nationale. Quelques jours avant le 20 août 1955, Aziz El Chatt avait pris contact avec son cousin qui était au maquis, afin que ce dernier l’aide à régler les détails de son incorporation parmi les combattants de l'indépendance. Vers le 10 août 1955, l’armée coloniale a lancé un vaste ratissage dans la région de Balou sur la route de Jeanne d’Arc (aujourd’hui Labri Ben M’hidi), où de nombreux civils ont été arrêtés pour "soutien à la rébellion". El Chatt avait alors réussi à échapper aux soldats qui fouillaient toute la région, pour rejoindre les groupes de moudjahidine, le 15 août 1955.

Le 20 août 1955 : baptême de feu du moudjahid Aziz El Chatt
Le groupe d’affectation du moudjahid Aziz El Chatt était composé de 12 combattants encadrés par les moudjahidine Alloua Akelmi, Salah Bouzeghaïa, Mohamed Bekkouche dit El Kachiche et Dahmane Boudraya. Ils avaient pour mission d’attaquer l’aérodrome de Skikda. Le groupe s’est posté au cœur de vergers d’orangers, non loin de l’aérodrome, en attendant 12h00 précises pour lancer l’offensive, mais quelques instants avant le moment prévu, El Chatt et ses compagnons entendirent des coups de feu en provenance de Skikda. L’attaque fut aussitôt lancée contre l’aérodrome, mais les petits avions qui étaient sur la piste avaient décollé comme si l’ennemi avait été informé que quelque chose allait se produire, se souvient ce témoin.
Le groupe de moudjahidine avait fait exploser une bombe, tout en attaquant les sentinelles à l’arme de guerre, tuant un premier soldat, puis quelques autres. El Chatt se souvient que le repli avait été extrêmement ardu, il avait réussi néanmoins à se dégager en compagnie du moudjahid Sassi Saadi en empruntant un chemin par Oued Safsaf. Ce n’est que plusieurs minutes après qu’ils se rendirent compte que trois moudjahidine étaient tombés au cours de cette opération : Salah Bouzeghaïa, Kachiche et un troisième dont ce même témoin ne se souvient pas du nom. Tous les trois avaient été touchés par les tirs d’un hélicoptère. C’est dans la zone d’El Alia que les groupes du 20 août 1955 devaient se retrouver après l’offensive. C’est d’ailleurs dans cette zone que demeura El Chatt jusqu’en 1957, activant notamment comme convoyeur des patrouilles chargées d’acheminer l’armement. El Chatt allait ensuite se rendre dans les Aurès où il séjourna neuf mois durant lesquels il prit part à plusieurs combats, avant de retrouver la région de Skikda jusqu’à l’indépendance.

Peu avant midi, l’attaque
Le 20 août 1955 était un samedi, le début du week-end, jour de marché à Skikda, fréquenté par un grand nombre de colons. Dans le port, un navire accoste pour débarquer des voyageurs en provenance de Marseille, tandis que dans les casernes, les sentinelles se relaient. L’attaque a eu lieu peu avant midi. L’enjeu était important, il fallait donner une réponse cinglante à la propagande colonialiste qui prétendait que les moudjahidine n’étaient qu’une poignée de "coupeurs de routes" qui agissaient de nuit. La ville de Skikda venait d’être encerclée, toutes les issues étaient bouclées. "Ce devint une ville fantôme, les militaires tuaient sans retenue, en tirant sur tout ce qui bouge."

Les terribles représailles
Une semaine durant, les représailles allaient se poursuivre, ciblant surtout les civils dont un grand nombre allait être arrêté. Pendant ce temps, l’on brûlait des dizaines de mechtas en installant, partout dans les campagnes et les villages, la terreur. Une terreur imposée par des soldats appuyés par les milices européennes. Ce fut ensuite le massacre à grande échelle, organisé au stade de Skikda, se souvient Aziz Benamor alias El Chatt. Des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards y furent parqués. 12.000 martyrs ont été dénombrés le 20 août 1955, victimes de représailles qui allaient donner une autre tournure à la guerre d’indépendance de l’Algérie.

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Youcef Khatib
« Faire connaître l'histoire de l'Algérie est la meilleure réponse aux mensonges du colonisateur »
La meilleure manière de répondre aux mensonges français est de "s'intéresser à l'histoire et de la transmettre de manière juste aux jeunes Algériens", a estimé le commandant de la wilaya IV historique, M. Youcef Khatib, soulignant que 50 ans après l'indépendance "des aspects de l'histoire de notre révolution sont occultés et méconnus".
Faire connaître l'histoire de l'Algérie en lui conférant sa juste valeur sera "la meilleure réponse" à toutes les tentatives de certaines parties en France qui veulent aujourd'hui mettre sur le même pied d'égalité l'occupant et l'occupé, en laissant entendre que "la violence était de part et d'autre", a ajouté M. Khatib dans un entretien à l'APS à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Toutes ces raisons, a-t-il indiqué, "m'ont poussé a créer en 2001 ma propre fondation" appelée "fondation de la mémoire de la wilaya IV" qui collecte et enregistre les témoignages des moudjahidine et militants de cette wilaya à titre individuel ou collectif en tant que "première étape d'urgence", au regard de l'âge avancé des moudjahidine et militants. Dans une deuxième étape, a-t-il ajouté, des historiens spécialisés entreprendront "l'écriture de l'histoire sur des bases solides et justes".  M. Khatib a déploré "certains dépassements" émanant de quelques moudjahidine et militants "dans l'écriture de leurs propres expériences" lors de la révolution, appelant à la "création d'une instance de contrôle de l'écriture de l'histoire". L'objectif de la création de cette instance, a-t-il expliqué, "ne signifie pas l'interdiction d'écrits personnels car chaque personne est libre de le faire" mais il s'agit de contrôler toutes les notes en matière d'histoire afin qu'elle soit transmise de manière juste et épurée aux générations futures".
Pour M. Khatib, l'Algérie a réussi, 50 ans après l'indépendance, à effectuer de nombreuses réalisations que personne ne peut nier, précisant qu' "il est temps maintenant de déléguer la responsabilité aux jeunes et de leur faire confiance d'autant qu'ils représentent 70% de la société".  L'Algérie, a-t-il dit, peut "réaliser davantage de choses grâce aux moyens dont elle dispose et à son aisance financière avec plus d'organisation et de transparence dans la gestion des affaires". Le commandant de la wilaya IV historique a estimé que le peuple algérien était, au lendemain de l'indépendance, animé d'une volonté inébranlable de construire son Etat au vu de la situation de délabrement laissé par le colonisateur et des sacrifices colossaux qu'il a consentis durant 130 années d'occupation.
La crise de 1962, a-t-il dit, a quelque peu influé sur ce processus, ajoutant que l'Algérie a pu ensuite franchir les étapes difficiles notamment la décennie noire et ses effets douloureux sur tous les Algériens.
D'autre part, M. Khatib a affirmé que le Congrès de la Soummam était "une date charnière dans l'histoire de la guerre de libération" car contribuant, par ses décisions, à l'aboutissement de la révolution notamment au plan "du principe de la gestion collégiale, de l'autocritique et du contrôle direct". Les mêmes principes avaient été retenus, selon la même source, dans la gestion de l'Algérie post-indépendance, appelant, dans ce contexte, à ouvrir la voie aux libertés et à l'initiative notamment en milieu jeune. Les jeunes qui sont appelés à "s'unir au service du pays", a-t-il souligné, "avaient joué un grand rôle durant la guerre de libération, affirmant qu'ils auront le même rôle durant toutes les étapes à venir dans la vie du pays.

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