jeudi 19 janvier 2017 01:13:41

Reportage, Incendies de forêt à Batna : Un four à ciel ouvert

La température qui dépasse déjà les 40° à l’ombre semble faire un bond de plusieurs degrés lorsque le convoi de la Protection civile débouche, au détour d’un virage, en vue de la forêt en feu de Beni Melloul, à Djebel Kimel, distant d’environ 120 km de Batna.

PUBLIE LE : 18-08-2012 | 0:00
D.R

Les sapeurs-pompiers luttant déjà depuis plusieurs jours contre l’incendie  qui s’est déclaré dans cette forêt dense, ainsi que leurs camarades qui s’apprêtent  à les relayer, font preuve d’un courage et d’une détermination admirables en attaquant et en attaquant encore les flammes sans cesse ravivées par la canicule  et les rafales de vent. Les conditions de travail, déjà dantesques, sont rendues encore plus  difficiles par le jeûne. Aucun des sapeurs-pompiers ne s’est en effet résolu  à rompre le jeûne, même si les conditions extrêmes de leur tâche les y autorisent. Le plus admirable est que ni les difficultés liées à la soif, ni la  chaleur qui souvent dépasse les 50°, ni encore les difficultés du relief ne  paraissent en mesure d’infléchir la détermination de ces hommes à traquer les  flammes malgré l’insuffisance des moyens d’accès et des points d’eau dans cette forêt touffue. Cette réalité a été vécue durant la journée de mardi dernier par une  journaliste de l’APS qui a accompagné les soldats du feu dans leur aventure  au cœur de djebel Kimel, sous la direction du premier responsable de l’unité  principale de la Protection civile à Batna, le commandant Abdelaziz Rahmoune.           
Le commandant Rahmoune suit les opérations pas à pas, et veille sur  la détection à l’avance de tous les dangers pouvant atteindre ses hommes pendant  leur combat implacable contre les flammes. Les conditions sont difficilement  imaginables tant le feu encercle le lieu de toutes parts et en fait un four  à ciel ouvert, sans compter la fumée qui rend l’atmosphère irrespirable et la  vision très difficile. L’équipe de relève débouche très tôt dans la journée, à Kimel où s’est  déclaré le plus important foyer d’incendie enregistré dans la wilaya de Batna depuis le début de l’été et dont la fumée est visible depuis Lemsara, une localité  de la wilaya de Khenchela distante de plusieurs  kilomètres de là. L’importance de ce sinistre est telle que les services de la Protection  civile ont dû mobiliser tous leurs moyens pour le circonscrire, selon le directeur  de wilaya de ce corps, le colonel Larbi Zarzi. Ils sont là, dans la forêt embrasée, depuis plus d’une semaine à combattre les flammes pendant ces dures journées du mois de Ramadhan, moment de la rupture du jeûne compris. Le lieutenant Benchaiba, chef de l’unité d’Arris de la Protection civile,  rapporte à ce sujet que l’incendie s’est déclaré jeudi dernier à l’heure du  s’hour. «Nous avons accouru immédiatement pour le circonscrire en aménageant  des obstacles coupe-feu mais la vitesse des vents et la présence de résine dans les pins d’Alep, très répandus dans cette région, n’ont pas facilité la tâche et n’ont fait qu’attiser le feu qui s’est mis à avancer pour atteindre les limites des wilayas voisines de Khenchela et de Biskra», a-t-il expliqué.

Le vent, l’autre adversaire
De plus, constate-t-on, les changements brusques de la direction du vent constituent un véritable danger pour les pompiers. La difficulté est aggravée  par l’étroitesse, parfois l’absence, de sentiers d’accès, ce qui rend difficile,  voire impossible l’usage du matériel anti-feu, notamment les gros camions anti-incendie. Cela fait une semaine que ces hommes luttent sans relâche, de nuit comme  de jour contre les flam-mes, avec deux brigades comptant 50 pompiers chacune  et qui travaillent à tour de rôle. Même la rupture du jeûne se fait également à tour de rôle, ici dans la forêt, afin de veiller à ce que le feu n’arrive pas jusqu’à la région de Tababoucht située sur l’autre rive de l’oued Djenine. Des sapeurs sont souvent aperçus en train de verser de l’eau sur leurs treillis bleus afin d’atténuer les effets de la chaleur. Ce qui ennuie le plus  le lieutenant Benchaiba, c’est le manque d’eau, de voies d’accès et de moyens  de communication. Pour accéder à la forêt de Kimel, il faut passer par le chemin forestier  de Chelia et la commune de Lemsara, dans la wilaya voisine de Khenchela, dépourvue  de moyens de communication sans fil et obligeant le pompier à se servir de sa voix pour communiquer avec les autres éléments d’intervention et pour faire  parvenir l’information au poste de coordination. Les pompiers sont également obligés de porter les lances anti-incendie sur leurs épaules sur des dis- tances dépassant les 500 mètres et gravir ainsi avec ce fardeau des zones très accidentées avant d’arriver, épuisés et à bout de forces, au centre du foyer pour l’éteindre. S’encourageant mutuellement, ils arrivent  pourtant à retrouver une sorte de second souffle qui leur permet de tenir, de ne  pas abandonner.          

Hommes de courage et d’endurance             
Malgré toutes ces difficultés inimaginables pour le commun des mortels,  le pompier Imed Zeghba, les yeux brillants se détachant sur un visage noirci  par les cendres, se dit fier de la noble mission de la Protection civile malgré  tous les risques et les dangers qu’elle comporte. «S’exposer aux flammes après des heures de marche avec des lances anti-incendie  sur les épaules est loin d’être une sinécure, surtout en ce mois de jeûne et en pleine canicule, mais une mission réservée aux hommes de grand courage et  de grande endurance», dit-il avec fierté avant d’accourir aider des camarades  faisant face au feu dans la dense forêt de Djenine, là-haut à djebel Kimel.          
Avec une prestance de félin malgré les marques de fatigue visibles sur  son visage, Imed rejoint ses camarades qui étaient revenus verser de l’eau sur  leur treillis avant de courir éteindre un autre foyer d’incendie qui venait de se déclarer subitement à quelques mètres de l’endroit duquel ils venaient juste de venir à bout. Moment fort, vers 15 h, les visages des pompiers devinrent subitement pâles après avoir constaté que l’eau ne sortait plus du tuyau et qu’il fallait attendre l’arrivée  du second camion. Comme le feu n’attend pas, les pompiers ne peuvent que recourir  aux vieilles méthodes de l’étouffement du feu avec des déblais et de la terre.  C’est un éternel recommencement dans la forêt de Beni Melloul à Djebel  Kimel: dès qu’un foyer est éteint, un autre s’allume, plus loin dans un endroit  qui n’a aucune relation avec le premier. Le commandant Rahmoune n’écarte d’ailleurs pas la piste de l’incendie  criminel dans cette série de sinistres qui continuent à ce jour de survenir  notamment dans la zone de Djenine, mobilisant une centaine de pompiers travaillant  par roulement 24 heures sur 24 pour circonscrire ces feux dont les dégâts n’ont  pas encore été évalués avec précision. Les efforts de ces hommes ne sont toutefois pas vains. Ils ont pu  empêcher le sinistre de se propager à la forêt de Tababoucht, riche en pins  d’Alep, chênes liège et frênes, épargnant ainsi à des centaines d’arbres de  partir en fumée. C’est d’autant plus méritoire que ces soldats du feu, qui font face  à une mission des plus dangereuses, ne sont épaulés, en matière de «munitions»  que par Ammi Messaoud, le propriétaire de l’unique point d’eau du voisinage. Le vieil homme suit avec admi- ration le combat acharné de ces hommes  au courage et à l’endurance hors du commun. Des hommes, dit-il, qui méritent  reconnaissance et gratitude.

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