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Le jazz des oliviers, poésie de Samira Negrouche : La mémoire des mots ciselés de passion

C’est une poésie que l’on qualifierait — sans sourciller sur la teneur des vers et strophes poétiques — de haut de gamme, tant le sens qui affleure dans l’écriture s’inscrit en marge de la couleur des mots avec une profondeur esthétique que l’on décèle à la lecture des ces courts paragraphes libres et concis.

PUBLIE LE : 06-06-2012 | 0:00
D.R

C’est une poésie que l’on qualifierait — sans sourciller sur la teneur des vers et strophes poétiques — de haut de gamme, tant le sens qui affleure dans l’écriture s’inscrit en marge de la couleur des mots avec une profondeur esthétique que l’on décèle à la lecture des ces courts paragraphes libres et concis.

Samia Negrouche ne pénètre pas par effraction dans ce genre littéraire, elle y élit au contraire domicile avec toute la verve des thèmes que sa plume aguerrie explore dans toute l’ampleur des instants lucides et sensations expérimentées. C’est à n’en pas douter le domaine de prédilection de notre poétesse au long parcours puisque le présent recueil remarquablement présenté et édité aux éditions du Tell à Blida en 2010 est sa septième publication depuis son premier livre Faiblesse n’est pas de dire, sorti en 2001 aux éditions Barzakh et son avant dernier recueil le Dernier Diabolo, sorti simultanément avec ce dernier aux éditions françaises Chèvre-feuille Etoilée, à Montpellier. Dans ce livre magnifiquement illustré par les œuvres d’Yves Orly, on part un peu à la découverte des sentiers battus de notre poétesse en quête d’identité et dans un espace-temps pluriel qui commence par l’univers glauque d’une ville dans la réalité crue de ses ruelles désertées à la nuit tombée, puis on passe sur l’empreinte de la mémoire qui parle de négritude et d’africanité dans le regard furtif des passants et enfin on traverse la belle méditerranée et son bleu profond  pour atteindre les contrées de l’inconnu dans la multitude des ombres étrangères : «Je suis seul dans la négritude de mes poches et le vert de mon passeport, la désertification est désormais atteinte et la banlieue est un vacarme de dunes. Qui peut arrêter le flux humain ? Il s’agit de congés d’aération, il s’agit de fuites d’aération, l’état d’africanisation est désormais dans leurs villes», écrit notre auteur en page 44. Celle qui sait si bien aligner des mots à valeur futuriste conçoit ses propres vérités comme des sentences sans appel même quand elle se désole parfois ou s’insurge avec véhémence sur la réalité des autres femmes, elle constate avec dépit par delà ses ultimes références au grand poète français René Char, Djamel Amrani, Rimbaud ou Prévert, très révélateurs et significatifs sur l’idée de la poésie et de la liberté. Celle qui murmure que le désert a mal, aime boire son café crémeux et voyager sur les creux des collines de son enfance, glisser sur les feuilles mortes d’un hiver tardif  et évoquer l’insouciance des acteurs dans un théâtre de silhouettes libres. Dans le deuxième mouvement du recueil, Samira Negrouche s’élance toute voile dehors vers l’expression du sentiment d’amour et conçoit la rencontre comme une invention voire une création du verbe. «Il y a dans le verbe l’idée de te fuir et de me perdre quand le jour s’endort celle de te faire des discours sur la solitude des mots et la liberté de la chair. Il y a dans ce même verbe poème celui de baisser les voiles et de t’aimer sans retenue», dit-elle à voix feutrée et câline à l’être aimé en p. 82.  Dans le poème le Jazz des oliviers qui clôt ce recueil, l’auteur retrouve le goût de la mer avec ses flux et le mêle savamment au nectar huileux des olives au beau milieu de cette rencontre avec l’autre ; elle change le sens d’une vie avec la promesse d’un retour originel sur ses émois amoureux et au gré des tempos de ce jazz lancinant qui parcourt son être. Ce recueil de poésie est certainement le plus accompli sur le plan de l’écriture et du contenu du texte prosodique. Samira Negrouche y a mis toute la mélodie de ses sensations profondes dans une réflexion philosophique sur la vie et les sentiments et son appartenance à sa terre natale. A rappeler que notre auteure est née le 13 septembre 1980 à Alger, où elle vit toujours et qu’elle exerce le métier de médecin parallèlement à son activité de traductrice de poésie arabe. Elle a créé en 1999 une association culturelle, Cadmos, qui travaille autour du patrimoine culturel méditerranéen et de la poésie moderne par l’organisation de divers événements littéraires nationaux et internationaux.    

Lynda Graba
 

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