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En prévision des bonnes récoltes céréalières : L’Algérie n’importera pas de blé dur

L’Algérie, qui importe encore à ce jour, 60% de ses besoins en céréales, pourrait les revoir à la baisse au vu de l’importante récolte enregistrée.

PUBLIE LE : 19-06-2012 | 0:00
D.R

L’Algérie, qui  importe encore à ce jour, 60% de ses besoins en céréales, pourrait les revoir à la baisse au vu de l’importante récolte enregistrée.

“Remontée de filière pour une meilleure sécurité alimentaire», tel est le thème qui a marqué la première journée du conseil interprofessionnel des céréales » organisée, hier, au Sofitel en présence d’acteurs concernés et de responsables institutionnels. Dédiée à une filière stratégique, cette rencontre a permis de cerner les contraintes du circuit de la production, d’écouter les préoccupations des intervenants dans la filière mais surtout de situer les enjeux et défis ainsi que les actions à entreprendre pour améliorer les performances du secteur et par conséquent la sécurité alimentaire du pays. Et pour cause, il s’agit d’une denrée stratégique à l’échelle mondiale qui pourrait constituer une menace sur la souveraineté des pays. L’Algérie, qui a tiré les enseignements de la crise de 2008 où les prix des céréales sont passés de 250 à près de 1 000 dollars la tonne sur les marchés mondiaux, a engagé une nouvelle approche du développement agricole basé sur le renouveau rural.
Cette vision nouvelle du développement agricole intégré, basée sur des projets sectoriels, s’appuie sur une trentaine de mesures annoncées par le Président de la République lors de la rencontre nationale sur l’agriculture et le renouveau rural tenue à Biskra le 28 février 2009. Il s’agit de « relever le défi de la sécurité alimentaire et de promouvoir un développement durable et harmonieux des territoires ruraux », « d’assurer l’équité dans le développement pour tous les territoires  sans discrimination ou marginalisation ni exclusion aucune », « d’améliorer les conditions socio-économiques des ménages ruraux », « de participation active des ménages ruraux à la réalisation des investissements publics », de « synergie des acteurs et intégration des programmes au niveau local » et « de préservation et exploitation rationnelle des ressources naturelles ». Des objectifs rappelés par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural lors de son intervention à l’occasion de cette journée. « L’Algérie a pris structurellement conscience de cette question », une préoccupation qui sera consacrée à travers la politique du renouveau rural. A ce propos, le ministre a affirmé qu’il ne peut y avoir de développement durable « sans actions élargies à toutes les régions du pays ». Aussi, le Dr Rachid Bénaïssa a indiqué que 40% de la population vit dans les zones rurales, un acquis qu’il faudra préserver dans le cadre de l’aménagement du territoire ou toute autre entreprise de développement. Dans sa lancée, le ministre soulignera le fait que « le rural doit être synonyme de potentiel à valoriser ». Revenant sur la démarche des pouvoirs publics, le ministre dira qu’il « a fallu trouver les capacités susceptibles de traduire cette politique et qu’il fallait également créer une synergie entre les producteurs et industriels. Des étapes franchie grâce à l’adhésion des différents acteurs et aux actions de sensibilisation initiées depuis 2008. Soulignant le rôle du CIC dans cette phase décisive, le ministre exhortera « ceux qui croient aux objectifs du renouveau rural d’y apporter leur plus-value ». Le président du Conseil a, pour sa part, mis en exergue les contraintes de la filière, à savoir une déficience en pluviométrie et un niveau de fertilité des sols insuffisants. Deux éléments qui font que le rendement  à l’hectare se situe, en moyenne, à 10 quintaux, alors qu’il est de 70 dans l’UE, une performance qui pourrait être atteinte par l’Algérie dans d’autres circonstances. Et d’ajouter que, la production à l’hectare devrait atteindre 55 quintaux en 2012.
M. Mohamed Laïd Benamor  indiquera, dans le même ordre d’idée que, 60% des besoins du pays en céréales sont importés et que, par conséquent, l’Algérie reste concernée par la question de la sécurité alimentaire soulevée lors du sommet de Davos en 2008 qui a classé cette problématique comme étant le second risque ou menace sur l’humanité. L’intervenant ajoutera que, l’Etat ne peut être seul dans cette dynamique qui exige une synergie dans les actions. M.  Benamor annoncera la tenue d’une rencontre nationale du CIC dans les prochains jours pour tenter de recueillir les préoccupations des professionnels de la filière lesquelles seront consignées dans une plate-forme à soumettre aux pouvoirs publics.

« Sécuriser le marché » en matière d’approvisionnement, une priorité de l’OAIC

Selon les prévisions avancées par le DG de l’OAIC, entre 56 et 58 millions de quintaux de céréales sont attendus au titre de la campagne 2011-2012 alors que le rendement à l’hectare devra atteindre 18 quintaux en moyenne. Le second record après celui de 2009 (61 millions de quintaux). M. Noureddine Kehal fera état du recul de la facture d’importation, soit près de 450 millions de dollars à fin avril 2012 contre plus de 850 millions de dollars à la même période de 2011. Une tendance qu’il faudra maintenir dans le cadre des efforts déployés pour améliorer le rendement de la filière. Dans le même contexte, il a affirmé que l’Algérie a suspendu, depuis, le mois d’avril, l’achat de blé dur et de l’orge, les quantités produites étant suffisantes. Concernant le blé tendre, le responsable de l’Office a précisé que l’importance des importations est dû au fait que sa culture est compliquée et exige des sols extrêmement fertiles, sachant que la superficie affectée à cette denrée n’excède pas les 600 000 hectares. Abordant le volet réorganisation de la filière, il dira que l’objectif consiste à « sécuriser le marché » en matière d’approvisionnement, « ce qui relève d’un acte en rapport avec la sécurité alimentaire du pays ».
Evoquant la crise de 2007-2008 induite par l’envolée spectaculaire des prix des céréales sur les marchés internationaux, M. Noureddine Kehal insistera sur le fait que « la carte est détenue par les grands producteurs mondiaux qui manipulent, gèrent et contrôlent les marchés ». Situation qui influera sur les choix de l’Algérie en matière de développement agricole. En effet, il y a eu « redéfinition de la politique agricole en 2008 », une « dynamique adoptée aux objectifs sociaux » et « aux défis de la conjoncture ». La filière céréalière c’est 3,3 millions d’hectares emblavés/an, 70% de la SAU et plus de 100 000 emplois permanents, a affirmé le DG de l’OAIC. Pour 2012, la valeur de la production est d’ores et déjà estimée à quelque deux milliards de dollars. Elle était évaluée à 1,7 Mds en 2010 et à 1,2 Mds il y a 5 à 6 années. « Ces chiffres traduisent l’importance de la vision du renouveau agricole et rural » a-t-il affirmé. Il s’agira, aujourd’hui,  « de consolider les acquis » d’œuvrer pour une meilleure synergie entre les intervenants » notamment les producteurs et les transformateurs. Il sera question, d’autre part, de soutenir le dialogue dans le cadre du CIC qui milite pour un « rapprochement des intérêts » a-t-il ajouté.

Le FCE : Réorienter progressivement le soutien des prix vers la production

Le forum des chefs d’entreprises, par le biais de son président, M. Réda Hamiani a réitéré son soutien aux actions du MADR et soulignera l’apport des pouvoirs publics au secteur de l’agriculture. Aussi, plaidera-t-il pour une « sortie de la spirale de l’importation ». M. Hamiani qui parlera au nom des industriels a rappelé que le FCE a pris une première initiative similaire en organisant, en 2008, une grande rencontre destinée à attirer l’attention sur la question de la sécurité alimentaire et les dangers résultants de la dépendance chronique de l’étranger en ce qui concerne cette denrée stratégique notamment. Le constat dressé alors faisait état « d’absence de cohérence entre les filières » a-t-il rappelé. Aussi, le FCE avait pris l’initiative d’inviter les opérateurs à transformer ce produit du terroir dans cet objectif de stimuler la production et réduire les importations. Le président du FCE qui soulignera les progrès réalisés par le secteur, à savoir une croissance de 6%/an ces dernières dix années (3% pour l’agroalimentaire), a déclaré que le renouveau agricole est palpable « grâce à cette remontée des filières » amorcée par le MADR.
Une « politique déterminée de soutien et d’accompagnement et une démarché éclairée visant à tirer la production vers le haut » a-t-il affirmé. Le FCE apporte également son soutien à la politique de soutien des prix à la consommation prônée par l’Etat algérien et estime que cet effort devra être progressivement orienté vers la production. Toutefois, M. Hamiani relèvera ce paradoxe à savoir que, « malgré la hausse de la production agricole, les importations n’ont pas diminué ». « Nous n’arrivons pas à juguler ces flux d’autant plus que le niveau des importations a été multiplié par trois depuis 2006 », fera-t-il remarquer. C’est pourquoi, il s’agira de savoir « comment faire pour que la production puisse satisfaire nos besoins et se traduise par une réduction importante des importations ». Lors de son intervention, le président du FCE a déploré la réduction de la population active agricole qui a enregistré un recul par rapport aux années 2007, 2008 et 2009 passant de 26 et 27% soit entre 1,7 et 1,8 million à 12 et 13% actuellement. Selon M. Réda Hamiani, quatre défis s’imposent : « Continuer à protéger le pouvoir d’achat des populations défavorisées (mesures de soutien aux prix à la consommation) », « garantir des revenus suffisants aux producteurs situés en amont pour que les aléas ne puissent les dissuader », « orienter progressivement le soutien des prix vers la production » et enfin, « soustraire la distribution de la production aux effets dévastateurs de l’informel » dans un souci de « régulation et de transparence ».
Akila DEMMAD

L’eau, une réelle préoccupation

Sur une superficie agricole globale de 42,4 millions d’hectares, la surface agricole utile (SAU) est évaluée à 8,5 millions ha. Cette donne qui classe l’Algérie parmi les pays les plus pauvres en SAU est imputable à la faiblesse de la pluviosité et une répartition inéquitable des précipitations en ce sens qu’elles sont avérées importantes en hiver et concentrées sur le nord du pays, selon les experts. En plus d’un manque de performance dans l’exploitation de ces ressources, les cultures pluviales ne pouvant être praticables, sans contraintes majeures que dans les zones recevant un minimum de 400 à 450 mm, seuls 4,8 millions d’hectares sont valables dans ce sens, sachant que le potentiel irrigable est passé à 1 million d’ha à la faveur du dispositif du renouveau agricole et rural. La généralisation et l’extension des systèmes d’irrigation agricole visent un objectif de 1,6 million d’hectares, à l’horizon 2014, contre près de 900.000 hectares actuellement.
D. A.

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