dimanche 18 novembre 2018 07:56:49

Vibrant Hommage au chahid Djillali Bounaâma au Forum d’El Moudjahid : Le Lion de l’Ouarsenis

«Être un chef, ce n’est pas seulement faire une guerre, c’est surtout faire des hommes, les aimer, les conquérir et en être aimé.» Le chef de la Wilaya IV historique, Djilali Bounaâma, a fait sienne cette citation.

PUBLIE LE : 08-08-2012 | 0:00
D.R

«Être un chef, ce n’est pas seulement faire une guerre, c’est surtout faire des hommes, les aimer, les conquérir et en être aimé.» Le chef de la Wilaya IV historique, Djilali Bounaâma, a fait sienne cette citation. 51 ans après sa mort, ses compagnons se souviennent encore de ce responsable, qui savait alterner activité politique et action militaire. Omar Ramdane, ancien officier de l’ALN et compagnon de Si Mohamed, est revenu, hier, au Forum d’El Moudjahid, sur l’engagement de ce brillant stratège qui a fait de la région de l’Ouarsenis le bastion de l’ALN.

Il y a 51 ans, jour pour jour, tombait au champ d’honneur Djilali Bounaâma, plus connu sous le nom de Si Mohamed. A l’occasion de cet  anniversaire, et dans le cadre des festivités du cinquantenaire de l’indépendance, l’association Machaâl Echahid a tenu à marquer cette date pour rendre hommage à cet homme qui a défié la machine de guerre coloniale. Ses compagnons d’armes, des moudjahidine, sont venus nombreux rendre hommage à cet héros de la révolution de novembre, dont le parcours reste tout de même très peu connu. Omar Ramdane, compagnon du chahid, juge que Djilali Bounaâma n’a pas eu toute la considération qu’il mérite.
Ce farouche guerrier et fin diplomate, dit-il, a donné du fil à retordre à l’ennemi et trois grandes opérations ont été menées en vue de «liquider» ce vaillant moudjahid. D’ailleurs, dit-il, en cette journée du 8 aoât 1961, ce sont des unités d’élite de l’Armée française dépêchés de Corse qui ont encerclé la ferme des Naimi, à Blida, où se trouvait Si Mohamed et trois compagnons. Après avoir résisté des heures, ils n’ont pu réussir à tenir face un régiment de parachutistes. Se référant au témoignage du moudjahid Mohamed Teguia, il dit que Djilali Bounaâma était encore vivant, et que probablement il a été achevé par les paras. Son corps a été emporté, et nul ne sait où il a été enterré. Ce qui fait dire à Omar Ramdane la perspective de l’ouverture des archives françaises  au mois de décembre prochain de découvrir où il a été inhumé.  Quand il mourut, il n’avait alors que 34 ans. Quant aux circonstances de la mort de Si Mohamed, Omar Ramdane est formel et écarte toute hypothèse de trahison. «C’est à cause des transmissions qu’il a pu être localisé. C’est la conclusion d’une enquête que nous avons menée pour connaître la vérité», dit-il.

Du syndicalisme au maquis
Djilali Bounaâma, chef de la Wilaya IV historique, dont la mort a mis fin à 6 années de guerre intense, est né, le 16 avril 1926, en plein cœur de l’Ouarsenis, à Molière, arch de Béni Hendel. Ce village a été rebaptisé : Bordj Bounaâma. C’est une région montagneuse, très pauvre, dominant la riche plaine du Sersou qui s’étend plus bas. Il est l’aîné d’une fratrie de deux frères et une sœur. Son frère Mohamed fut emprisonné dès 1955. Sa sœur sera, très tôt, veuve d’un moudjahid, mort au maquis. Son père, cheikh Mostefa, est tué en 1960, à Béni Bouattab, lors d’un ratissage de l’armée française. Quelque temps après, sa mère, Fatma, meurt dans un bombardement à Boccat Meliana (commune de Bordj Bounaâma), dans l’Ouarsenis. Informé de la mort de sa mère, Si Mohamed se contentera de dire : «Que Dieu ait son âme.» Sa maison familiale fut rasée dès qu’il eut rejoint l’ALN. Après des études primaires, il travaille à la mine de Boucaïd, localité très proche de Molière, le seul employeur de la région.
Enrôlé dans l’armée, il sert dans l’artillerie et est envoyé en France avant d’être réformé pour maladie pulmonaire. À son retour de France, il est plus résolu, plus entreprenant.
Il est syndicaliste, mais il milite aussi au MTLD dont il devient chef de la section de Boucaïd. En 1951, il est organisateur de la célèbre grève des mineurs de Boucaïd, qu’il animera politiquement.
La grève de cette mine de plomb, qui était exploitée par une société franco-belge, a duré cinq mois.
En juillet 1954, il assiste au congrès de Hornu (Belgique), mais il se démarque de Messali. Bounaâma est résolument pour le passage à l’action armée.
Il ne participe pas à la préparation du 1er Novembre 1954. Mais, dès les premiers jours, il est arrêté. Il raconte que les policiers qui sont venus le prendre ont glissé un pistolet dans sa poche. Il est incarcéré à Serkadji (ex-Barberousse).
Relâché en 1955, il est assigné à résidence, à Oran. Il ne tarde pas à s’enfuir et regagne Chlef où il prend contact avec l’organisation, notamment avec Si Baghdadi (Allili Mohamed) qui sera, plus tard, le premier chef de la zone 3 de la Wilaya IV historique.

Faire face à des hélicoptères armés de mitrailleuses
Omar Ramdane dit qu’avec l’arrivée du général De Gaulle, l’offensive de l’armée française était des plus violentes.  Dans ce sillage, il dit qu’au printemps 1959, Djilali Bounaâma se trouvait dans l’Ouarsenis où il a eu à affronter une rude tâche. Il fallait faire face à la grande offensive militaire française, connue sous le nom de plan Challe, du nom du général, commandant en chef des forces françaises en Algérie. Ce plan est enclenché d’abord dans la Wilaya V, sur la partie extrême de l’Ouarsenis. C’est l’opération “Couronne” (6 février-6 avril 1959). L’offensive Challe a mobilisé des unités d’élite constituant les réserves générales, une force estimée de 40.000 à 56.000 hommes. Très mobile, dotée d’énormes moyens, elle se déplaçait d’Ouest en Est, d’un barrage frontalier à l’autre, tel un rouleau compresseur. Les troupes des secteurs lui servent d’appoint.
Ces réserves générales ont pour mission d’occuper en force, pendant plusieurs mois, chacun des massifs montagneux où évoluent les katibas et les commandos zonaux de l’ALN.
L’aviation, désormais partie prenante dans la bataille, et non plus arme d’appui à l’armée de terre, engagera un nombre impressionnant d’avions de tous types et d’hélicoptères qui sont, pour la première fois, armés de mitrailleuses. Les unités de la Wilaya V, notamment celles de la zone 7, sont contraintes de traverser oued El-Had et la route El-Had-Ammi Moussa, et rejoignent l’autre partie de l’Ouarsenis en Wilaya IV. Elles seront rattrapées par l’opération «Courroie», que l’armée française engage, en avril 1959, dans la Wilaya IV historique. Les katibas de la Wilaya V et celles de la Wilaya IV ont livré un  combat à l’armada ennemie. De violents accrochages ont lieu, occasionnant beaucoup de pertes de part et d’autres.
Si Mohamed réagit. Il a vite  compris que cette offensive ne ressemblait en rien aux opérations que l’ALN avait connues auparavant.  Aussi, Il ordonna  aux unités d’éviter d’affronter l’ennemi et de ne plus livrer de combat. Il décide d’éclater les katibas en petits groupes, leur ordonna de quitter les montagnes et de se rapprocher des plaines et des faubourgs des villes. Ces groupes devraient harceler les objectifs militaires quels qu’ils soient. Grâce à cette nouvelle tactique, il a réussi  à éviter la destruction des katibas.
Malgré les dégâts subits, les massacres effroyables dont les populations ont été les victimes, les destructions des dechras, l’Ouarsenis ne plia pas.
Nora Chergui            

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